Les habitants du sud ont été des acteurs de premier plan de la révolution yéménite. Il faut se souvenir que la première victime du soulèvement contre Saleh est tombée à Aden. J’étais présent à la première manifestation contre le régime et je peux vous dire qu’il n’y avait
aucun drapeau de la République du Sud. Les membres du mouvement étaient pourtant bien présents, mais avaient unifié leurs revendications avec le mouvement révolutionnaire du reste du pays : liberté, égalité, justice… Ce n’est que six mois plus tard que les leaders du Mouvement du Yémen du Sud, pensant que la révolution ne mènerait nulle part, ont abandonné les révolutionnaires et sont revenus à leur ancien discours autonomiste.
Ce changement de position du Mouvement du Yémen du Sud n’a pas été apprécié par la population du sud, qui l’a interprété comme une absence de ligne directrice. Non seulement ils sont un peu déconnectés de leurs bases depuis, mais de plus le fait qu’ils soient financés par des Yéménites expatriés - dans les pays du Golfe, en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis -, comme c’est le cas du propriétaire de la chaîne séparatiste
Aden Live TV, donne l’image d’un mouvement en décalage avec la réalité du terrain.
Je pense que les leaders du mouvement séparatiste ne sont plus représentatifs de la population du sud. Il est vrai que les habitants du sud continuent de manifester pour l’autonomie [comme le 29 février], mais c’est leur façon de se faire entendre par le nord. Ils placent très haut la barre de leurs revendications, pour être sûrs d’obtenir quelque chose. Mais pour autant, quand vous discutez avec eux, ils n’ont aucune proposition concrète dès lors qu’il s’agit de penser l’indépendance de la région, que ce soit d’un point de vue politique ou économique.
Par ailleurs, Sanaa a nommé un nouveau préfet et un nouveau chef de la sécurité à Aden, ce qui augure d’une volonté de changement que les habitants apprécient déjà. Sans compter que Mansour Hédi, tout homme du système qu’il est, vient tout de même du sud. Avec son élection, les leaders ne peuvent plus dire que les sudistes ne sont pas représentés au gouvernement.
Certaines villes du sud sont déterminées à se battre pour l’autonomie, car elles se souviennent des violences qui ont opposé le mouvement séparatiste à l’armée régulière,
notamment en 2007 [année de la création du mouvement séparatiste MYS]. Des chefs militaires se sont par ailleurs retrouvés écartés du pouvoir, pour avoir participé à la guerre civile de 1994, contre l’armée du nord. Mais je pense que la plupart des habitants, notamment à Aden, soutiennent davantage l’idée de redéfinir cette réunification pour qu’elle soit
plus équitable pour le sud que l’idée d’une véritable séparation."