La chute de Tombouctou racontée par nos Observateurs

Des combattants du MNLA. Photo non datée postée sur le site du mouvement.
 
Après Kidal et Gao, c’est Tombouctou qui est tombée dimanche aux mains de la rébellion touareg. Trois habitants racontent la prise de la ville, leurs craintes et pour certains, leurs espoirs.

Les séparatistes du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), ainsi que d’autres groupes armés, sont entrés dimanche dans Tombouctou, ville d'environ 50 000 habitants, où ils ont hissé leur drapeau pour remplacer celui du "colonisateur malien".

"Il n’y a quasiment pas eu de combats"

Pour Baba, un étudiant qui a quitté Tombouctou pour Bamako hier soir:
Il n’y a pas eu de véritables combats dimanche pour la simple et bonne raison que les soldats de l’armée malienne avaient déjà commencé à quitter les camps militaires avec toutes leurs affaires dès vendredi soir. Et ceux qui étaient encore sur place se sont habillés en civils pour ne pas avoir à combattre.

Pour cet étudiant, le MNLA a par ailleurs "négocié" la ville avant d’y entrer. Une version appuyée par Rissa, professeur de mathématiques touareg vivant à Tombouctou :

La ville était protégée depuis un certain temps par un groupe de défense soutenu par le pouvoir de Bamako appelé la milice arabe. Ses combattants s’étaient positionnés après le départ des soldats de l’armée régulière en fin de semaine pour défendre la ville. Dimanche, ils ont finalement trouvé un compromis avec les combattants touareg et ont ensuite livré Tombouctou au MNLA. Les tirs que nous avons entendus n’étaient pas des tirs de combats mais des tirs en l’air.  Les miliciens ont ensuite accompagné des éléments du MNLA alors qu’ils pénétraient dans les camps militaires de la ville laissés à l’abandon. Une fois à l’intérieur, ils ont saccagé les magasins de la garnison. Des fusils ont été distribués à tout va. J’ai même vu des enfants arabes marcher dans les rues avec des armes. Certains tiraient en l’air. C’était effrayant.

Une personne est morte après avoir été touchée par un éclat d’obus.

"Des drapeaux noirs avec des écritures arabes" aperçus dans la ville

La rébellion compte plusieurs composantes dont les deux principales sont le mouvement indépendantiste laïque du MNLA et le groupe islamiste Ançar Dine dirigé par le chef touareg Iadarali qui souhaite installer la charia (loi islamique) dans les territoires qu’il contrôle. Ce dernier a largement participé à la prise d’Aguelhoc en janvier dernier et de Kidal le 30 mars. Des éléments d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont par ailleurs été signalé comme combattant aux côtés des rebelles, ce que le MNLA dément.
 
Un de nos Observateurs a affirmé avoir vu des combattants islamistes à Tombouctou. Il les aurait reconnu grâce aux "drapeaux noirs avec des écritures arabes" qu’ils brandissaient (la plupart des groupes salafistes utilisent des drapeaux noirs sur lesquels est écrit en arabe "Il n’y a de Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète"). D’autres témoignages de locaux évoquent la destruction de bars par des "barbus criant que Dieu n’aime pas l’alcool". Mais pour l’heure, rien ne permet de dire quel groupe contrôle véritablement Tombouctou, ni s’ils combattent ensemble.

"On attend de voir ce que les nouveaux maîtres de la ville ont à nous dire"

Ce lundi, tous les commerces étaient fermés à Tombouctou. Selon nos Observateurs sur place, les habitants sont pour la plupart terrés chez eux. Selon Amadou O., qui dirige un hôtel à Tombouctou :

On voit de loin les pick-up sillonner la ville. Maintenant, on attend de voir ce que les chefs de la rébellion ont à nous dire. Personnellement, je suis prêt à cohabiter avec eux si ces derniers sont capables de nous apporter la paix tout en essayant de renforcer une région qui a trop longtemps été abandonnée.

Un avis que le  professeur Rissa partage :

Il est indispensable que les trois régions qui constituent l’Azawad (Kidal, Tombouctou et Gao) aient plus d’autonomie afin de pouvoir se reprendre en main. Pour autant, le Mali reste une grand famille alors pas question de diviser le pays en deux. Ce qu’il nous faut c’est une sorte de fédération qui nous permettrait d’avoir les moyens de nous développer sans tout attendre du pouvoir central.


"Rien ne dit qu’ils s’arrêteront à Tombouctou"

De retour à Bamako, Baba l’étudiant s’inquiète quand à lui pour les habitants de sa ville d’origine, ses proches lui ayant rapporté des scènes de pillages dans la soirée de dimanche à lundi. Selon les agences de presse, la prison de la ville a été ouverte de force par des inconnus et plusieurs bâtiments publics comme la banque et le trésor ont été saccagés.

Baba affirme avoir toujours vécu en bonne entente avec les Touareg de Tombouctou :

"Ils sont comme des frères et des amis. Mais ceux qui ont pris la ville, on ne les connaît pas. On ne sait pas ce qu’ils veulent. Et rien ne dit qu’ils n’iront pas plus loin, plus au sud.

Alors que Tombouctou tombait, à Bamako, le capitaine Amadou Sanogo, chef d’une junte plus isolée que jamais, s’engageait à rétablir la Constitution et toutes les institutions de l'Etat malien avant la tenue d'élections. Il n’a en revanche donné aucun détail sur la marche à suivre ni sur le calendrier.

Les dirigeants de la Cédéao doivent se retrouver ce lundi à Dakar pour discuter de la situation critique du pays en marge de la cérémonie d'investiture du nouveau président sénégalais, Macky Sall.

Pour des raisons de sécurité, les noms de nos trois Observateurs ont été changés.
 
 
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.



 
Contributeurs

Commentaires

Bamako en alerte

Hier nuit Bamako était entoure de BRDM parceque la junte craint une offensive de la MNLA sur la capitale.
Lundi dans la matinée nous avions remarque plusieurs dizaines de 4*4 remplis de soldat en fuite revenus du Nord, ils sont habillé en civil et tiennent des AK 47 en mains.
Je me demande si réellement ils ont tiré un seul coup de feu pourtant ils avaient des munitions en quantités contrairement ce que disent les autres militaires.
Les militaires Maliens sont des trouillards et la population civil est sans défense .

reaction sur ce qui se passe au mali

c'est à croire qu'att est tombé pour rien. moi j'ai horreur des menteurs comme ces mutins qui ne sont en realite qu'une bande de voleurs qui on profité d'une situation pourrie pour prendre le pouvoir... moi je suis ivoirien

Islamistes

Confirmez vous que les islamistes ont chassé le MLNA et pris le contrôle de la ville?



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