Conga, le projet minier qui révolte les indigènes péruviens

Des habitants se rassemblent sur la zone du projet minier Conga, la semaine dernière. 
 
C’est au cri de "Agua si ! Oro no !" (L’eau oui ! l’or non !) que les habitants de la ville de Cajamarca manifestent depuis plusieurs semaines contre le projet Conga, qui prévoit l’installation d’une mine d’extraction d’or et de cuivre dans cette région à majorité indigène du nord-ouest du pays. Pourtant, malgré la détermination des manifestants, le projet avance.
 
Le 31 mai, plusieurs milliers de personnes ont manifesté pour dénoncer les risques environnementaux de ce projet de mine d’extraction à ciel ouvert installé dans la zone des Bofelades, à plus de 4 000 mètres d’altitude. Lancé par la compagnie Yanacocha, détenue en majorité par des Américains, le projet coutera 3,9 milliards d'euros et prévoit l’assèchement de plusieurs lagunes d'altitude.
 
Les forces de police dans les rues de Cajamarca le 7 juin.
 
Ces dernières semaines, les rassemblements "anti-Conga" se sont multipliés dans la région et notamment à Cajamarca, donnant régulièrement lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre. Des affrontements qui ont déjà fait plusieurs blessés. 
 
Les agriculteurs locaux ont été les premiers, en novembre 2011, à signaler les risques de ces mines pour l’alimentation en eau de leur commune. La vague de manifestation qui avait suivi avait abouti à la suspension du projet en décembre dernier.  Mais quelques mois plus tard, en avril, une expertise internationale  commandée par le gouvernement concluait que le projet rassemblait "toutes les conditions techniques exigées pour son approbation" bien que nécessitant des améliorations visant à réduire son impact environnemental. Une étude biaisée selon les opposants, qui reprennent immédiatement la mobilisation pour un abandon définitif du projet Conga.    
 
 
Photo des  travaux de forage prise la semaine dernière par notre Observateur.
 
Le Pérou est confronté à plus de 200 conflits sociaux liés au secteur minier ou énergétique.
Contributeurs

"Choisir entre l’eau ou l’or, c’est choisir entre l’environnement ou l’enrichissement"

Jorge Chavez Ortiz vit à Cajamarca. Il est étudiant en ingénierie et a assisté aux manifestations.
 
 
La zone des Bofedales abrite un écosystème très riche [d’après le rapport du scientifique américain Robert E. Moran, le projet Conga est situé en amont de cinq grands bassins fluviaux, zones de pêche et d'agriculture pour les populations locales ndlr]. Le projet Conga est composé de deux mines à ciel ouvert. La première, celle de Challhuagan, de 400 m de profondeur et de 1,8 km de circonférence et la seconde, celle de Perol, de 800 m de profondeur et de 2,1 km de circonférence. Leur construction nécessiterait d’assécher plusieurs sources d’eau dont les 17 hectares du grand lac Azul [pour compenser, l’entreprise prévoit la mise en place de quatre lacs artificiels de capacité supérieure ndlr].
 
Depuis le 31 mai dernier, des manifestations ont lieu tous les jours et pas seulement à Cajamarca, mais dans les trois provinces voisines de la zone des Bofelades. Mais à Lima, la capitale, la contestation ne prend pas. Il n’y a eu que des mouvements sporadiques mais c’est plus difficile de mobiliser car nous sommes très éloignés. Le gouvernement national n’a pas du tout soutenu les manifestations, au contraire. Et comme la Banque mondiale est prête à mettre de l’argent dans le projet, il ferme les yeux. Les questions environnementales passent au second plan ici.
 
Un groupe appelé Collectif Cajamarca vient juste de se constituer. Il est composé de locaux proches du pouvoir et a  organisé une "marche pour la paix" à Cajamarca. Ils soutiennent l'installation des mines et demandent le retour au calme. Mais pour moi choisir entre l’eau ou l’or, c’est choisir entre l’environnement ou l’enrichissement. "



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