Malgré la répression, des centaines de Russes manifestent contre l’investiture de Poutine

 
Vladimir Poutine a officiellement entamé sa troisième présidence lundi. Plus d'un millier de manifestants étaient descendus dans les rues de Moscou, hier, pour protester contre le président élu, à l'occasion son investiture. Malgré l’intervention musclée de la police et une vague d’arrestations, quelques centaines de personnes sont restées camper toute la nuit près du Kremlin.
 
À la tête de la Russie entre 1999 et 2008, Vladimir Poutine a vu son proche Dimitri Medvedev lui succéder à l'issue de deux mandats consécutifs - le maximum autorisé par la Constitution russe. Loin de lâcher les rênes du pouvoir, Vladimir Poutine a été nommé Premier ministre, fonction qu'il a conservée tout au long de la présidence de Medvedev. À l'issue de l'élection présidentielle du 4 mars 2012, les deux hommes ont échangé leurs rôles : élu sans grande surprise, Vladimir Poutine a repris son siège de président, et il vient de nommer Dimitri Medvedev Premier ministre.
 
Pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une parodie de démocratie, des manifestants ont donc battu le pavé dans la capitale dès dimanche et ont été accueillis par des coups de matraque. Le lendemain, le cortège de Poutine a traversé des rues désertes pour se rendre à la cérémonie d’investiture, bien loin des manifestants qui se faisaient au même moment évacuer manu militari par la police. Selon les agences de presse, au moins 1 000 personnes étaient, lundi, descendues dans la rue. 
 
Cette vidéo montre plusieurs arrestations, sur la place Kitaï-Gorod à Moscou lundi.
Contributeurs

"La police a été bien plus sévère pendant l’inauguration de Poutine qu’avant son élection"

Anastasia Kirilenko est journaliste à Moscou. Elle a passé la journée de lundi et la nuit suivante à suivre les manifestants.
 
Les manifestations n’étaient pas autorisées lundi, mais bien sûr la police s’attendait à ce qu’il y en ait et elle était prête à riposter. Les policiers n’ont pas laissé les manifestants s’approcher à plus de 50 mètres des rues où le cortège de Poutine passait. Les manifestants changeaient sans cesse de direction, car la police barrait régulièrement leur route. Ils scandaient des slogans, comme "Poutine au goulag !", "Poutine, dégage !" ou même, tout simplement, "Honte !"
 
Une femme âgée est arrêtée. Les manifestants hurlent : "Honte !" 
 
Les manifestants ont fini par se rassembler sur la place Kitaï-Gorod, près du Kremlin. Des centaines d’entre eux ont décidé d’y passer la nuit. Ça, on ne s’y attendait pas – ce n’était pas prévu. Malgré de nombreuses arrestations pendant la nuit, l’ambiance était plutôt joyeuse. Certains ont sortis des guitares pour chanter des chansons des Beatles.
 
Alexey Navalny, l'un des leaders de l'opposition, demande aux manifestants qui l'entourent s'ils veulent faire un sit-in toute la nuit. Ils répondent par l'affirmative. Il leur demande de prévenir toutes les personnes qu'ils connaissent, et de ne quitter la place que si une ou deux personnes peuvent les remplacer. 
 
La police s’est montrée moins violente lundi que dimanche – au lieu de frapper les manifestants avec leurs matraques, ils se sont servis de camions de nettoyage pour les faire dégager avec des jets d’eau.
 
La police tente de disperser des manifestants avec des jets d'eau. Quand l'un des manifestants tente de leur barrer la route, ils l'arrêtent.
 
Mais les arrestations ont été très nombreuses ; je les ai vu arrêter des dizaines de manifestants tout le long de la journée et dans la nuit [selon les sources officielles, 367 personnes ont été arrêtées lundi, ndlr]. Certains des leaders de l’opposition ont même été interpellés à plusieurs reprises. Car dès qu’ils étaient relâchés, ils retournaient se joindre aux manifestants.
 
Globalement, la police a été bien plus sévère pendant l’inauguration de Poutine qu’avant son élection. La violence s’est également accrue contre les journalistes. J’ai de beaux bleus pour le prouver. Je les ai aussi vus essayer de briser les caméras de mes confrères.
 
J’ai été impressionnée de voir que, malgré tout cela, le sit-in se poursuivait sur la place Kitaï-Gorod ce matin. Les manifestants semblent déterminés à continuer.
 

Commentaires

RESPECT

RESPECT aux manifestants !



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