Les artistes refusent d’être les "boucs émissaires" des violences en Tunisie

Le ministre tunisien de la Culture, Mehdi Mabrouk, a annoncé, mardi soir, lors d’une conférence de presse qu’il portait plainte contre les organisateurs de l’exposition "Printemps des Arts" pour "atteinte aux valeurs du sacré". Il a aussi annoncé la fermeture du Palais Abdellia qui abritait cette exposition à l’origine de l’escalade des violences qui touchent plusieurs villes de Tunisie depuis trois jours.
 
Un participant au rassemblement devant le ministère de la Culture : « Il est inquiétant que le ministre de la Culture décide de verrouiller l’expression artistique en proclamant que l’art doit être beau mais pas révolutionnaire. L’art est révolutionnaire par essence [...]. L’artiste doit être révolutionnaire dans ce qu’il écrit, dans ce qu’il filme [...] et être expressif ». Vidéo filmée par Mohamed Amin Naffati.
 
Le ministre a jugé que l’association organisatrice n’avait pas respecté ses "engagements moraux et juridiques" en exposant des œuvres jugés blasphématoires pour l’islam. Indignés par ces décisions, plusieurs artistes ont décidé de se réunir mercredi à la mi-journée devant le siège du ministère de la Culture pour dénoncer ce qu’ils considèrent être des "atteintes à la liberté de création". Raja Benammar, directrice de l’espace Mad’Art à Carthage, est à l’origine de ce rassemblement.
 
Nous payons le prix de rivalités politiques entre les salafistes et le gouvernement [les salafistes reprochent à Ennahda son alliance avec des partis non islamistes pour la gestion du pays et font pression pour l’instauration de la charia dans la future constitution]. Ce qui se passe actuellement en Tunisie est troublant. Je trouve cela bizarre que ces violences surviennent deux jours après l’appel d’Ayman al-Zawahiri à l’application de la charia en Tunisie [sans une vidéo diffusée sur Internet, Ayman al-Zawahiri, le successeur d’Oussama Ben Laden, a mis en cause le parti islamiste tunisien Ennahda, appelant les Tunisiens à se soulever pour l’application de la charia dans le pays]. Nous sommes des boucs émissaires.
 
Nous dénonçons la prise de position du ministre des Affaires religieuses [Noureddine Khadmi], qui a quasiment incité à la violence. Il a non seulement dit que les œuvres étaient contraires à l’islam mais a aussi parlé d’une loi pour nous incriminer [les députés d’Ennahda, majoritaires à l’Assemblée constituante, ont proposé mardi une loi incriminant l’atteinte au sacré]. Comment se fait-il qu’un ministre puisse s’arroger le droit de juger si une œuvre porte atteinte au sacré ou pas ?
 
Contributeurs
 
 
 
 

Commentaires

Tunisie : les lignes rouges…y compris l’artiste qui nous enrichi

Quand on vit en couple, en communauté ou en famille, Il y a des lignes rouges que chacun d’entre-nous évite de dépasser pour faire régner le « mieux vivre ensemble ». Idem pour toutes les professions et toutes les fonctions à quelques niveaux qu’elles soient, du politicien qui nous gouverne, au médecin dont notre vie est entre ses mains en passant par l’artiste qui nous enrichit, adultes et enfants, de son art et de sa culture. Il n’y a aucune exception. C’est là le coté « droits et devoirs » qui sont la base de toute démocratie. Jamais une minorité ne peut imposer sa loi sans limite à la majorité. Cela s’appelle tout simplement « respect », valeur à la base de toute société civilisée et cohérente.

Bref, si je vous comprends

Bref, si je vous comprends bien, la liberté artistique est nuisible si elle dépasse des "lignes rouges". Drôle de principe pour un défenseur "d'une société civilisée"



Fermer