Par la force, les salafistes ont eu raison des débits de boissons de Sidi Bouzid

Rassemblement de salafistes à Kairouan, le 20 mai.
 
Sidi Bouzid, berceau de la révolution tunisienne situé au centre du pays, est une fois de plus au cœur de l'actualité depuis qu’un groupe de salafistes a réussi, malgré la résistance de la population, à faire fermer quasiment tous les débits de boissons de la ville sous la menace d'armes, selon certains de nos Observateurs, vendredi 18 mai. En représailles, consommateurs et vendeurs d'alcool ont saccagé une mosquée de la ville. Sur place, les habitants dénoncent la passivité des autorités face aux groupes de salafistes.
 
Les autorités locales, qui n’ont pas condamné explicitement la fermeture forcée des débits de boissons par les extrémistes, ont proposé mardi, par la voix du gouverneur local, de déplacer les bars situés au centre-ville vers la zone industrielle. Le ministre de la Justice tunisien, Nourredine B’hiri a quant à lui affirmé lundi que les auteurs de ces violences seront "sévèrement punis".
 
Le 20 mai, au lendemain de ces incidents, plusieurs milliers de salafistes du mouvement islamiste radical Ansar al-Charia venus de tout le pays se retrouvaient pour leur rassemblement annuel, le deuxième depuis la révolution, à la célèbre mosquée de Kairouan, située à une centaine de kilomètres de Sidi Bouzid. Au programme : chants religieux et démonstration de force en treillis militaires.
 
Des centaines de salafistes se sont réunis dimanche à Kairouan (centre de la Tunisie), pour le "deuxième congrès national d'Ansar al Charia", l'un des mouvements les plus radicaux de la mouvance salafiste en Tunisie.
 
Quelques jours auparavant, le gouvernement tunisien, dirigé par le parti islamiste Ennahda, autorisait, pour la première fois, un parti politique salafiste, le "Front de la réforme". Les salafistes, musulmans sunnites qui souhaitent imposer la charia, loi coranique, sont estimés à une dizaine de milliers dans le pays et divisés en plusieurs mouvances plus ou moins radicales.
 

"La police et l’armée étaient présentes mais elles ne sont pas intervenues"

Notre Observateur Farouk Smari, 29 ans, est blogueur à Sidi Bouzid.
 
Vendredi soir dans le centre-ville de Sidi Bouzid, le propriétaire d’un bar de la ville était sur le point d’ouvrir son établissement quand des salafistes sont arrivés et ont exigé qu’il laisse son bar fermé. Leur argument ? La vente d’alcool serait source de nuisances sonores et gênerait beaucoup d’habitants. Le propriétaire de la boutique, qui a eu peur, s’est résigné à fermer son bar. [D’autres témoignages affirment que les salafistes étaient armés d’épées et d’armes à feu, ndlr].
 
Dans la nuit de vendredi à samedi, après la prière du soir, des vendeurs d’alcool, des propriétaires de cafés et des consommateurs se sont rendus devant la mosquée Ar Rahma où se retrouvent généralement les salafistes pour se venger de cette interdiction. Ils les ont attaqués avec des bâtons, et certains avec des armes à feu. Je suis moi-même rentré dans la mosquée pour prendre des photos des dégats. Ils ont tiré des coups de feu à l’extérieur. Des traces de balles sont visibles sur le minaret. La police et l’armée étaient présentes mais elles ne sont pas intervenues. La police a juste coupé la route.
 
Photo prise par le blogueur Farouk Smari
 
Photo prise par le blogueur Farouk Smari
 
Photo prise par le blogueur Farouk Smari
 
"Il y a toujours eu des tensions sur cette question de la vente d’alcool mais pas d’une telle violence"
 
En réaction à cela, samedi matin, des salafistes ont fait fermer de force tous les bars, en menaçant leurs propriétaires. À ma connaissance, quatre endroits vendent de l’alcool de manière légale à Sidi Bouzid : deux bars, un café et un hôtel. Désormais, tous les bars de la ville sont fermés. L’hôtel, lui, continue à fonctionner. Et puis il reste aussi la vente d’alcool au noir. Ce jour là, les salafistes sont allés jusqu’à mettre le feu à des camions chargés de boissons alcoolisées et à un dépôt d’alcool dans la banlieue de la ville.
 
C’est la première fois que cela arrive. Il y a toujours eu des tensions sur cette question de la vente d’alcool mais pas d’une telle violence. C’est une situation que je déplore totalement. Il faut que toutes les parties acceptent le dialogue et pour cela peut-être qu’il faudrait qu’il y ait des médiateurs. Pour l’instant, la situation s’est calmée mais le problème aujourd’hui dans notre pays c’est que chacun se fait justice soi-même.
 

"Les salafistes sont un épouvantail que le pouvoir laisse s’agiter pour répandre la peur dans la population"

Slimane Rouissi est un de nos Observateurs à Sidi Bouzid.
 
Je suis très inquiet. D’une certaine manière, les salafistes prennent la place des autorités locales. Ces dernières ont complètement abandonné leur mission de protection de la population alors les salafistes imposent leurs lois en faisant régner la peur dans la ville. On se demande vraiment où sont les pouvoirs publics ? Ni l’armée ni la police ne sont intervenues dans les événements de ce week-end. Pourquoi ? On ne demande rien d’autre que de tels agissements soient empêchés, ou le cas échéant, punis.
 
J’ai le sentiment que notre pays devient de plus en plus anarchique. Je ne peux pas m’empêcher de penser que tout cela est, d’une certaine manière, voulu et orchestré par les autorités tunisiennes. Les salafistes sont un épouvantail que le pouvoir laisse s’agiter pour répandre la peur dans la population, ce sont les mêmes techniques que celles utilisées sous Ben Ali. Pour moi, c’est le signe que le pouvoir actuel veut faire taire le peuple et voir capoter les objectifs démocratique de la révolution.

Commentaires

c'est dommage qu'il n'y ait plus de liberté en tunisie,,,

le tourisme va mourir dans les pays arabes , heureusement il reste de nombreuses destination en europe et dans le monde , la dictature des salafistes des integristes islamistes et autres va faire revenir ces pays au moyen age !

au moins ca leurs pérmetra

au moins ca leurs pérmetra d'évoluer dans d'autres domaines on leurs a trop longtemps fait croire que leurs seuls chance c'etait le tourisme et puis ne t'inquiete pas mon ptit des touristes y en auras toujours!et tu sais pourquoi?par ce que y a presque 2milliards de musulmans dont je fais partis sur cette terre et ca sera un plaisir pour moi d'aller rendre visite a mes freres tunisiens et profiter de leurs magnifique plage sans que des morse m'impose leurs nudités!

!!!

Et oui , c'est belle est bien une triste vérité  En tout cas moi , il me semble que le cher Boris s’amuse a se pavaner d’endroit en endroit a faire de la promo , lui ainsi que pleins d’autres(ou est la déontologie ?) et personne ne les arrête !!pff



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