Explosion de colère après une flambée du prix de l’essence

 
Les Nigérians sont descendus dans la rue, ce mardi 3 janvier, pour protester contre le doublement du prix de l’essence. La brusque suspension d’un programme de subventions publiques, en place depuis plus de 20 ans, a provoqué la rage de la population contre son gouvernement.
 
La manifestation organisée à Lagos, la capitale économique située dans l’ouest du pays, a été émaillée d'incidents après la dispersion, à coups de grenades lacrymogènes, d'un groupe d’hommes qui brûlait des pneus. La police a également fait usage de gaz lacrymogènes contre des manifestants à Abuja, la capitale, dans le centre du pays.
 
La fin des subventions a été annoncée dimanche, pendant les vacances du Nouvel An. Depuis, les prix ont doublé pour atteindre près de 0,66 euro alors que la plupart de la population vit avec moins de deux euros par jour. De plus, cette hausse a immédiatement provoqué une spirale inflationniste sur les prix de la nourriture.
 
Pour de nombreux Nigérians, le programme de subventions publiques sur le carburant était le seul bénéfice tangible de la richesse pétrolière du pays. Le président, Goodluck Jonathan, a promis que la somme d’argent économisée – un montant estimé à plus de 6 milliards d’euros - serait utilisée pour améliorer les infrastructures du pays. Une promesse loin d’atténuer la colère des Nigérians après plusieurs décennies de corruption endémique.
 
Cette flambée des prix intervient alors que le pays traverse une période de tensions sectaires sans précédents. Goodluck Jonathan a ainsi déclaré l’état d’urgence, samedi, dans plusieurs régions du nord du pays pour lutter contre l’insurrection de la secte islamiste radicale Boko Haram.
 
Des manifestants mettent le feu à des pneus pour bloquer une route à Lagos. Photo de notre Observateur Lekan Stephen.
Contributeurs

"L'explosion des prix est la dernière goutte qui fait déborder le verre"

Lekan Stephen est un graphiste Web vivant à Lagos.

 
Tout le monde est très en colère ici. Nous étions bien conscients que les prix finiraient par augmenter… Mais pas si vite ! Il n'y a même pas une semaine, le gouvernement affirmait être en pleine tractation avec les producteurs pétroliers. C’est pourquoi nous avons tous été pris de court, on n’imaginait pas qu’il y aurait une telle flambée des prix avant le printemps. Si les gens avaient été avertis, ils auraient pu faire des provisions d’essence et de nourriture… Mais personne n’a rien vu venir.
 
 
Le prix de l’essence a déjà doublé. Et le coût d’un ticket de bus a augmenté de plus de 150 % en deux jours ! À tel point que je ne sais même pas s’il serait plus économique de conduire ou de prendre le bus. Une telle explosion des prix va carrément empêcher les gens de se déplacer et de se rendre au travail. Et encore s’il ne s’agissait que du prix des transports… Mais la montée du prix de l’essence a un impact direct sur le coût de la nourriture. Tout est désormais deux fois plus cher que la semaine dernière !
 
"Les gens sont restés calmes jusqu’à maintenant mais ça pourrait bien changer très rapidement"
 
Que ce soit à Lagos ou dans le reste du pays, il ne s’agit pas de manifester seulement contre le prix de l’essence. Cette explosion des prix n’est que la dernière goutte qui fait déborder le verre. Il y a un véritable ras-le-bol général au Nigeria avec nos politiciens surpayés et leur culture de la corruption.
 
Je m’attends à de nombreuses manifestations dans les jours et semaines à venir. Si ces manifestations s’inscrivent dans la durée, je pense que les autorités n’auront pas le choix et qu’elles devront faire marche arrière. Si les autorités avaient souhaité provoquer l’anarchie dans le pays, elles ne s’y seraient pas prises autrement. Il y a beaucoup de gens qui souffrent de la faim dans ce pays… Ils sont restés calmes jusqu’à maintenant mais ça pourrait bien changer très rapidement."
 
 
Un manifestant avec une pancarte demandant que le prix de l'essence redescende à son niveau initial de 65 nairas nigérians. Photo de notre Observateur Lekan Stephen.
 
Manifestants à Ibadan, dans le nord de Lagos. Photo publiée sur yfrog par seunfakze.
 
D'autres manifestants à Ibadan. Photo publiée sur yfrog par seunfakze.
 
Manifestants autour d'une véhicule de la police à Lagos. Photo de notre Observateur Lekan Stephen.
 
Plusieurs manifestants à Lagos ont mis le feu à des pneus pour bloquer une route. Photo publiée sur Lockerz par Kathleen Ndongmo.


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