Au début de la journée, tout était calme. Les policiers étaient particulièrement aimables. Ils disaient "bonjour" et souriaient. Puis, vers 15 heures, on s’est retrouvé devant des forces de l’ordre totalement différentes. C’était Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Leur niveau d’agressivité a été profondément choquant.
Moi, j’étais à 200 ou 300 mètres de la place de l’Indépendance quand les premiers gaz lacrymogènes ont été tirés. Là où j’étais, c’était complètement bondé et on a vite compris que la police ne se cantonnait plus à la protection de la place mais qu’elle était en train de percer la foule. Nous étions dans un magasin avec des amis pour acheter de l’eau quand nous avons été visés par des bombes lacrymogènes. J’ai aussi vu des canons à eau mais ils ne m’ont pas atteint. Ils visaient tout le monde sans distinction, même certaines zones plus touristiques.
À cause de cette réponse disproportionnée de la police, les manifestants se sont sentis attaqués, ce qui peut expliquer le déferlement de violence qui a suivi de la part des deux camps. Je condamne la violence des manifestants qui ont attaqué la voiture, mais je pense aussi que la police devrait se demander ce que ce véhicule faisait dans un endroit aussi bondé sans aucun renfort. La police avait des éléments aériens qui auraient pu alerter le conducteur ou d’autres policiers que ce véhicule avait besoin d’aide. On est donc en droit de se demander si cette voiture n’était pas là pour que les choses dégénèrent.
Cela fait trois fois que nous demandons une réforme électorale depuis 2007. En vue des prochaines élections, cette fois-ci nous demandons à la commission électorale de mettre en place les
réformes qu’elle a promises. Nous demandons la démission du président et du vice-président de la commission car ce sont des membres du
United Malays National Organisation, un parti membre de la coalition au pouvoir [Barisan Nasional]. On a donc du mal à croire qu’ils pourront être impartiaux. Le risque, c’est que les gens ne leur fassent pas confiance. Les électeurs sont par ailleurs très inquiets de la corruption des membres du parti au pouvoir, mais aussi sous pression à cause de l’inflation, de l’augmentation du coût de la vie et des salaires qui stagnent.