Affrontements à Manana : "On voulait reprendre la place de la Perle, le symbole de notre contestation"

À proximité de la place de la Perle, ce vendredi. Photo envoyée par notre Observateur Anmar.
 
À coups de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes, les forces de l’ordre bahreïnies ont repoussé, vendredi après-midi, les quelques centaines de manifestants qui tentaient de s’approcher de la place de la Perle à Manama, la capitale. Le groupe s’était détaché d’une importante manifestation d’opposition pacifique, qui avait, à l’inverse, soigneusement évité cette place très sensible.

Tout avait bien commencé. En début d’après-midi, des dizaines de milliers de manifestants (100 000 selon les manifestants) ont traversé tranquillement la ville pour dénoncer la répression menée par le régime contre le mouvement de protestation entamé il y a plus d’un an et qui aurait déjà fait au moins 35 morts.

Les organisateurs avaient choisi de ne pas passer par la très symbolique place de la Perle, ancien lieu de ralliement de l’opposition, complètement quadrillée par la police ce vendredi. Le cortège s’était dirigé vers un lieu baptisé "Freedom Square" à la sortie de la ville.

Après que les manifestants ont quitté Freedom Square, quelques centaines d’entre eux ont décidé d’outrepasser le mot d’ordre des organisateurs et de faire un crochet par la place de la Perle. Mais sur la route principale qui mène à ce lieu centrale, ils ont été bloqués et violemment repoussés par les forces de sécurité.

Pays à majorité chiite (environ 75 % de la population), le Bahreïn est dirigé par une monarchie et un gouvernement exclusivement sunnite. Depuis le mois de février 2011, des membres de la communauté chiite qui s’estiment victimes de discrimination descendent régulièrement dans la rue pour demander une réforme constitutionnelle.
Contributeurs

"Aller sur la place, c’est montrer aux autorités que l’on n'a pas oublié tout ce qui s’y est passé"

Mohammed al-Maskati est président du groupe de défense des droits de l’Homme BYSHR.

Pendant la marche de l’opposition, les forces de sécurité n’ont pas levé le petit doigt. Elles ont regardé passer le cortège. Mais à la fin, quand nous avons voulu nous diriger vers la place, ils nous ont bloqués avant même que nous puissions nous approcher. Et quelques minutes après, nous avons été aspergés par des tonnes de gaz lacrymogènes [Produit dont l'utilisation fréquente a déjà été dénoncée par les manifestants] et ils ont tiré dans la foule avec des balles en caoutchouc. J’étais en première ligne. Rapidement, j’ai eu beaucoup de mal à respirer. D’autres manifestants m’ont aidé à sortir de la foule et ils m'ont mis dans une voiture. Beaucoup d’autres participants ont été emmenés pour être soignés - chez eux et non à l’hôpital car on ne fait pas confiance aux autorités. Il y avait aussi des femmes et des enfants dans la foule.  

Les organisateurs de la marche nous avaient dit de ne pas aller place de la Perle, mais c’est difficile pour des gens qui ont été torturés ou qui ont perdu des proches dans cette contestation de rester à l’écart du lieu où  tout a commencé. C’est bien plus qu’une simple place : c’est un symbole. C’est là que les forces de l’ordre nous ont attaqués pour la première fois, l’année dernière. Et c’est aussi là que nous voulons nous rendre pour montrer aux autorités que nous n’avons pas oublié toutes les victimes de la répression. Mais, pour le gouvernement, cet endroit est devenu une ligne rouge à ne pas dépasser. Mais le fait que l'on nous empêche d’y retourner ne nous laisse pas beaucoup d’espoirs sur d’éventuelles avancées démocratique dans le pays. "


Photos des affrontements, à proximité de la place de la Perle, envoyées par notre Observateur Anmar.

Manifestation monstre aujourd'hui à Manama

 
Photo postée sur Twitter par @AlWefaqEN.
 
Photo postée sur Twitter par @AlWefaqEN.
 
Photo postée sur Twitter par ‏ @FatimaAlma7roos.
 
Photo postée sur Twitter par @Bhtransformers.
 


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