Les "Stalinobus" pourraient ternir les commémorations de la victoire soviétique de 1945

 
Le 9 mai, les Russes célèbreront la victoire de l'URSS sur l’Allemagne nazie. En plus des parades militaires et des traditionnels feux d’artifices organisés à cette occasion, des transports en commun décorés à l’effigie de l’ex-leader soviétique, Joseph Staline, risquent, cette année, de jeter un froid sur les festivités.
 
Imaginé il y a deux ans, le concept de "Stalinobus" - des transports en commun sur lesquels sont placardées des affiches à l’effigie de Joseph Staline - avait immédiatement provoqué une vague d’indignations. En 2010, les défenseurs des droits de l’Homme et de la démocratie avaient tout fait pour que les commémorations de la Journée de la victoire ne soient pas entachées de la présence de ces véhicules. Un bus avait tout de même réussi, pendant quelques heures, à s’immiscer dans les festivités à Saint-Pétersbourg, avant de se faire asperger de peinture blanche.
 
Les premiers pas des "Stalinobus" à Saint-Pétersbourg, en 2010. Vidéo postée sur YouTube par
victorybus.
 
Le "Stalinobus" aspergé de peinture. Vidéo postée sur YouTube par Soshnikoff.
 
Mais il en fallait plus pour décourager les organisateurs. L’année suivante, un autre "Stalinobus" a été aperçu lors de la Journée de la victoire, le 9 mai. D’autres encore ont fait leur apparition le 7 novembre, date qui marque le début de la révolution bolchevik de 1917 et la parade militaire de 1941 sur la place Rouge, à Moscou. Si les affiches du "petit père du peuple" avaient été bien accueillies dans plusieurs villes de Sibérie, Moscou, la capitale, avait refusé de laisser circuler les bus.
 
Selon les organisateurs, si tout se passe comme prévu cette fois-ci, les "Stalinobus" devraient participer aux festivités dans une quarantaine de villes, en Russie mais aussi dans d’anciens pays de l’Union soviétique comme la Lettonie et l’Estonie. Deux pays qui, ayant souffert du joug communiste après la victoire des Alliés, ont pourtant interdit l’utilisation de symboles soviétiques sur leur territoire.

Moscou et Riga, la capitale lettonne, ont affirmé qu’elles interdiraient la circulation des "Stalinobus" dans leur ville. Contacté par FRANCE 24, un membre du cabinet du maire de Tallinn, la capitale estonienne, a, quant a lui, expliqué que tant que les affiches ne violaient aucune loi, la ville n’interviendrait pas. Autrement dit, si elles ne dépeignent que Staline, sans symboles soviétiques associés, elles seront tolérées. 
 
Les organisateurs ont affirmé avoir déjà recueilli 225 000 roubles (5 800 euros) pour acheter des espaces publicitaires sur les transports en commun.
 
Joseph Staline a dirigé l’Union soviétique d’une main de fer pendant 24 ans, utilisant la terreur et le culte de la personnalité pour se maintenir au pouvoir. Des millions de personnes ont été tuées sous son régime et de très nombreuses autres ont été envoyées dans des camps de travaux forcés, les goulags.
 
Contributeurs

"J’aimerais que les gens puissent être pondérés quand ils parlent de Joseph Staline"

Viktor Loginov a lancé et organise le projet “Stalinobus”.
 
J’ai lancé ce projet parce que j’en avais assez que l’Histoire de notre grand pays soit toujours décrite de manière négative. Je ne supportais plus la propagande antistalienne. Moi, je vois Staline de la même manière que d’autres Russes voient Pierre Ier de Russie [tsar à partir de 1682, il devient le premier empereur de l'Empire russe, de 1721 à sa mort en 1725]. Que cela soit fondé ou non, les Russes aiment cet empereur car il est considéré comme l'un des grands architectes de l’empire de Russie. D’un côté, on sait tous que 'Saint-Péterbourg a été édifiée sur des os humains' [lancée en 1706 sur ordre du tsar, l’édification de la ville a demandé la mise au travail forcée de dizaines de milliers de personnes dont les squelettes sont encore sur le site, NDLR] mais, de la même manière, les gens reconnaissent que Pierre Ier de Russie a 'ouvert une fenêtre sur l’Europe'. Et j’aimerais que les gens aient la même pondération quand ils parlent de Joseph Staline. Il a fait beaucoup de bien à notre pays, même si c’était loin d’être parfait.

En France, le nom de 'Stalingrad' est encore utilisé [à Paris, une station de métro porte ce nom, NDLR] alors qu’ici, on a préféré renommer la ville Volgograd, tout ça pour faire plaisir à une poignée de gens [Stalingrad a été rebaptisée Volgograd en 1961, sous Nikita Khrouchtchev, dans le cadre d’un programme de déstalinisation du pays, NDLR].
 
Je ne donnerai aucun détail sur notre projet sinon je risque de le mettre en péril. Ce qui est certain, c’est que les gouvernements letton et estonien ont déjà tout fait pour empêcher que nous déployions nos affiches. Ces pays, prétendument démocratiques, tentent d’étouffer notre liberté d’expression.
Billet écrit avec la collaboration d'Ostap Karmodi, journaliste.

Commentaires

Stalingrad

A toutes fins utiles, la place baptisée Stalingrad à Paris commémore la bataille qui s'y est tenue en 1942 et ne célèbre pas le petit père des peuples. En effet, ce moment a marqué un tournant dans la guerre, avec les premières défaites allemandes.



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