Une manifestation monstre pour des élections propres tourne au vinaigre à Kuala Lumpur

Une voiture de police attaquée par les manifestants.
 
Tout avait bien commencé mais la manifestation de samedi pour une réforme électorale a dégénéré en échauffourées violentes entre la police malaisienne et des groupes de manifestants, provoquant de nombreuses accusations d’usage disproportionné de la force de la part des forces de l’ordre. Pour autant, les images amateurs des rixes posent aussi des questions sur la responsabilité des manifestants dans cette spirale de violence.

La manifestation de samedi répondait à l’appel de Bersih ("propre" en malais), un collectif de 80 ONG militant pour des élections "propres et justes" à l’approche d’un scrutin national qui devrait être organisé en juin par le président Najib Razak. Il s’agit de la troisième manifestation réclamant une réforme électorale depuis 2007 et très probablement du plus important rassemblement dans la capitale depuis une décennie. Selon la police, entre 40 000 et 50 000 personnes y auraient participé alors que les organisateurs avancent le chiffre de 250 000 manifestants.

Vêtus de jaune, la couleur du mouvement Bersih, les manifestants se sont dirigés vers la place de l’Indépendance de Kuala Lumpur dont l’accès avait été bloqué par la police à l’aide de fils barbelés. Arrivés à proximité de la place, les manifestants ont été dispersés par des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

 
 
Les manifestants dispersés par des gaz lacrymogènes. Video postée sur YouTube par Oberver1.
 
Un peu plus tard, une voiture de police a été filmée alors qu’elle était attaquée par des manifestants. Le conducteur du véhicule perd ensuite le contrôle et vient percuter un mur. Les manifestants en colère sont ensuite filmés alors qu’ils se jettent sur le véhicule pour le saccager.
 
Vidéo de la voiture des forces de l'ordre attaquée, postée sur YouTube par la police malaisienne.
 
Quelque 471 personnes ont été arrêtées. Human Rights Watch s'inquiète d’un "usage disproportionné de la force" de la part des policiers et appelle les autorités à traiter les personnes arrêtées avec impartialité.  

Le ministre de l’Intérieur, Hishammuddin Hussein, a quant à lui balayé toutes les accusations de brutalités policières et félicité ses forces pour leur "professionnalisme et [leur] retenue".
 
Contributeurs

"À cause de cette réponse disproportionnée de la police, les manifestants se sont sentis attaqués"

Fahmi Fadzil a participé à la manifestation de samedi. Il tient un blog et travaille pour Nurul Izzah Anwar, députée et fille du principal opposant au gouvernement, Anwar Ibrahim.

Au début de la journée, tout était calme. Les policiers étaient particulièrement aimables. Ils disaient "bonjour" et souriaient. Puis, vers 15 heures, on s’est retrouvé devant des forces de l’ordre totalement différentes. C’était Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Leur niveau d’agressivité a été profondément choquant.

Moi, j’étais à 200 ou 300 mètres de la place de l’Indépendance quand les premiers gaz lacrymogènes ont été tirés. Là où j’étais, c’était complètement bondé et on a vite compris que la police ne se cantonnait plus à la protection de la place mais qu’elle était en train de percer la foule. Nous étions dans un magasin avec des amis pour acheter de l’eau quand nous avons été visés par des bombes lacrymogènes. J’ai aussi vu des canons à eau mais ils ne m’ont pas atteint. Ils visaient tout le monde sans distinction, même certaines zones plus touristiques.

À cause de cette réponse disproportionnée de la police, les manifestants se sont sentis attaqués, ce qui peut expliquer le déferlement de violence qui a suivi de la part des deux camps. Je condamne la violence des manifestants qui ont attaqué la voiture, mais je pense aussi que la police devrait se demander ce que ce véhicule faisait dans un endroit aussi bondé sans aucun renfort. La police avait des éléments aériens qui auraient pu alerter le conducteur ou d’autres policiers que ce véhicule avait besoin d’aide. On est donc en droit de se demander si cette voiture n’était pas là pour que les choses dégénèrent.  

Cela fait trois fois que nous demandons une réforme électorale depuis 2007. En vue des prochaines élections, cette fois-ci nous demandons à la commission électorale de mettre en place les réformes qu’elle a promises. Nous demandons la démission du président et du vice-président de la commission car ce sont des membres du United Malays National Organisation, un parti membre de la coalition au pouvoir [Barisan Nasional]. On a donc du mal à croire qu’ils pourront être impartiaux. Le risque, c’est que les gens ne leur fassent pas confiance. Les électeurs sont par ailleurs très inquiets de la corruption des membres du parti au pouvoir, mais aussi sous pression à cause de l’inflation, de l’augmentation du coût de la vie et des salaires qui stagnent.
 
Après avoir été attaquée par des manifestants, la voiture de police perd le contrôle et vient percuter un mur. Vidéo filmée par un amateur et postée sur YouTube par avchin1968.
 


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