J’habitais la partie nord de Deir Baalba avec ma mère, ma sœur et trois de mes frères. Un gradé de l’armée est venu nous voir le 8 avril dans le quartier. Il nous a dit qu’ils étaient là pour nous protéger et nous a demdandé de ne pas quitter nos maisons. On ne voulait pas de problèmes avec l’armée, alors on a obtempéré. Quelques heures plus tard, des membres des forces de sécurité et des "chabbihas" sont arrivés. Ma mère, ma sœur et mon plus jeune frère ont été emmenés. Je ne sais toujours pas où ils se trouvent aujourd’hui, ni même s’ils sont vivants.
Les forces de sécurité et des "chabbihas" ont ensuite amené un camion et nous ont demandé, à mes frères, mes cousins, des voisins et moi, de mettre nos affaires à bord. Ils ont vidé nos maisons. Puis ils nous ont rassemblés dans une étable, on était une trentaine, et ils ont commencé à égorger. Ils ont tué ainsi une douzaine de personnes. L’un d’eux a dit à son camarade : ‘On ne va pas y passer la journée, on finit le reste par balles’. Ils ont alors tiré sur nous. Par chance, la balle que j’ai reçue dans le dos ne m’a pas tué. Comme je suis tombé à terre avec les autres, j’ai été couvert par les cadavres et ils ont pensé que j’étais mort. Je me rappelle qu’au moment où les membres des forces de sécurité quittaient l’étable, j’ai entendu l’un d’eux demander à son camarade s’il avait fini de "brûler les autres".
Les deux jours suivant, je suis rentré dans la maison pour boire de l’eau et essayer de joindre par téléphone mon cousin qui est enrôlé dans l’ASL. Je revenais toujours à l’étable de peur d’être repéré par les "chabbihas" ou les forces de sécurité qui étaient dans les rues voisines. Finalement, un autre membre de l’ASL a répondu. Ils m’ont demandé de me faufiler entre les maisons et de traverser les champs d’oliviers qui se trouvent à l’extrémité de la ville. L’ASL avait quitté le quartier de Deir Baalba quelques jours avant l’arrivée de l’armée régulière. Elle était basée à la sortie nord de Homs, dans des fermes. J’ai obéi et, comme convenu, les soldats de l’ASL m’ont récupéré dans les champs d’oliviers. Ils m’ont transporté dans un hôpital de fortune à Rastan [20 kilomètres au nord de Homs] où j’ai reçu des soins. Aujourd’hui je vais mieux, mais la balle est toujours dans mon corps [Ilyad nous a montré un impact de balle sur son dos]."