Affrontements meurtriers à Koufra, le spectre du conflit ethnique plane sur la Libye

Fumée émanant d'un quartier toubou de Koufra, suite aux bombardements.
 
En deux jours, au moins 23 personnes ont été tuées dans la ville de Koufra, au sud-est de la Libye, lors d’affrontements entre des membres de la tribu des Toubous et des brigades arabes de Benghazi, envoyées par le pouvoir central.
 
Ce conflit se déroule dans une oasis au sud-est du pays. Très peu d’informations fiables nous parviennent de cette région, où les journalistes n’ont pas d'accès.
 
L’AFP indique que, selon des sources locales, sur les 23 morts, entre le 9 et le 10 juin, trois appartenaient aux forces du Bouclier, les 20 autres aux combattants Toubous. Les forces du Bouclier sont un groupe armé constitué d’anciens rebelles de Benghazi qui ont rejoint les rangs de l’armée régulière après la chute de Kadhafi. Ils ont été dépêchés à Koufra en février dernier par le ministère de la Défense pour mettre un terme à des affrontements entre les tribus Toubous et Zwei.
 
Les Toubous sont des nomades implantés dans le nord du Tchad et en partie sédentarisés dans le sud de la Libye. Ils font partie des trois ethnies qui peuplent le pays, avec les arabes et les berbères, mais sont les moins nombreux. Les Zwei sont en revanche une tribu arabe.
 
Les tensions à Koufra datent d’avant la révolution libyenne. En 2008, les Toubous s’étaient déjà révoltés contre les forces de l’ordre libyennes. Ces incidents sont particulièrement malvenus pour le Conseil national de transition (CNT), qui vient de fixer au 7 juillet la date de l’élection de l’Assemblée constituante.
 
Nous sommes parvenus à contacter deux témoins des affrontements, l’un Toubou et l’autre chef de la brigade arabe qui combat sur place. Leurs témoignages divergent notamment sur les causes de l’affrontement.
 
Les traces des bombardements sur les maisons.
 
Deux parmi les trois cercueils des combattants de la brigade tués.

"Ces tensions n’ont rien de politique, elles sont purement ethniques"

Chidi Ellebdou est un instituteur toubou de Koufra.
 
La situation est très difficile depuis deux jours. Les quartiers des Toubous, comme celui de Qoudhrafi, sont plongés dans une épaisse fumée depuis ce matin à cause du bombardement incessant des missiles Hawk [lors de notre conversation avec Chidi au téléphone, on entendait effectivement le bruit des bombardements]. Les coupures d’électricité et d’Internet sont très fréquentes.
 
C’est la troisième fois en deux mois que les Toubous sont attaqués par les Zwei, qui sont maintenant soutenus par la brigade arabe. Ces tensions n’ont rien de politique, elles sont purement ethniques. Notre tribu a toujours été marginalisée parce que nous ne sommes pas Arabes. La plupart d’entre-nous vivons dans des bidonvilles, certains ont même des maisons construites avec des branches de palmiers ! Beaucoup de nos enfants ne pouvaient pas aller à l’école sous Kadhafi et des adultes avaient été déchus de la nationalité libyenne [L’ancien leader libyen avait condamné en 1998 les Toubous à être déchus de leur nationalité libyenne et traités comme des étrangers].
 
Rien n’a changé depuis le départ de Kadhafi. Bien que nous ayons combattu les milices de l’ancien régime, nous n’avons eu aucune reconnaissance de la part du pouvoir en place. Et lorsque les violences ont éclaté il y a quelques mois, le gouvernement nous a envoyé des milices au lieu de dépêcher ici de vrais soldats. Nous n’avons rien contre le pouvoir central, mais ces rebelles sont pour la plupart des jeunes irresponsables. Certains d’entre eux ont même osé grimper en haut des minarets pour tirer ! Ils sont venus initialement pour rétablir l’ordre, mais se sont finalement associés au Zwei contre nous. Lorsqu’ils ont emmené leurs blessés dimanche soir par hélicoptère, ils n’ont pas pris les nôtres. Ces derniers sont soignés dans des conditions déplorables à l’hôpital de la ville qui dispose de très peu de moyens. Cet acharnement que nous subissons commence à avoir des airs de nettoyage ethnique.

"Nous ne sommes les alliés d’aucune tribu"

Wissam Ben Hmid est le chef de la brigade des Boucliers basée à Koufra depuis la fin du mois de février.
 
Les affrontements ont commencé samedi à l’aube lorsque des jeunes armés se sont attaqués à notre campement et ont tué trois de nos miliciens. Ils avaient des armes légères. Ils se sont ensuite cachés dans les quartiers Toubous et c’est uniquement pour cette raison que nous avons attaqué leur quartier et pas celui des Zwei. Mais depuis ce matin, nous avons réussi à rétablir le calme et il n’y a plus de bombardements ni d’échanges de tirs.
 
Nous ne sommes les alliés d’aucune tribu. Nous nous sommes placés entre les quartiers Toubou et Zwei. Notre unique but est uniquement de ramener le calme. Nous avons essayé de discuter avec les dignitaires toubous, sans succès.
 
Il ne s’agit absolument pas de nettoyage ethnique. Nous n’agissons pas dans une logique tribale. D’ailleurs, nous avons décrété un cessez-le-feu aujourd’hui et demandé aux Toubous de nous amener leurs blessés, pour que nous puissions les évacuer par hélicoptère vers un hôpital.
 
Un blessé de la brigade
 
Autre blessé de la brigade.
 
Transport du cercueil d'un membre de la brigade.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.

Commentaires

BHL aurait mieux fait de s'occuper de la des palestine occupé

il nous a entrainé dans des dépenses militaire dont on auraient pu se passer ,,,



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