
Ils étaient plus de 6 000 à squatter, depuis huit ans, le terrain abandonné de Pinheirinho, situé dans la ville de Sao José dos Campos, près de Sao Paulo. Mais dimanche, les forces de l’ordre ont pris les habitants par surprise en lançant une vaste opération d’évacuation, donnant lieu à de véritables scènes de guerre urbaine.
Le terrain de Pinheirinho appartient à Naji Naha, directeur du groupe Selecta, actuellement en faillite. Un homme d’affaires connu pour avoir passé quelque temps en prison pour fraudes financières. Le terrain de plus de 130 hectares, à l’abandon depuis plusieurs années, a commencé à être envahi par une population pauvre et sans logement en 2004. Mais aujourd’hui, l’homme d’affaires voudrait le récupérer pour éponger ses dettes. À la mi-janvier, le gouvernement de Sao Paulo a donc demandé à ce qu’il soit rendu à son propriétaire, ce à quoi se sont opposées les autorités fédérales du pays qui proposaient de le racheter et d’y construire des infrastructures pour les 1500 familles vivant sur le terrain. S’en est suivi une
bataille juridique opposant l’État fédéral et la municipalité de Sao José dos Campos au gouvernement local de Sao Paulo. Le 20 janvier, l’exécution de l’ordre d’expulsion a été officiellement suspendu pendant 15 jours par le tribunal fédéral régional.
Pourtant, deux jours plus tard, 2 000 agents de la police militaire de Sao Paulo, ainsi que des troupes de la garde civile métropolitaine, étaient aux portes de Pinheirinho pour évacuer le terrain. Des hélicoptères ont d’abord survolé le quartier, lâchant des tracts indiquant aux squatteurs de quitter les lieux. Les forces spéciales, à l’aide de gaz lacrymogènes et de tirs de balles en caoutchouc, ont ensuite commencé à reprendre le contrôle de la zone.
Protégés de casques de moto et de boucliers de fortune, les habitants ont tenté de résister en jetant des pierres et en incendiant des voitures, en guise de barricades. Trente-deux personnes ont été arrêtées. Selon la police militaire, seuls quelques blessés légers étaient à signaler. Mais
différentes organisations évoquent le chiffre de quatre morts, dont un enfant en bas âge.
Intervention des forces de l’État de Sao Paolo le 22 janvier.
L’intervention surprise faisait suite à la décision d’un tribunal de l’État de Sao Paolo de relancer l’évacuation, au mépris de la décision du tribunal fédéral régional.
Le gouvernement local a affirmé qu’il aiderait les habitants à se reloger. Dès le soir de l’intervention, la plupart d’entre eux avaient été installés dans des abris improvisés, des écoles ainsi qu’un bâtiment du gouvernement.