Des milliers de pêcheurs sans abri après le "déguerpissement" de la lagune de Cotonou

 
Des milliers de Cotonois n’ont eu d’autre choix que de quitter leur habitation quand les bulldozers du ministère de l’Environnement ont débarqué sur les berges de la lagune, le 4 mai dernier, pour tout raser. Cela fait maintenant un mois jour pour jour qu’ils vivent dans des abris de fortune ou chez des voisins, en espérant être relogés.
 
La lagune de Cotonou est un chenal de plus de 4 km construit à l’époque coloniale par les Français pour relier le lac Nokoué, situé à l’intérieur des terres, à l’océan Atlantique. C’est autour de cette lagune que s’est développée la capitale économique béninoise mais, progressivement, ses digues se sont surpeuplées de manière illégale, favorisant les "dépotoirs sauvages".
 
Le projet d’assainissement des berges lagunaires de Cotonou date de 2003. À l’époque, le ministère de l’Environnement entendait remédier à l’insalubrité des lieux pour éviter que les pays d’Europe ne suspendent leur importation de crevettes béninoises. À la suite d’une mission effectuée en 2002, l’Office alimentaire et vétérinaire de l’Union européenne a demandé au Bénin de se conformer aux normes sanitaires européennes. Les sociétés de pêche et de commercialisation ont alors fermé mais la population est restée.
 
Après les travaux de démolition, dans le quartier de Placodji. Toutes les photos ont été envoyées par un Observateur de Cotonou. 
 
En février dernier, le gouvernement a décidé de remettre ces travaux d’assainissement à l’ordre du jour. Le ministère de l’Environnement a donc demandé aux occupants des berges lagunaires de "déguerpir" avant le 29 février, considérant ces zones comme appartenant au domaine public. Plusieurs quartiers populaires bordent la lagune et c’est à Placodji que les travaux ont débuté le mois dernier. Plus de 7000 habitants de ce quartier sont aujourd’hui sans abri.
 
Quand les travaux seront terminés, un port de plaisance doté d’infrastructures de sports nautiques devrait voir le jour aux abords de la lagune, ainsi que des bars-restaurants et un pont piétonnier.
Contributeurs

"On nous traite de 'squatteurs', mais c’est autour du quartier de Placodji que Cotonou s’est construite"

Séverin Agbaholou est le chef du 5e arrondissement de Cotonou où est situé le quartier de Placodji. Sa maison a été détruite au commencement des travaux.
 
Le vendredi 4 mai dernier au matin, des gens sont venus me voir chez moi pour m’apprendre la nouvelle. Des policiers et des militaires avaient envahi le quartier. Ils sont arrivés à 6h du matin sans prévenir. Les habitants étaient en colère, je me suis interposé pour discuter mais je voyais bien que les choses pouvaient dégénérer. Alors je leur ai demandé de ne pas résister. Ils ont récupéré le plus d’affaires possible et les bulldozers ont commencé à détruire les maisons une à une.
 
 
 
 
Depuis la fin de février, les différents chefs d’arrondissement de Cotonou étaient invités à participer à des séances de travail autour du projet d’assainissement des berges. Mais nous n’avions jamais été informés de la date de début des travaux. Nous étions en train de négocier pour qu’ils commencent après la saison des pluies et la fin de l’année scolaire.
 
"Ils ont déconstruit bien au-delà des 25 mètres réglementaires"
 
Quelques jours avant l’arrivée des bulldozers, les autorités ont tracé un marquage qui m’avait déjà mis en alerte. En fait, ce marquage ne respectait pas les 25 mètres à partir du niveau de l’eau que le ministère avait prévu de ne pas dépasser pour la zone de déconstruction. La délimitation allait, en fait, jusqu’à 200 mètres, ce qui fait que beaucoup plus d’habitations ont été détruites.
 
J’ai toujours été d’avis que ce quartier soit nettoyé. Mais, selon moi, les autorités ont agi de manière unilatérale, considérant que nous étions des 'squatteurs' qui n’avions pas le droit d’être là [le gouvernement a déclaré avoir déjà relogé la population des berges de la lagune dans les années 1980 et que celle-ci avait décidé de revenir y habiter de manière illégale. Aucun dédommagement n’a donc été annoncé pour le moment, NDLR]. Pourtant, c’est autour du quartier de Placodji que Cotonou s’est construite. Au 19e siècle, les colons français avait fait venir des gens pour travailler autour du wharf [une passerelle métallique de 400 mètre de long construite par les Français en 1891, à usage d’abord militaire puis portuaire]. Nous sommes les descendants de ces pêcheurs !
 
Pour le moment, les familles dorment au milieu des débris, dans la rue, ou chez des voisins. Mais cette situation ne peut pas durer : je demande aux autorités qu’elles soient relogées sur un site adapté à la pêche et aux autres activités portuaires.
 
 
 
 

Commentaires

l'afrique des malhonnetes

Vous savez ici en afrique c'est comme ca que l'on vie. Le jour qu'ils trouvent auportune de se fait un nom c'est l'a qu'ils se jouent au defenseur de l'environnement ou je ne sais quoi. Serge fachinan



Fermer