Témoignage d’un immigré du Sud-Soudan qui se prépare à être expulsé d’Israël

Manifestation contre les expulsions en mars en Israël.
 
Entre 700 et 1 500 immigrés clandestins sud-soudanais, jusque-là tolérés sur le territoire israélien, devraient être expulsés dans leur pays d’origine dans les prochaines semaines, en vertu d’une récente décision de justice. Notre Observateur raconte le racisme dont il est victime en Israël et sa crainte de retourner dans un pays qu’il connaît à peine.
 
Depuis l’indépendance du Sud-Soudan, proclamée l’été dernier, le gouvernement israélien considère qu’il n’y a pas de danger pour les immigrés sud-soudanais à rentrer chez eux. Les organisations de défense des droits de l’Homme affirment en revanche qu’il y a bien un risque à renvoyer ces personnes dans leur pays d’origine, régulièrement bombardé par les forces de Khartoum, mais aussi frappé par la pauvreté et les pénuries de nourriture.
 
Les 7 juin dernier, un tribunal de Jérusalem a tranché et autorisé l’expulsion de 1 500 Sud-Soudanais en situation irrégulière (la communauté soudanaise et les organisations qui la défendent avancent le nombre de 700 immigrés clandestins). Le ministère israélien de l’Intérieur, qui s’est félicité de cette décision de justice, a déclaré que les expulsions débuteraient rapidement.
 
Israël compte environ 60 000 immigrés clandestins d’origine africaine. Ces dernières semaines, plusieurs manifestations ont été organisées dans le pays pour demander leur expulsion. À Tel Aviv, certains de ces rassemblements xénophobes se sont soldés par des agressions à l’encontre d’Africains et de personnes ayant pris leur défense.
 
D’après une enquête récente, 52% des juifs israéliens approuvent les propos d’un parlementaire qui a déclaré que les immigrés étaient "un cancer" pour la nation. Et plus d’un tiers reconnaît ne pas être choqué des attaques dont ont été victimes certains Africains ces dernières temps.

 
 
Filmée par David Sheen, un de nos Observateurs en Israël, pendant une manifestation anti-immigrés à Tel Aviv. L'homme qui a été violenté et insulté est originaire d'Éthiopie.
Contributeurs

"La majorité d’entre nous a quitté le Sud-Soudan il y a très longtemps. Nous n’avons plus rien là-bas"

 
Simon Mayor vit avec sa femme et ses quatre enfants à Tel Aviv. Il est originaire du Sud-Soudan, qu’il a quitté à l’âge de 5 ans après le pillage de son village. Après avoir grandi à Khartoum, où il était soupçonné par les autorités d’être un espion du sud, il est allé trouver refuge en Égypte, avant d'arriver en Israël.
 
J’avais 19 ans quand je suis arrivé en Égypte. J’ai plusieurs fois demandé le statut de réfugié auprès de l’ONU mais on me l’a refusé une première fois, puis on me disait de patienter, que la situation allait peut-être s’améliorer au Sud-Soudan. Ça n’a pas été le cas, alors avec d’autres demandeurs d’asile, nous avons installé un campement devant le siège de l’ONU pour réclamer un nouvel examen de notre demande. Un jour [en février 2005, ndlr], des milliers de soldats ont voulu nous déloger et  20 personnes ont été tuées. Je me suis dit que si cela pouvait nous arriver devant l’ONU, alors c’est que nous n'étions en sécurité nulle part. 
 
Après cet événement, comme beaucoup d’autres réfugiés, j’ai traversé la frontière pour rejoindre Tel Aviv en Israël en 2007. J’ai immédiatement demandé le statut de réfugié. J’ai eu des papiers temporaires qui me permettaient de travailler pour six mois. Mais, paniqué par la vague de migrants africains, le gouvernement a rapidement cessé de nous délivrer ces autorisations de travail. Depuis, je survis comme je peux avec des petits boulots, généralement dans le bâtiment. D’autres travaillent illégalement dans des hôtels et beaucoup sont sans domicile. Avec ma famille, nous changeons de logement régulièrement, en fonction de nos capacités à payer un loyer. Le plus souvent, nous habitons chez des amis. Malgré cela, j’ai toujours aimé vivre en Israël. En tant que chrétien, c’était un rêve de venir en Terre sainte.
 
"Repartir, sans argent, dans un pays que nous connaissons à peine et où la famine sévit est une terrible perspective"
 
Il y a environ 700 réfugiés du Sud-Soudan en Israël. La majorité d’entre nous a quitté le pays il y a très longtemps. Nous n’avons plus rien là-bas. Il y a quelques mois, quand le gouvernement a annoncé qu’il voulait nous mettre dehors, nous avons manifesté, supplié et fait tout ce que nous pouvions pour le convaincre de ne pas nous renvoyer. Les autorités n’ont rien voulu entendre. Elles ne comprennent pas que ce pays n’est rien d’autre que la terre où nous sommes nés et que ce serait dangereux pour nous d’y retourner. Nous n’avons aucune économie. Et repartir, sans argent, dans un pays que nous connaissons à peine, et où la famine sévit, est une perspective terrifiante. Sans parler de l’armée du Nord qui bombarde le Sud-Soudan régulièrement.
 
"En Israël, la mort de l’un d’entre nous n’est maintenant qu’une question de temps"
 
Mais aujourd’hui, nous n’avons plus aucun espoir de rester. En fait, nous voulons maintenant quitter ce pays qui nous est devenu hostile. Il y a de plus en plus de manifestations ciblant les Africains à Tel Aviv. Certains se font agresser  et la mort de l’un d’entre nous n’est maintenant qu’une question de temps. Presque 80 % de notre communauté est désormais résolue à partir. Nos responsables ici ont contacté le gouvernement du Sud-Soudan qui a promis d’envoyer un émissaire. Notre vœu, c’est qu’il négocie avec les autorités israéliennes pour nous laisser le temps de nous préparer avant le départ. Nous aimerions aussi recevoir un peu d’argent, ce qui pourrait nous aider à nous réinstaller.
 
J’espère que nous resterons à Juba [capitale du Sud-Soudan ndlr] juste le temps d’obtenir des passeports et, avec un peu de chance, de gagner de l’argent pour revenir vite en Égypte.
 
 
Sur ces images, une manifestation en soutien aux Sud-Soudanais d'Israël et une autre pour leur expulsion. Les deux rassemblements se sont tenus le 18 mars à Tel Aviv.

Commentaires

triste expulsion

n'est-ce pas qu'un adage dit que: le malheur des uns fait le bonheur des autres!
eh oui ils seront expulsés mais atteriront dans leur pays d'origine. ce n'était pas le cas des juifs en 1944.
c'est triste quand même. cette situation ne fera q'arranger ceux qui sont legaux. ils se frottent les mains car il y aura d'emploi pour eux. les immigrés asiatiques en profiteront enormément.
la vie n'est qu'un long mal de tête continu.. je suis de coeur avec vous.
alors mes freres noirs ,courage à vous. une page se ferme et une autre s'ouvre.
le bonheur se trouve dans votre jeune pays. particpez à sa reconstruction . vous avez acquis certainement un peu de connaissances chez les juifs.
votre pays a donc besoin de vous.
merci et bienvenus chez vous et en terre africaine.

MOTION DE SOUTIENT

JE partage le désaroi de ces milliers d'Africains immigrés dans les zones douteuses alors si l 'homme n'est que passage sur terre à quoi bon ! nul ne restera sur terre sauf Dieu ! alors paix et amour à tout les hommes de bonnes volontés !

expulsions

Malheureusement je crains que ce ne soit que le début d'une masse considérable d'expulsions de tous les pays compte tenu de la dégradation de tous les états occidentaux . Je pense que l'Afrique doit être aidée(pas financièrement mais physiquement) pour recevoir tous ceux qui seront expulsés et à nous occidentaux de faire en sorte que l'aide soit effective cad instruction - formation - aide à la construction - aide au développement dans les domaines économiques et de la santé etc pour que tous ces gens se sentent bien et en sécurité chez eux ce qui n'est plus le cas en occident.......Et bien entendu le préalable et l'arrêt des guerres .



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