Mohammad Ali est un des fondateurs du comité révolutionnaire syrien de Zabadani. Nous l’avons contacté alors qu’il manifestait dans le centre ville pour fêter le départ des troupes.

Ces dix derniers jours la ville a été le terrain de combats extrêmement violents. Plusieurs quartiers ont été bombardés. Certains ont dit que le retrait des troupes
s’était fait au terme d’un accord entre les deux armées mais ce n’est pas le cas. C’est la force et la résistance de nos combattants et des soldats déserteurs qui a fait reculer les chars de l’armée régulière.
Les soldats déserteurs sont arrivés par petits groupes, essentiellement sur les deux derniers mois. Ils ont choisi Zabadani parce qu’ils savent qu’ici quasiment tous les habitants ont une arme et que par conséquent la ville était plus à même de se défendre en cas d’attaque. Les armes sont nombreuses parce que nous sommes à quelques kilomètres de la frontière libanaise et beaucoup ont été acheminées pendant la guerre israélo-libanaise de 2006. Et comme c’est une frontière, c’est aussi un point de passage de trafic en tout genre. Mais nous ne disposons au final que d’AK47 et de pistolets.
L’autre raison qui a permis à nos soldats de faire reculer l’armée régulière, c’est que nous sommes dans une zone montagneuse, avec de nombreuses forêts. Deraa, à l’inverse, est une ville beaucoup plus facile d’accès pour les forces militaires. Alors qu’ici, les soldats déserteurs peuvent se cacher aux abords de la ville puis préparer leur contre attaque. Nous, nous savons où ils sont et nous les ravitaillons régulièrement en nourriture et en vêtements.
" Sans une aide internationale, nous ne pourrons tenir tête longtemps aux chars d’Assad"
Nous n’avons pas de mitrailleuses, ni de tanks mais les déserteurs sont tous prêts à mourir pour défendre leur cause. Alors qu’en face, de nombreux éléments de l’armée régulière continuent de se battre parce qu’ils savent que s’ils font défection, l’armée se vengera sur leur famille, mais ils n’ont pas la même détermination que ceux qui se battent pour la liberté.
Pour autant, nous ne ferons pas le poids très longtemps, peut-être une semaine encore, mais pas beaucoup plus. Les soldats de Bachar al-Assad ne sont pas loin d’ici. S’ils attaquent à nouveau nous serons vite à cours de munitions et ils finiront par prendre le contrôle de la ville.
Si une zone d’exclusion aérienne était votée par la communauté internationale, cela permettrait à une partie des soldats de l’armée régulière de faire défection et de nous rejoindre. Aujourd’hui, beaucoup ont envie de le faire mais s’ils nous rejoignent à Zabadani, ils savent que l’armée régulière se mettra à bombarder la ville. Une aide internationale est donc aujourd’hui notre seul espoir."
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.