Un an de contestation à travers les yeux de nos Observateurs syriens

Capture d'écran d'une webcam faite avec notre Osbervateur Rami H.
 
Nos Observateurs à Homs, Zabadani et Deraa reviennent sur une année de contestation et sur les horreurs dont ils ont été témoins. Des récits qui font froid dans le dos.

"Je me souviens de cette femme et de son enfant abattus sous mes yeux par un sniper"

Rami H. est l’un de nos Observateurs à Homs. Il nous envoie des informations et des vidéos depuis le début du soulèvement.
 
 
Pour moi, l’évènement le plus important de toute l’année a été la première manifestation à laquelle j’ai participé. C’était le 25 mars 2011 [le premier vendredi de contestation. Des manifestations ont été organisées tous les vendredi depuis ndlr]. Nous n’étions pas plus de 200 ou 300 personnes, alors que les forces de sécurité étaient venues en masse. Nous scandions tous 'Pacifique ! Pacifique !'.
 
Vidéo de la manifestation du 25 mars 2011 à Homs.
 
Je me souviens avoir crié à pleins poumons. J’avais l’impression de ressusciter. Je me sentais enfin vivant, capable de m’exprimer. Pour la première fois de ma vie, je faisais quelque chose dont j’étais profondément convaincu.
Quant aux mauvais souvenirs, ce n’est malheureusement pas ce qui manque. Les mauvaises nouvelles se sont surtout enchaînées ces derniers mois. Nous avons désormais chaque jour autant de morts qu’en une semaine au début du soulèvement. J’ai perdu des amis avec qui j’ai partagé tous ces moments de lutte et dont je revois encore les visages. J’ai vu des choses terribles à Homs. Je me souviendrai toujours, par exemple, de cette femme qui traversait la rue avec son enfant dans les bras. Un sniper, caché sur un toit, leur a tiré dessus et, d’une seule balle, les a tués tous les deux.
 
Un an c’est beaucoup par rapport à ce que les autres pays du printemps arabe ont connu. Mais ce n’est pas tant la durée de ce combat qui nous a surpris que la violence de la répression."

"J’ai filmé des cadavres entreposés dans un camion frigorifique"

Abdullah Abazid est un de nos Observateurs originaire de Deraa. Il a quitté la Syrie à la fin du mois de juillet.
 
Je suis l’un des administrateurs de la chaîne Sham News Network (SNN) sur YouTube [l’une des plus actives et des plus fiables ndlr]. J’ai filmé beaucoup de vidéos à Deraa. Mais celle qui m’a le plus marquée est sans aucun doute celle de ces cadavres qu’on avait mis dans un camion frigorifique.
 
 
Vidéo du camion réfrigérateur filmé par notre Observateur à Deraa.
 
Les habitants de la ville les avaient entreposés là parce que le seul cimetière de la ville était occupé par les forces de sécurité. Il y avait des soldats qui avaient tenté de déserter parmi les corps. Mais à l’époque, la contestation opposait encore des forces armées à des citoyens pacifiques. Les choses ont changé depuis.
 
Ma principale déception, c’est le silence complice, ou la passivité, de la communauté internationale.
 
Aujourd’hui, je ne suis plus en Syrie mais je poursuis quand même mon engagement en tant que membre du comité révolutionnaire syrien. Les militants sur place ont besoin de notre soutien pour diffuser les vidéos qu’ils continuent de filmer sur le terrain."

"Je me rappelle du jour ils sont venus arrêter mon père"

Mohammad Ali est le fondateur du comité révolutionnaire de Zabadani, première ville où l’Armée syrienne libre (ASL) a défait l’armée régulière. Il vit toujours caché en Syrie.
 
Je me souviens comme si c’était hier du 14 mars 2011. Avec mes amis, nous avions peur, mais nous étions fermement décidés à nous rendre le lendemain à Damas pour manifester sur la place des Omeyyades. Mais on n’imaginait pas que les choses allaient s’enchaîner aussi rapidement, jusqu’à toucher Zabadani [à 45km de Damas ndlr].
 
Je me rappelle aussi du jour où les forces de l’ordre sont venus chez nous et ont arrêté mon père. C’était le 24 avril 2011 [le père de Mohammad a été relâché quelques jours après ndlr]. Quelques mois plus tard, le 9 juillet, c’était moi que l’on venait chercher. Je suis resté six jours en prison. Six jours de torture à l’électricité, de fouet et de coups de bâton. A ma sortie de prison, j’ai compris que j’étais désormais un danger et ma famille aussi. J’ai donc quitté la maison.
 
J’estime avoir de la chance d’avoir vécu ce mois pendant lequel l’Armée syrienne libre contrôlait la ville. Mais le retour de l’armée régulière a été un coup dur.
 
Les forces régulières quittent Zabadany.
 
Nous avons commencé cette révolte de manière pacifique et nous avons longtemps choisi de nous limiter à nous défendre ou à fuir. Mais aujourd’hui, nous nous rangeons du côté de l’ASL. Elle est la seule à pouvoir nous protéger. Ce que je souhaite, après une année d’insurrection, c’est que cette armée reçoive de quoi se battre et que l’on crée des corridors humanitaires pour évacuer les blessés."

Anniversaire de la contestation en Syrie, trois Observateurs témoignent

Cette vidéo a été diffusée sur FRANCE 24.


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