Bassel al-Shahade, le "plus courageux des journalistes citoyens syriens" tué à Homs

 
Bassel al-Shahade, 28 ans, avait abandonné ses études de cinéma aux États-Unis pour rentrer dans son pays filmer la répression menée par le régime de Bashar al-Assad – une répression qui a finalement eu raison de lui. Shahade est mort lundi à Homs, tué par des éclats d’obus. Notre Observateur, Rami, était un de ses amis et collaborateurs. Il nous raconte le parcours de ce journaliste citoyen de confession chrétienne, élevé aujourd’hui au rang de martyr par les activistes syriens.

Depuis le début de la révolte, il y a 15 mois, les médias internationaux n’ont quasiment pas accès au territoire syrien. Ils se reposent donc principalement sur des personnes comme Bassel al-Shahade pour couvrir la situation sur le terrain.

Parmi les citoyens syriens qui se sont improvisés journalistes pendant le mouvement de contestation, Shahade a l’avantage d’être un réalisateur professionnel. Après avoir remporté un prix à Damas pour un de ses documentaires, il se voit attribuer la prestigieuse bourse Fullbright qui lui permet de poursuivre ses études à l’université de Syracuse, aux États-Unis.

De retour en Syrie pour couvrir la révolte, il met à profit ses compétences en formant d’autres activistes à l’utilisation de la caméra et aux techniques de réalisation. Lundi, il accompagnait un groupe d’étudiants sur leur premier reportage quand il a été tué dans le bombardement du quartier de Safsafa à Homs, un des plus pilonnés de la ville. 
 
Bassel en pleine formation vidéo avec ses élèves en Syrie.
 
L’annonce de sa mort a déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, des centaines de Syriens ont remplacé leur photo de profil par une photo de Bassel. Beaucoup ont rendu hommage à sa soif d’aventure ; l’année dernière, s’inspirant de la jeunesse itinérante de Che Guevara, il était parti seul sur sa moto de Syrie jusqu’en Inde, en traversant l’Afghanistan.

Bassel était chrétien et aujourd’hui une grande partie de cette communauté  en Syrie affiche son deuil sur Internet. Une communauté dont le clergé a pourtant longtemps apporté son soutien à Bashar al-Assad, perçu comme un protecteur. Le président appartient lui aussi à une minorité, celle des chiites alaouites, la grande majorité des Syriens étant de confession musulmane sunnite.
 
 
Un photomontage créé à la mémoire de Bassel.
Contributeurs

"C’était son rêve d’obtenir cette bourse pour les États-Unis. Mais comment pouvait-il rester là-bas alors que ses proches se faisaient tuer tous les jours ?"

Rami est de nos contributeurs les plus réguliers à Homs.
 
Bassel Al-Shahade fait partie de ces jeunes qui ont participé à la révolution dès le départ. Il a été arrêté au début des évènements à Damas, lors d’une manifestation d’intellectuels organisée dans le quartier d’Al-Midan.  Puis, il est parti aux États-Unis étudier le cinéma grâce à sa bourse.

Bassel est revenu en Syrie lorsque la répression s’est généralisée – à Homs, Deraa, Idleb et Hama - car il avait le sentiment qu’il n’était plus à sa place aux États-Unis. Il a sacrifié ses études et  son rêve. Mais comment pouvait-il rester là-bas, dans un endroit aussi  protégé, alors que ses proches se faisaient tuer ?

À son retour à Damas, il a contacté ses amis à travers tout le pays et a jugé qu’il fallait qu’il se rende à Homs, la ville la plus contestataire et de fait, la plus exposée à la répression.  

Il est arrivé ici il y a trois mois et m’a rendu visite chez moi. Il est resté environ trois jours pendant lesquels on a élaboré notre programme de formation pour apprendre les bases du journalisme aux jeunes de la ville. Après ces trois jours, il s’est rendu dans la vieille ville de Homs pour former les activistes au montage et au tournage. 
 
"Ils ont réussi à filmer le lieu d'où venaient les tirs mais peu après les militaires les ont repérés"

La formation théorique se faisait dans les appartements des activistes. Bassel leur apprenait à utiliser les logiciels de montage ainsi que les différents types de caméras. Ensuite, il partait avec les élèves pour leur montrer comment optimiser la qualité de leurs vidéos, comment les rendre plus exploitables pour montrer au mieux la présence et les interventions de l’armée au monde entier.
 
Le jour où il est mort en martyr, il s’était rendu dans le quartier de Safsafa avec deux de ses élèves pour leur donner quelques conseils pratiques. Le quartier se faisait bombarder depuis  2 ou 3 heures. Ils ont réussi à filmer le lieu d'où venaient les tirs mais peu après les militaires les ont repérés et leur ont tiré dessus avec des roquettes et des obus. [Les deux autres activistes sont également morts dans le bombardement].

"Tous ceux qui travaillent dans le domaine des médias ici sont en danger. Ils peuvent perdre la vie d'un moment à l'autre"

Il faisait partie des journalistes citoyens les plus courageux du pays. Il était de ceux qui prennent de gros risques. Lui et ses collègues étaient systématiquement en première ligne pour filmer les chars et identifier l'origine des tirs. Ils filmaient également les snipers. Tous les journalistes citoyens  ici sont en danger.

Des milliers d’activistes en Syrie et à l’étranger ont pleuré sa mort. Les soldats du régime ont appris que ses obsèques, prévues pour mercredi, allaient réunir des milliers de personnes. Ils ont donc bombardé la tombe destinée à recevoir sa dépouille et nous ont empêchés de l’enterrer.
 
D'après les activistes syriens, cette vidéo, postée mercredi montre un mémorial en hommage à Shahade.
 
 
"Le rêve de Bassel était de réaliser un film sur Homs. Nous allons le faire"

Aujourd’hui nous disposons de vidéos sur les sessions de formation que donnait Bassel. Nous avons également plein d’images tournées par lui. Il filmait en moyenne deux gigas de vidéos par jour. Nous avons remis tous ce contenu à une personne qu’avait désigné Bassel avant de mourir.
Le rêve de Bassel était de réaliser un film sur Homs. Il en avait  d’ailleurs déjà réalisé le synopsis. C’était sa dernière volonté ; il voulait réaliser un film complet plutôt que de rassembler des vidéos courtes ou des petites séquences. Je pense qu’en tant qu’amis, c’est notre rôle de finir ce film pour lui. Et nous espérons le diffuser très prochainement sur tous les écrans du monde, grâce à Internet.
 
Un graffitti à la mémoire de Shahade sur les murs de Damas. Photo postée sur une page Facebook à sa mémoire.
 
Un des court-métrages de Shahade qui raconte l'histoire d'un petit garçon ayant survécu à le guerre de 2006 entre Israël et le Liban. Video postée sur sa page  YouTube channel en 2010.
 
 

Commentaires

C'est horrible...combien de

C'est horrible...combien de jeunes devront encore tomber pour que le monde décide enfin à se bouger!?
Un courage et une abnégation exemplaire et magnifique...
Reposes en paix belle ame.

Tristesse pour tant de souffrances...

Bassel al-Shahade, le "plus courageux des journalistes citoyens syriens" tué à Homs

Je suis très triste de constater le peut d'interventions sur ce forum concernant la mort d'un jeune qui est l'exemple de la recherche de liberté et qui l'à payé de sa vie .
Combien d'anonymes comme lui sont mort pour tenir le flambeau de la dignité humaine ?
Nous leur devons un grand respect .
Que ceux qui continues ce même combat, peut importe le pays, leurs origines ,leurs cultures, où leurs religions, qu'ils soit récompensés par la liberté et la paix.
Eddy

injuste

c'est toujours les memes qui s'en vont ......

Bassel al-shahade assassiné pour nous montrer la vérité

Toujours l'innocence assassinée et des journalistes humains pour le dénoncer.



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