Révolte à l’université du Soudan contre la dictature des étudiants pro-régime

 
Depuis une dizaine de jours, l’université du Soudan près de Khartoum fait face à une contestation estudiantine sans précédent. Inspirés par le printemps arabe, les étudiants réclament la chute du directeur de l’université, accusé d’être un sbire du régime, la liberté d’expression et plus de démocratie au sein de l’université.
 
La capitale soudanaise avait déjà connu des manifestations d’opposition en janvier 2011. Ce sont cette fois les étudiants qui se révoltent contre la main mise du régime sur leur université. Ils multiplient ainsi depuis quelques jours les sit-in et les manifestations.
 
L’université du Soudan de sciences et de technologies comporte une vingtaine de facultés réparties sur 8 sites dans la province d’Al Khartoum, au centre du pays.
 
Manifestation estudiantine contre la politisation de l’université. Les étudiants scandent : "L’université est une université libre ! Que les militaires dégagent !"

"Les étudiants pro-régime, se sachant protégés, font la loi sur le campus, avec des matraques en bois ou même des armes blanches"

Agaa Mamado (ps a 22 ans. Il est étudiant en ingénierie mécanique à l’université du Soudan. Il suit le mouvement de protestation avec sa caméra et son appareil photo.
 
Les manifestations ont débuté le jeudi 17 mai. Les étudiants ont décidé d’exprimer leur ras-le-bol face à la politisation des campus universitaires et au favoritisme envers les étudiants qui soutiennent la politique du gouvernement soudanais.
 
Le parti au pouvoir est très implanté dans l’université du Soudan. D’ailleurs, le président du conseil d’administration de l’université n’est autre que l’actuel ministre du Pétrole, Awad al-Jaz. Les étudiants qui ne sont pas politisés ou qui appartiennent à d’autres organisations politiques sont harcelés par les forces de police à l’entrée et à l’intérieur de l’université. Ils leur font subir de véritables interrogatoires. Tandis que les proches du régime, les membres de l’Union des étudiants, disposent de nombreux avantages et ont droit à des logements étudiants. Se sachant protégés, ils font la loi sur le campus, avec des matraques en bois ou même des armes blanches. Ils agissent en toute impunité avec la complicité des forces de l’ordre.
 
Il y a huit mois, des étudiants proches de l’opposition ont décidé de se venger. Ils ont détruit un petit bâtiment qui abritait des étudiants fidèles au gouvernement. Un bâtiment baptisé par les autres étudiants "la maison de la fourmi" à cause de son exigüité. Ils y ont découvert des armes blanches, des armes à feu et des matraques. Ils l’ont finalement saccagé et y ont mis le feu. Quelques semaines après, les autorités l’ont réhabilité et ont construit juste en face un autre bâtiment abritant des militaires chargés de protéger les étudiants qui les soutiennent.
 
Ces derniers temps, la tension est soudainement montée. Des étudiants se sont organisés et ont créé l’Unité estudiantine pour défendre leur liberté d’expression. Ils ont fait part à l’administration de leur mécontentement, mais cette dernière n’a pas souhaité les écouter. Dès lors, les étudiants ont organisé des sit-in et des manifestations. Le directeur de l’université a alors ordonné la fermeture des sites nord et sud de l’université. Il a fait intervenir les forces de l’ordre pour les évacuer et empêcher l’accès aux étudiants.
 
Policiers appelés en renfort pour empêcher l’accès à l’université. Photo prise par notre Observateur.
 
Seule la branche ouest qui abrite la direction de l’université est ouverte. Les étudiants vont donc régulièrement protester devant le bureau du directeur de l’université. Les revendications se radicalisent jour après jour. Ils réclament maintenant la chute du directeur de l’université. Ils demandent également que les présidents d’université soient élus par les professeurs au lieu d’être nommés par le président de la République. Ils veulent la suppression de toute présence militaire au sein et aux alentours des campus scolaires. Ils demandent également que les fonds de l’université soient utilisés pour l’intérêt de l’université, le développement du niveau de l’enseignement et des infrastructures qui accueillent les étudiants plutôt que pour la construction de logements pour les étudiants adhérents au parti du président.
 
 
FRANCE 24 a tenté de joindre la direction de l’université pour recueillir sa réaction concernant les accusations faites par notre Observateur. Les responsables n’étaient "pas disponibles" pour s’exprimer sur le sujet. La directrice des relations publiques de l’université a confirmé la fermeture des sites nord et sud de l’université après des "revendications estudiantines", mais n’a pas souhaité s’exprimer davantage sur la question.
 
Sit-in devant le bureau du directeur. Les étudiants scandent (à 1'15): "L’étudiant veut la chute du directeur".
 
Deux étudiants montrent une pancarte sur laquelle on peut lire, à gauche : "L’étudiant veut la chute du directeur" et, à droite: "L’étudiant veut le limogeage du directeur". Photo prise par notre Observateur.

Billet rédigé en collaboration avec Mahamadou Sawaneh, journaliste à France24.



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