Il y avait plus d’un millier de chasseurs dozos dimanche soir ; ils n’étaient plus que quelques centaines le lendemain. Il y avait bien quelques journalistes locaux sur place, mais très peu d’observateurs étrangers. J’ai aussi vu quelques membres de l’Onuci et quelques soldats étrangers venus en "repérage" : des Bangladais, des Burundais, un Philippin.
J’imagine que Zakaria Koné a été mandaté par Alassane Ouattara pour initier un certain contrôle sur cette confrérie. Dans son discours, Zakaria Koné a voulu mettre en garde les dozos. Il leur a demandé de cesser toute activité illicite et de ne pas se substituer aux forces de l’ordre. Il a aussi promis un vrai statut aux dozos en indiquant que l’État allait s’occuper d’eux. Ils souhaitent s’organiser en association, avec des instances dirigeantes qui les représentent. Le jour où les autorités diront 'on veut récupérer les armes légères des dozos', elles auront un interlocuteur. Il y a un semblant de hiérarchie chez les dozos, mais pas de représentant unique. Zakaria Koné a demandé aux siens de se trouver un vrai chef avant la réunion prévue à Korhogo, le mois prochain. Dans les autres pays, les dozos sont davantage organisés.
Zakaria Koné, micro à la main, s'adresse aux dozos venus l'écouter.
"Le chef a déroulé une sorte de cordelette d’une dizaine de mètres de sa bouche"
J’ai assisté à des moments mystiques pendant le rassemblement. Zakaria Koné a mangé des branches d’arbres puis a déroulé une sorte de cordelette - d’une dizaine de mètres - de sa bouche. Forcément, les gens étaient impressionnés. Entre autres tours, il a aussi versé une poudre dans une jarre percée, il a mélangé la poudre à de l’eau et, soudainement, la jarre n’était plus percée… Les chefs dozos sont censés avoir des pouvoirs, notamment celui de se transformer et de transformer les éléments. C’était une manière pour lui de réaffirmer sa supériorité. Parmi les histoires que se transmettent oralement les dozos, il y a celle du dozo qui rentre dans un fourré et fait apparaître du gibier.
Zakaria Koné déroule de sa bouche une cordelette d'une dizaine de mètres. Photo : Alexandre Foulon
Les dozos sont aussi des guérisseurs traditionnels : on entre dans la confrérie seulement si on maîtrise ces connaissances. Ils souhaitent préserver leurs traditions et leur culture.
Zakaria Koné et d'autres dozos effectuent une danse. Vidéo : Alexandre Foulon
Les dozos voulaient montrer, avec ce rassemblement, qu’un chasseur traditionnel n’est pas un criminel. À l’époque de Laurent Gbagbo, rien n’a été fait pour les dozos et beaucoup de clichés ont été véhiculés. Pendant le rassemblement, des griots chantaient les noms des chefs en langue locale, ils faisaient aussi référence à la mauvaise gestion du pays par Gbagbo. Mais les dozos ne font pas allégeance à un parti en particulier.
Quand ils se sont battus contre les pro-Gbabgo, les dozos n’ont pas tenu un rôle très important dans les combats militaires - ils étaient surtout là pour effrayer l’ennemi. À Abidjan et parfois dans le reste du pays, les dozos sont craints et la population s’en méfie. On leur prête des pouvoirs mystiques. Selon certains, ils sont aussi liés à des exactions. Par exemple, des dozos sont accusés d’être les coupeurs de route qui sévissent sur l’axe Bouaké-Korhogo.
"Une franc-maçonnerie à l’africaine"
Mais paradoxalement, c’est aussi des dozos qui ont sécurisé l’axe Man-Duékoué. Ils sont appréciés quand ils chassent pour nourrir les gens ou quand ils assurent le maintien de l’ordre dans les zones très rurales, particulièrement dans le nord du pays. Ils s’occupent notamment des vols de bétail.
Au rassemblement, ils avaient leurs armes traditionnelles, des armes de chasse de petit calibre, qui pour certaines ont été fabriquées directement par des dozos du nord.
Les dozos défilent armes au poing. Vidéo : Alexandre Foulon
Ils font peur car les gens ne savent pas grand-chose d’eux, mais ils sont en réalité des individus normaux. On n’est pas dozo par métier, mais parce qu’on a été initié. On peut être agriculteur et dozo à la fois, ou militaire et dozo. Il s’agit simplement d’une confrérie avec un rite initiatique, une franc-maçonnerie à l’africaine si on peut oser la comparaison".
Commentaires
si ce que vous dite monsieur
Submitted by abdu (non vérifié) on lun, 13/02/2012 - 16:01.si ce que vous dite monsieur saint D est vrai alors je respecte ces gens en tant que culture qui constitue une richesse pour l'afrique et il faudrait donc que les vrais dozo sortent et rétablissent la vérité. Autrement ils continueront d'être perçu comme une milice tribale au service d'alassane ouattara. je ne dis pas qu'il ne doivent pas soutenir ouattara politiquement mais je regrette qu'ils aient cette réputation de miliciens retrogrades.
CONFRÉRIE DOZO
Submitted by Saint D (non vérifié) on lun, 13/02/2012 - 15:28.Je suis ivoirien du nord, je voulais dire merci à l'auteur de ce article. Cependant je voulais souligner que la zone d'existence des dozos ne s'est jamais étendue aux quatres points de notre pays; en effet la confrérie dozos a toujours exister uniquement dans le nord. Les dozos ne se sont jamais retrouver ni à l'ouest , ni à l'est, ni au sud. Le rôle qu'on leurs reconnaissait, était: la sécurisation des zones rurales qui etaient abandonner au banditisme et ce a titre uniquement bénévole. Cette confrerie ne s'est jamais intéressée aux questions politiques, jusqu'à à la rebellion de septembre 2002 puis la crise post-électorale. Les hommes politiques (surtout du nord) ont instrumentalisé les dozos pour parvenir à leur fins. C'est eux qui ont ternis l'image des dozos. L'utilisation des dozos dans l'arène politique à fait d'eux des milices, forte heureusement ce n'est pas les vraies dozos qui sont menés à ces exactions, seulement un petit groupe qui se fait manipulé par les politiciens et qui prétendre parlé au nom des dozos. Mon grand frère est un membre actif de ce mouvement, il n'a jamais touché un seule centime d' Alassane Ouattara et n'a jamais participer à une quelconque lutte militaire,je sais de quoi je parle. C'est ma contribution pour l'équilibre de l'information.