Trois Observateurs réagissent à la chute de Bo Xilai, destin brisé de la politique chinoise

Caricature de Bo Xilai jouant avec un oiseau, ce qui signifie, en chinois, que sa carrière est finie.
 
L’évincement soudain de Bo Xilai, une des étoiles montantes du Parti communiste chinois (PCC), a provoqué un véritable séisme dans la sphère politique chinoise. Trois de nos Observateurs nous expliquent ce que représentait pour eux ce personnage aussi charismatique que controversé.

Depuis 2007, Bo Xilai dirigeait la gigantesque municipalité autonome de Chongqing, située en plein cœur de la Chine, une ville-province qui n’abrite pas moins de 30 millions d’habitants. Pourtant promis à un brillant avenir politique par certains analystes, en mars 2012, le dirigeant est démis de ses fonctions au sein du PCC de Chongqing et suspendu, le 10 avril, du Politburo (composé de 25 personnes) pour "graves infractions disciplinaires". Au même moment, son épouse, Gu Kailai, est suspectée d'implication dans le meurtre du consul britannique Neil Heywood en novembre 2011.

Bo Xilai s’est notamment fait connaître par une importante vague de réformes mise en place dans sa municipalité, parmi lesquelles une campagne de lutte contre la criminalité, un programme de développement des logements subventionnés par l’État, mais aussi une campagne, plus controversée celle-là, de remise au goût du jour de l'idéal révolutionnaire maoïste à grands renforts de slogans patriotiques et de "chants rouges". Une époque pendant laquelle la ville de Chongqing a aussi connu un véritable essor économique. En 2011, son taux de croissance a dépassé les 16 %.

Depuis son limogeage, des panneaux publics fraîchement installés dans la ville interdisent les "chants rouges" et les publicités ont remplacé les messages de propagande diffusés jusque-là par les chaînes de télévision locales. Ses partisans affirment que le taux de criminalité a déjà augmenté. Certains d’entre eux sont même allés jusqu’à organiser une manifestation, qui a immédiatement été dispersée par les forces de l’ordre.
 
 

"Il a aussi réussi à nous délivrer de la mafia"

Zhang (pseudonyme) habite à Chongqing.

Les habitants de Chongqing soutiennent Bo Xilai. Grâce à lui, beaucoup de choses ont changé ici. D’abord, il a augmenté les effectifs de police dans la ville, aussi bien pour les patrouilles que pour la circulation. Puis, il a pris des mesures pour faire baisser les prix des loyers [Bo avait annoncé qu’il ferait construire des appartements pour les personnes aux revenus modestes et qu’après trois années dans le logement, les locataires pourraient acheter les appartements à des prix modérés, ndlr].

Il a aussi réussi à nous délivrer de la mafia. En Chine, les politiques se servent généralement de ces réseaux criminels pour s’enrichir au lieu d’essayer de l’éradiquer. Mais Bo a rompu avec cette tradition. Avant qu’il n’arrive à Chongqing, la ville était infestée de voleurs ; on pouvait se faire agresser en pleine journée. Mais depuis son arrivée, je n’ai plus jamais vu ça. Il nous a apporté l’ordre et la sécurité.
 

"Bo Xilai reviendra"

Ye ST (pseudonyme) est maoïste. Il habite à Shangrao, dans la province du Jiangxi. Il a demandé à ce que l’entretien soit succinct car il s’inquiète de représailles des autorités et notamment d’une éventuelle fermeture de son site Web commercial (voir notre article sur les difficultés auxquels font face les maoïstes en Chine).

Je pense que ce n'est qu'un revers pour Bo Xilai, et qu’il reviendra au pouvoir dans le futur. En ce moment, le gouvernement a peur de lui parce que les maoïstes gagnent rapidement du terrain.

Bo a accompli beaucoup de choses à Chongqing. Il est très respecté là-bas comme dans le reste de la Chine. Mais il a mis en place des changements très soudains, et c’est précisément ce qui a précipité sa chute. En Chine, les changements doivent être graduels.

Beaucoup de gens, comme moi, pensent que les autorités n’ont trouvé aucune preuve que Bo était corrompu, et que c’est pour cela qu’ils s’en sont pris à sa femme mais les accusations dont elle fait l’objet sont fausses. Tout ce scandale a été orchestré par les États-Unis [peu de temps avant que Bo soit démis de ses fonctions, son allié et chef de la police de Chongqing, Wang Lijun, a passé une nuit au consulat des États-Unis, avant d’être arrêté par les autorités centrales. Ye ST pense que Wang Lijun a été manipulé par le consulat et que cette rencontre avait pour objectif de porter préjudice à Bo Xilai]. Parce qu’ils convoitent les richesses de la Chine, les États-Unis essayent de créer des conflits internes entre les maoïstes et le reste de la scène politique chinoise. C’est la stratégie du diviser pour mieux régner. Cependant, si nous résistons et restons unis, les États-Unis tomberont et la Chine deviendra leader sur la scène internationale. Si Bo est toujours vivant à ce moment-là, je pense qu’il fera un retour triomphal et qu’il accomplira de grandes choses.

"Je ne vois pas comment le maoïsme pourrait trouver une place dans la Chine d’aujourd’hui"

Hulcher (pseudonyme) est un étudiant vivant à Wuhan, dans la province  du Hubei.

Bo Xilai est un populiste assoiffé de pouvoir. Les 'chant rouges' n’ont plus aucun sens à notre époque. C’est même une régression. Et la répression qu’il a menée contre la mafia locale était un moyen de se débarrasser de ses propres ennemis [Bo Xilai a été accusé d’utiliser son autorité pour intimider des opposants].

Les maoïstes l’apprécient parce qu’ils sont nostalgiques de cette époque que Bo a réussi, dans une certaine mesure, à remettre à l’ordre du jour à Chongqing. Mais je ne vois comment cette pensée pourrait trouver une place dans la Chine d’aujourd’hui. Les gens véritablement adeptes du maoïsme sont peu nombreux et cette idéologie est vraiment contraire aux intérêts du gouvernement actuel. Bo a donc certainement été évincé à cause d’un conflit interne au sein du Parti communiste. Et le fait que les médias d’État aient appelé à soutenir la décision du gouvernement conforte cette hypothèse. Quoi qu’il advienne, cette décision met un terme à la carrière de Bo ainsi qu’à la propagation de la pensée maoïste et c’est tant mieux.


Fermer