Pour moi, l’évènement le plus important de toute l’année a été la première manifestation à laquelle j’ai participé. C’était le 25 mars 2011 [le premier vendredi de contestation. Des manifestations ont été organisées tous les vendredi depuis ndlr]. Nous n’étions pas plus de 200 ou 300 personnes, alors que les forces de sécurité étaient venues en masse. Nous scandions tous 'Pacifique ! Pacifique !'.
Vidéo de la manifestation du 25 mars 2011 à Homs.
Je me souviens avoir crié à pleins poumons. J’avais l’impression de ressusciter. Je me sentais enfin vivant, capable de m’exprimer. Pour la première fois de ma vie, je faisais quelque chose dont j’étais profondément convaincu.
Quant aux mauvais souvenirs, ce n’est malheureusement pas ce qui manque. Les mauvaises nouvelles se sont surtout enchaînées ces derniers mois. Nous avons désormais chaque jour autant de morts qu’en une semaine au début du soulèvement. J’ai perdu des amis avec qui j’ai partagé tous ces moments de lutte et dont je revois encore les visages. J’ai vu des choses terribles à Homs. Je me souviendrai toujours, par exemple, de cette femme qui traversait la rue avec son enfant dans les bras. Un sniper, caché sur un toit, leur a tiré dessus et, d’une seule balle, les a tués tous les deux.
Un an c’est beaucoup par rapport à ce que les autres pays du printemps arabe ont connu. Mais ce n’est pas tant la durée de ce combat qui nous a surpris que la violence de la répression."