Les “99 %” reprennent du poil de la bête et s’attaquent aux assemblées d’actionnaires

Les manifestants marchent vers le siège de Bank of America à Charlotte, en Caroline du Nord. Photo publiée sur Instagram par Occupy Eye.
 
Le mouvement Occupy est peut-être moins visible qu’à l’automne dernier, mais ses activistes travaillent dur pour remotiver leurs troupes maintenant que la météo est de nouveau favorable à la protestation. Ils organisent notamment une série de manifestations visant les assemblées d’actionnaires des grandes banques. Mercredi 9 mai, ils ont ainsi débarqué au siège de la deuxième plus importante banque des États-Unis, Bank of America, qui tenait son assemblée annuelle à Charlotte, en Caroline du Nord.
 
Les manifestants rassemblés devant le siège de Bank of America à Charlotte, Caroline du Nord. 
 
D’après les autorités municipales, environ 1 000 manifestants venus de tout le pays se sont rassemblés dans le centre-ville de Charlotte mercredi matin. Leur but était de dénoncer l’implication de Bank of America dans la crise des saisies immobilières, en organisant trois défilés convergeant vers le siège de la banque. Ils ont clamé des slogans comme : "Eh, eh, B.O.A [Bank Of America], ne nous enlève pas nos maisons !" La police, déployée en masse, a placé plusieurs personnes en détention.
 
La police procède à l'arrestation de deux manifestants devant le siège de Bank of America. Photo publiée sur Twitter par @studentlabor.
 
En plus des slogans et des bannières habituels, les manifestants ont organisé un faux combat de boxe qui opposait un homme déguisé en Brian Moynihan, le directeur financier de Bank of America, à une femme baptisée "Madame 99 %". L’expression "99 %", apparue lors des manifestations de l'automne dernier, désigne la majorité de la population américaine, par opposition au 1 % les plus riches.
 
Photo d'un match de boxe parodique publiée sur Instagram par Andrew Dunn.
 
Cette manifestation a fait suite à une autre, moins importante, organisée mardi 1er mai devant les bureaux de Bank of America à New York.
 
Bank of America n’a pas encore fait de declaration concernant cette manifestation. La banque a toutefois récemment annoncé qu’elle avait modifié les termes de plus d’un million de prêts immobiliers depuis 2008, afin d’éviter aux emprunteurs la saisie de leurs biens. Les critiques prétendent cependant que ces modifications ne concernent pas les propriétaires les plus nécessiteux, qui représentent pour les banques un risque financier plus important.
Contributeurs

"Bank of America n’a décidément pas conscience de la douleur qu’elle a infligée aux Américains moyens"

Michael Guerrero est l’un des organisateurs de la manifestation. Il est engagé dans plusieurs associations pour la justice sociale, dont Unity Alliance, qui a co-organisé la manifestation avec le "99 % Power movement".
 
Bank of America a été l’un des principaux bénéficiaires des politiques de dérégulation financière durant ces dernières décennies, des politiques qui ont provoqué une énorme vague de saisies. Aujourd’hui, des milliers de personnes continuent de perdre leurs maisons à cause des prêts destructeurs de cette banque. En même temps, Bank of America a surmonté la crise financière grâce à un renflouement fédéral [la banque a reçu 35 milliards d’euros, qu’elle n’a toujours pas remboursés, ndlr] et maintenant, elle se porte bien ; elle rachète de petites banques et distribue à ses dirigeants d’énormes bonus [Brian Moynihan, le directeur financier de la banque, a vu sa rémunération quadrupler l’année dernière, ndlr]. La banque n’a décidément pas conscience de la douleur qu’elle a infligée aux Américains moyens.
 
Nous voulons leur faire ressentir cette douleur, et nous voulons qu’ils fassent en sorte que les gens conservent leur maison. Cela veut dire assumer en partie les coûts, en réduisant les charges de la dette des emprunteurs.
 
Nous surveillons également les activités de Bank of America dans leur ensemble. Nous profitons de cette occasion pour dénoncer ses investissements dans la production de charbon, qui nécessite une extraction minière à ciel ouvert hasardeuse et dangereuse pour l’environnement.
 
Nous espérons que notre manifestation va attirer l’attention des législateurs, et qu’ils vont réformer le secteur bancaire pour rendre ses pratiques plus justes. Nous aimerions que les dirigeants de Bank of America entendent ce que nous disons et prennent d’eux-mêmes la bonne décision, mais leur comportement n’a pas été très encourageant jusqu’à présent. Il n’y a eu aucune possibilité de dialogue avant l’assemblée. Au même moment, la ville de Charlotte a déclaré que l’assemblée des actionnaires était un "événement extraordinaire", ce qui donne à la police le droit de fouiller, sans justification, les manifestants.
 
[L’ordonnance "événement extraordinaire" stipule que dans l’enceinte de ces "événements extraordinaires", il est illégal de porter, entre autres, n’importe quel objet "suffisamment lourd pour servir de projectile", "des marqueurs contenant un liquide indélébile", "un sac à dos, un sac marin, une besace, un sac réfrigérant, ou tout autre objet susceptible de contenir des armes ou du matériel prohibé", ainsi que des animaux, ndlr]
 
La ville essaie peut-être de se montrer plus ferme en prévision de la Convention nationale démocrate, qui doit se tenir en septembre à Charlotte. Cependant, c’est une illustration d’une tendance plus large : la dissidence est en train d’être criminalisée aux États-Unis. C’était évident avec la répression des mouvements Occupy à travers le pays cet automne. Néanmoins, nous allons continuer à nous battre et à espérer que notre droit à la liberté d’expression soit respecté.
 
Photo publiée sur Instagram par Occupy Eye.
 
Une activiste raconte à la foule comment Bank of America "a volé [sa] maison" et énumère les demandes des manifestants. 


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