Un passager du Costa Concordia : “C’était chacun pour soi”

Photo postée sur Twitter par @puljac.
 
Alors que les survivants du naufrage du Costa Concordia se lancent dans une bataille juridique pour obtenir compensation auprès de la compagnie Costa Croisières, un passager rescapé revient sur l'organisation catastrophique de l’évacuation, de la panique des employés aux bateaux de sauvetage repartant à moitié vide.
 
Plus de 70 passagers ont adhéré à une action collective contre Costa Croisières lancée par l’association italienne de défense des consommateurs Codacons. L'avocat de deux rescapés français a par ailleurs déposé mardi une plainte au pénal contre le groupe pour non-assistance à personne en danger, mise en danger délibérée de la vie d'autrui, homicide involontaire et non-respect des obligations de sécurité. 
 
Le capitaine Francesco Schettino a été assigné à résidence mardi pour homicide involontaire. Onze personnes sont mortes dans le naufrage du bateau échoué vendredi soir en face de l’île de Giglio en Toscane. Au moins 20 personnes sont encore portées disparues.
 
 
Les agents de la Protezione Civile inspectent le Costa Concordia.
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"On ne nous disait rien, pas même 'les femmes et les enfants d’abord'"

 
Dorian Ruvolo est un chanteur italien. Il voyageait à bord du Costa Concordia pour y donner un concert privé. 
 
Alors que je dînais avec un ami dans un des restaurants du bateau, on a entendu un grand fracas et tous les verres et les assiettes ont valdingué. Tout le monde s’est mis à paniquer. Aucun membre de l’équipage ne savait quoi nous dire – ils étaient aussi effrayés que nous. Dans les haut-parleurs, on essayait de nous rassurer : "Tout va bien, ce n’est qu’un problème technique"
 
Avec mon ami, on s’est regardé et j’ai dit, ok, on sort pour trouver les bateaux de sauvetage. On n’a croisé personne de l’équipage sur le chemin. À côté des chaloupes, il y avait des gilets de sauvetage mais personne pour les distribuer du coup on les a récupérés nous-mêmes. Mais il n’y en avait pas assez pour tous les passagers présents à cet endroit-là.
 
Puis, on a entendu le bruit d’une seconde collision. On a senti le bateau chavirer encore davantage. À ce moment, des membres d’équipage ont ouvert les portes permettant d’accéder aux bateaux de sauvetage mais sans donner aucune indication. Rien sur les "femmes et les enfants d’abord" par exemple. C’était chacun pour soi. Un père a mis son jeune fils sur le bateau et lui a dit "Quand tu seras arrivé à terre, appelle grand-mère et grand père". Je m’en souviendrai toute ma vie mais heureusement, il a pu rejoindre son fils plus tard.
 
Certains passagers posaient des questions à l’équipage, mais dans la panique, le personnel avait du mal à parler anglais et à donner les bonnes indications. On sentait qu’ils n’avaient aucune idée de la marche à suivre.  
 
Sur ces images, l’électricité a déjà été coupée dans le navire. Un membre d’équipage annonce en portugais que tout est sous contrôle et qu’il ne s’agit que d’un problème technique. La personne qui filme demande à un des employés pourquoi il porte un gilet de sauvetage alors que selon l'annonce "tout va bien".
 
 
 
“Le bateau de sauvetage sur lequel j’ai embarqué n’était pas plein”
 
J’ai reconnu un des membres de l’équipe de cuisiniers et je lui ai demandé "Où est l’équipage ? Où est le capitaine ?" Et j’ai vu des employés partir sur les bateaux de sauvetage alors que de simples passagers étaient encore à bord.
 
Le bateau de sauvetage sur lequel j’ai embarqué n’était pas plein. Je ne sais pas si c’était pour des questions de sécurité. On ne nous disait rien. Il n’y avait aucune organisation. Le personnel cédant à la panique, les passagers ont eux aussi été pris de frayeur. J’ai essayé de rassurer le petit garçon qui pleurait mais moi aussi j’étais terrifié. J’avais peur que le bateau ne continue à couler et finisse par écraser notre embarcation.
 
Une fois arrivés à terre, les habitants ont été fantastiques avec nous. Ils nous ont aidés à nous installer dans un hôtel de l’île. Le lendemain, un bateau nous a emmenés sur le continent où nous avons été reçus par la police. Ils ont été super. Je tiens à remercier tous ces gens – mais pas Costa Croisières. Personne de l’entreprise ne nous a aidés, ni même en disant "On est là pour vous".
 
“La compagnie Costa Croisières est responsable car c’est elle qui a choisi ce capitaine capable de prendre les pires décisions possibles"
 
Depuis que je suis rentré à Milan, un représentant de la compagnie m’a appelé pour savoir comment j’allais. Mais rien de plus. Pas un mot sur une éventuelle compensation du traumatisme que nous venons de subir. Je ne sais pas si je vais porter plainte contre Costa Croisières. Je suis encore en train d’en discuter avec mon avocat. Mais aucune somme d’argent ne me rendra ma sérénité. Je me sens mal en permanence, dans ma douche, quand je mange, en fait dès que je pense à ce qui s’est passé. Je ne pourrai pas retrouver ma vie d’avant.
 
Pour moi, la compagnie  est responsable car c’est elle qui a choisi un capitaine capable de prendre les pires décisions possibles. Je ne saurais pas dire si le personnel était assez entraîné pour faire face à une telle catastrophe, mais dans tous les cas, c’était inévitable qu’ils paniquent en voyant leur capitaine incapable de donner des instructions."
 
 
La descente aux enfers d'un passager du navire. Postée sur YouTube par Gnapeppe.


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