Au départ de la marche, les slogans étaient dirigés uniquement contre les militaires. Nous demandions au Conseil supérieur des forces armées de remettre le pouvoir aux mains du Parlement, afin que la rédaction de la Constitution et l’organisation de l' élection présidentielle ne se fassent pas sous la surveillance de l’armée. Certes, nous ne sommes pas idéologiquement en phase avec la majorité parlementaire [composée essentiellement de députés frères musulmans du parti Liberté et Justice et de salafistes du parti Nour] et les élections manquaient de transparence. Mais cela demeure la seule instance civile légitime que nous ayons.
Nous savions que nous risquions de nous trouver confrontés à des sympathisants ou des activistes des Frères musulmans, mais on ne s’attendait pas à ce qu’ils nous bloquent carrément la route du Parlement. Nous nous sommes en effet retrouvés nez à nez avec des militants du parti Liberté et Justice. Ils formaient un cordon humain pour nous empêcher de passer. Ils disaient vouloir protéger le Parlement. Nous avons essayé de discuter avec eux. Je portais un sticker où il était écrit "pour la remise du pouvoir au Parlement". Je le leur ai montré en leur expliquant qu’on n’était pas contre le Parlement, mais contre le Conseil supérieur des forces armées. Mais ils n’ont rien voulu entendre et m’ont dit qu’il y avait parmi nous des "infiltrés" qui voulaient détruire le pays.
"Certains étaient armés de Tasers"
Pour les Frères musulmans, le Parlement est le centre de pouvoir le plus important qu’ils veulent à tout prix préserver. Pour eux, la révolution n’a certes pas atteint tous ses objectifs, mais la lutte doit continuer à l’intérieur de cette institution et non dans la rue. Ils ont toujours cru au combat politique plus qu’au combat sur le terrain, c’est pour cela qu’ils n’ont pas appelé à rejoindre le mouvement de contestation le 25 janvier 2011 [date du début de la révolution égyptienne]. C’est pour cela que, sans être d’accord avec l’armée, ils ne soutiennent pas non plus les marches de protestation. Je ne partage pas leur façon de voir les choses, mais je la respecte. Cependant, ce que je ne peux pas accepter, c’est la démonstration de force d’hier. Certains étaient armés de Tasers. Pourtant, à ma connaissance, le parti Liberté et Justice ne fait pas partie de la sécurité de l’Etat, c’est un parti politique comme un autre."
Commentaires
Et la version des Frères Musulmans?
Submitted by gautier on jeu, 02/02/2012 - 12:29.Intéressant mais j'aurais voulu la version des plus concernés, les Frères Musulmans. Le multipartismes est un des piliers de la démocratie, j’espère que chacun saura rester à sa place dans le respect de son opposant.