Le jour où les journalistes citoyens de Homs ont arrêté de filmer

 
Depuis près d’un an, les journalistes de l’équipe des Observateurs de FRANCE 24 ont été en contact quotidiennement avec les journalistes citoyens syriens pour couvrir le mouvement de contestation, notamment à Homs, ville symbole de la révolte. Jusqu’à il y a quelques semaines, une dizaine d’entre eux étaient en permanence sur Skype et nous envoyaient des vidéos de la répression filmées au péril de leur vie. Mais aujourd’hui, les coupures de courant et les bombardements à répétition semblent avoir eu raison des plus courageux et la très grande majorité d’entre eux ne sont plus en ligne. Les rares personnes que nous avons pu contacter ce jeudi nous expliquent que, pour la première fois, personne n’est sorti filmer.
 
                             "Aujourd’hui, la situation est plus dangereuse que jamais. Filmer est impossible"

Baba Amr, le quartier le plus visé par les offensives militaires, est pilonné sans relâche depuis près de trois semaines. La situation est telle que les activistes en charge de filmer les violences n’osent plus sortir. Ce jeudi, seules deux vidéos de blessés, filmées à l’intérieur des bâtiments, ont été postées sur les réseaux sociaux.
 
“Nous avons perdu tellement d’amis”, explique Omar Shakir (pseudonyme), un activiste joignable grâce à sa connexion satellite. "Trois cameramen que je connaissais ont été tués et plus d’une dizaine ont été blessés. Certains l'ont été à plusieurs reprises mais, malgré cela, ont continué à sortir pour filmer. Mais aujourd’hui, la situation est plus dangereuse que jamais. C’est devenu impossible."

Ces derniers jours, même quand des activistes réussissent à enregistrer quelques images, les diffuser sur les médias sociaux relève du défi. "Le courant étant coupé, très peu de gens arrivent à les mettre en ligne", déplore l’activiste Khaled Abu Salah. Selon Jean-Pierre Perrin, envoyé spécial de Libération à Homs, le centre de presse improvisé par les journalistes citoyens dans le quartier de Baba Amr, qui a été hier ciblé par les bombardements, était alimenté ces derniers jours par un générateur à essence. Les activistes tentent désormais d’aider autrement : "Comme ils ne peuvent plus filmer, ils essaient d’assister les docteurs ou de trouver des biens de première nécessité pour les habitants", continue Khaled Abu Salah.
 
Mardi, Rami Ahmad al-Sayed, l'un des journalistes citoyens les plus actifs à Homs ces derniers mois, a été tué dans les bombardements. Via sa chaîne YouTube, il diffusait ses images au monde entier, des preuves irréfutables et souvent insoutenables de la violence de la répression. De Baba Amr où il vivait, Rami arrivait parfois même a diffuser en direct ses images sur les sites de livestream. La dernière vidéo sur son site est celle de son corps sans vie. Elle a été postée par son frère.

Mercredi, la mort de deux autres journalistes-citoyens a été signalée. Tout comme les deux journalistes occidentaux Marie Colvin et Rémi Ochlik, ils auraient été tués dans le bombardement du centre de presse clandestin installé à Baba Amr.

Rami et ses confrères ne sont pas les premiers journalistes citoyens à avoir perdu la vie en tentant d’informer le monde sur ce qui se passe à Homs. Avant eux, Mazhar Tayyara et Basil al-Sayed ainsi que d’autres dont les histoires n’ont pas été relatées dans les médias ont aussi perdu la vie. Et les activistes ont du mal à croire qu’ils soient les derniers.

Selon Omar Shakir, les journalistes citoyens qui travaillaient dans le centre de presse ont posé leur matériel dans un nouveau lieu clandestin d’où ils espèrent pouvoir continuer à faire sortir quelques images. Ils souhaitent aussi renvoyer, dès que possible, leurs caméramen sur le terrain.
 
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