700 km à pied pour demander au président de sauver leurs terres

 
Plus de 1 500 indigènes sont arrivés à Quito, la capitale de l’Équateur, jeudi, après avoir marché pendant deux semaines à travers le pays. Cette action vise à dénoncer le projet du gouvernement de développer l’exploitation de minerais à l’échelle nationale, minerais dont la plupart se trouvent dans les sols sur lesquels vivent les indigènes, en Amazonie.
 
Il y a six ans, ces derniers s’étaient mobilisés pour faire élire le président Rafael Correa. Mais aujourd’hui, ils se retournent contre lui pour tenter de suspendre l’exploitation des minerais du pays défendue par le chef de l’État.  Selon eux, cette initiative mènerait non seulement à la destruction de la forêt vierge, mais également à la pollution des nappes phréatiques et menacerait leur survie.
 
Deux cortèges, venus du nord et du sud, se sont rejoints à Quito jeudi. Après une manifestation dans le centre de la capitale, les manifestants ont remis une pétition au président du Parlement, Fernando Cordero Cueva. Le président de la République, qui refuse pour l’heure de négocier avec eux, avait appelé ses partisans à une contre-manifestation le même jour. Des centaines de personnes ont répondu présents pour soutenir son projet. Rafael Correa avait déclaré au début du mois que les Équatoriens ne pouvaient pas "rester des mendiants assis sur une montagne d’or" alors que le pays signait son premier gros contrat d’exploitation de minerais avec une compagnie chinoise qui compte exploiter du cuivre dans la région de Zamora Chinchipe, dans l’ouest du pays. Le gouvernement espère récolter, au total, 2,7 milliards d’euros l’année prochaine grâce à la signature de contrats avec des sociétés étrangères.
 
Même si le président Correa bénéficie d’une popularité proche de 70 %, perdre les voix des indigènes, qui représentent 7 % de la population, pourrait lui nuire, à un an de l'élection présidentielle. Et ce d’autant plus que les soulèvements indigènes ont déjà contribué à la démission de l’ancien président Jamil Mahuad, en 2000.
 
Des manifestations similaires ont par ailleurs récemment contraint le président de la Bolivie voisine à renoncer à un projet de construction de route traversant le territoire indigène situé en Amazonie.
 
 
 
Les manifestants à Quito, jeudi.
 
Les manifestants sur la route, mercredi.
Contributeurs

"Les autorités locales ont tout fait pour empêcher les manifestants d’arriver jusqu’à Quito"

Ricardo Buitron est membre de l’organisation Sindicatos por el agua et responsable d’un projet qui vise à faire de l’accès à l’eau un droit universel.
 
 
Cette marche a été organisée par des mouvements indigènes et des organisations sociales d’Équateur. Elle a été placée sous le signe de l’eau parce que ce projet de mines menace, notamment, les nappes phréatiques, surtout dans le sud du pays où la plus grande partie de ce projet va être lancée. Il s’agit aussi d'une question de dignité car des populations indigènes risquent d’être déplacées de leurs terres.
 
Ce voyage de 700 km n’a pas été facile pour eux. Les autorités locales ont tout fait pour les empêcher d’arriver jusqu’à Quito. Des manifestants ont été empêchés, par exemple, de traverser le centre de certaines villes comme Latacunga ou Riodanda. Des bus qui se dirigeaient vers Quito ont également été arrêtés et les voyageurs, dont certains n’avaient rien à voir avec la manifestation, ont été obligés de descendre avant la fin du voyage. Ces pressions des autorités ont continué jusqu’à l’arrivée des manifestants à Quito : le président lui-même avait appelé à un contre-rassemblement pour dénoncer nos revendications.
 
"Le droit à l’eau et à la protection de l’écosystème sont inscrits dans notre Constitution"
 
Ce projet est anticonstitutionnel car le droit à l’eau et à la protection de l’écosystème sont inscrits dans notre Constitution. Si nous sommes déterminés dans notre lutte, c’est parce que nous avons déjà fait l’expérience de mines par le passé, notamment avec l’exploitation pétrolière de la société Chevron [fermé aujourd’hui] pendant les 40 dernières années dans le nord du pays qui avait eut des conséquences désastreuses. À cause de ces puits de pétrole, les nappes phréatiques de la région ont été contaminées, ce qui a conduit à la dégradation de la forêt tropicale et au déplacement de populations indigènes. Parmi ces tribus, celle des Tetetes n’a pas survécu à la perte de sa culture et de ses terres. Elle a aujourd’hui complètement disparu. Et ce n’est pas non plus un hasard si le nombre de personnes atteintes de cancers dans cette région est largement supérieur à la moyenne nationale.
 
Le président Rafael Correa a, certes, promis que 10 % des bénéfices de cette exploitation minérale iraient aux populations locales déplacées, mais que vaut cet argent quand vous déplacez une population en la chassant de ses terres ? Pour notre part, nous ne comptons pas nous laisser intimider par les pressions gouvernementales. Nous continuerons notre combat par tous les moyens légaux qui sont à notre disposition, jusqu’à appeler à la désobéissance civile s’il le faut. Le droit à la résistance est, lui aussi, inscrit dans la Constitution de l’Équateur.
 


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