Shahin Najafi, rappeur iranien menacé de mort pour blasphème

 
Shahin Najafi, rappeur underground iranien installé en Allemagne, avait déjà réalisé quatre albums destinés à un public d’initiés. Mais depuis la diffusion de "Naghi", sa dernière chanson adressée au dixième imam du chiisme, il est menacé de mort pour blasphème dans son pays et propulsé, de fait, sur le devant de la scène.
 
On le surnomme désormais le "Salman Rushdie de la musique". Quand sa chanson est mise en ligne sur Youtube le 7 mai, Shahin Najafi est loin d’imaginer qu’elle aura de telles conséquences. Dans les couplets qu’il scande d’une voix cassée, le rappeur iranien invoque le nom du dixième imam du chiisme pour dénoncer ce qu’il considère comme les dérives et l’hypocrisie de la société iranienne. Les sujets évoqués dans son texte sont variés. Ce sont les faits divers ayant marqué le pays ces dernières années ; la religion rejetée par les jeunes ; le football accaparé par le régime ; la chirurgie esthétique intempestive ; ou encore les objets religieux importés de Chine.
 
 
Trois jours après sa diffusion, la vidéo compte déjà 130 000 vues. S’il n’est pas condamné officiellement par le régime iranien, le texte sarcastique aux paroles parfois légères déclenche rapidement la fureur de certains religieux parmi lesquels l’ayatollah Safi Golpayegani qui accuse le rappeur de blasphémer le nom de l’imam Naghi. Le site Asr Emrooz, proche des ultra-conservateurs du régime iranien, demande quant à lui à ce que le rappeur soit pendu. Un autre site radical, shia-online.ir, offre 100 000 dollars (78 000 euros) à quiconque le tuera.
 
Contributeurs

"Il n’y a pas de limites dans l’art. Les intérêts sociaux et politiques ne peuvent pas imposer de contraintes dans ce domaine"

Shahin Nafaji, 31 ans, est né dans une petite ville du sud de l’Iran. En 2005, il se réfugie en Allemagne. Depuis qu’il a été ouvertement menacé de mort au début du mois de mai 2011, il vit sous protection policière.
 
Ayant quitté mon pays pour l’Allemagne, je devrais pouvoir m’exprimer librement. Ce que je dis dans mes chansons n’insulte personne directement. Si on oublie ceux qui m’ont condamné en Iran et qui sont pour moi les messagers du régime iranien, aucun autre expert en religion ne s’est avancé pour dire que ces paroles insultaient directement l’islam. C’est vrai que c’est provocateur, mais tout est provocateur dans ce que je fais ! Il ne peut pas y avoir de limites dans l’art. Les intérêts sociaux et politiques ne peuvent pas imposer de contraintes dans ce domaine.
 
On me mettait des limites quand j’étais en Iran, mais je n’avais jamais été persécuté comme maintenant. Aujourd’hui, c’est un pays occidental qui est responsable de ma sécurité. Si je voulais descendre dans la rue, je ne le pourrais pas. Depuis que je suis sous protection policière, je passe mon temps à lire des livres, regarder des films, jouer de la guitare et écrire des poèmes.
 
"Je suis davantage attaché à l’humanité qu’au patriotisme et à la nationalité"
 
Finalement, je dois tout à la République islamique d’Iran puisque c’est elle qui m’a propulsé sous les projecteurs du monde entier. On m’a accusé d’avoir écrit cette chanson pour devenir célèbre. C’est absolument faux. Ces textes ne s’adressent qu’aux Iraniens, je n’ai jamais pensé qu’ils puissent être écouté et compris par d’autres. D’ailleurs, quand le texte a été traduit en allemand, il a fallu expliquer chaque couplet !
 
C’est peut-être difficile de devenir connu, mais ça l’est encore plus de décider ce que l’on va faire de sa popularité. Je ne me vois pas devenir le porte-parole du peuple iranien, je ne veux pas rapporter que ses souffrances. Je me sens évidemment concerné par l’Iran, mais maintenant que je sais que mon audience dépasse les frontières de ce pays, je veux parler davantage de mes expériences, de mes réflexions. Je suis davantage attaché à l’humanité qu’au patriotisme et à la nationalité. La souffrance existe aussi en Europe et aux États-Unis ; elle est simplement différente de celle qu’il y a en Iran. Aux États-Unis, j’ai vu l’illettrisme et le consumérisme intensif. J’ai parlé à des enfants qui m’ont donné l’impression de vivre enfermé dans leur bulle. Je veux maintenant parler de tout cela.


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