Violences à huis clos dans la ville kazakhe de Zhanaozen

Images amateur des violences du lundi 16 décembre à Zhanaozen.
 
Critiqué par la communauté internationale après de violents affrontements entre des manifestants et les forces de l’ordre qui auraient fait 15 morts, le Kazakhstan a invité des experts des Nations unies à venir mener une enquête sur place. Mais en attendant, les groupes d’opposants et de militants des droits de l’Homme ont interdiction de mettre un pied dans la ville de Zhanaozen.
 
Les affrontements ont commencé le 16 décembre, jour de la fête de l’indépendance du Kazakhstan. Des ouvriers de l’industrie pétrolière en grève depuis plus de six mois pour dénoncer des salaires trop bas et des licenciements abusifs ont organisé une manifestation sur la place principale de Zhanaozen, une ville de 50 000 habitants située à l’extrême ouest du pays.
 
Les choses auraient dégénéré après que les autorités ont commencé à installer les stands du marché de noël sur la place. Une décision que les manifestants ont interprétée comme un prétexte pour les faire déguerpir. Selon la version officielle, certains d’entre eux ont alors détruit les installations et incendié les bâtiments de la compagnie pétrolière locale, les bureaux du maire ainsi qu’un hôtel de la ville. Ce à quoi la police a répondu en tirant à balles réelles.
 
Une vidéo amateur de cette journée de violence a fuité sur Internet. On y voit des policiers tabasser des manifestants et tirer dans leur direction alors qu’ils tentent de s’enfuir en courant. Après la diffusion de ces images, le gouvernement kazakh a promis de faire la lumière sur ces incidents.
 
Depuis le 16 décembre, des rassemblements de soutien aux manifestants de Zhanaozen ont été organisés dans plusieurs villes de la région. Une autre personne serait morte dans des affrontements dans le village de Shetpe alors que dans la ville portuaire d’Aktau, les manifestations se poursuivent quotidiennement mais aucun heurt n’a été signalé.
 
Selon les autorités, la ville de Zhanaozen a retrouvé son calme. Un état d’urgence y a été déclaré jusqu’au 5 janvier. Au lendemain des violences, les réseaux de communication mobile et Internet ont été totalement coupés pendant quatre jours.  Le 21 décembre, un groupe d’opposants au régime du président Nazarbaïev a essayé d’entrer dans la ville avant d’en être empêché par la police.
 
Pays riche en pétrole, le Kazakhstan est dirigé par Noursoultan Nazarbaïev depuis deux décennies. Apprécié par certains pour avoir réussi à stabiliser le pays et permis sa croissance économique, il est aussi décrié pour son autoritarisme ainsi que pour l’absence d’élections libres et transparentes dans le pays.
Contributeurs

"Nous essayons de pénétrer dans la ville depuis plusieurs jours mais les autorités nous l’interdisent"

 
Aizhangul Amirova fait partie du mouvement d’opposition Kazakh "Front du peuple".
 
Avec d’autres activistes des droits de l’Homme, j’ai voulu me rendre à Zhanaozen pour voir ce qu’il s’y passe et pour discuter avec les gens sur place. Les habitants ont vraiment peur de parler, ils ne font pas confiance aux journalistes donc nous voulions pouvoir évaluer de nous même la situation sur le terrain.
 
Nous essayons de pénétrer dans la ville depuis plusieurs jours mais les autorités nous l’interdisent. Les routes sont bloquées par des hommes armés de kalachnikovs conduisant des Hummer. Si comme ils disent tout était calme à Zhanaozen, ils devraient nous laisser y accéder. Pour le moment, seuls les journalistes des chaînes de télévision d’Etat ont accès à la ville. Les autres journalistes, les activistes et les politiques sont bloqués dehors. Moi-même j’écris pour un journal d’opposition mais les autorités m’ont prévenu que je ne rentrerai pas. Ils ne veulent pas que la vérité sorte de Zhanaozen.
 
Zhanaozen est totalement coupée du monde. Les gens fuient la ville. Ils viennent nous demander de l’aide, ici à Aktau, où nous résidons. Nous recueillons des témoignages disant que beaucoup de gens sont arrêtés en ce moment même dans la ville. Les forces de l’ordre passeraient de maison en maison, forçant les portes pour emmener les habitants. Mercredi matin, j’ai reçu l’appel d’une activiste. Tout ce qu’elle a réussi à me dire, c’est : "Ils en ont après moi, je suis dans le bureau du procureur". C’est ce que les gens disent quand ils sont en grandes difficultés.
 
Nous ne savons pas si c’est la police qui est à l’œuvre, ou si ce sont des éléments de l’OMON [forces spéciales antiterroristes créées du temps de l’URSS] ou encore d'autres unités. Il est très difficile de les distinguer les uns des autres.
 
À Aktau, des gens manifestent tous les jours. Il n’y a pas de répression mais on nous a signalé que la police tentait d’intimider la population. Elle menace les gens de perdre leur emploi s’ils décidaient de manifester. Du coup, tout le monde a peur. Mardi, il y avait environ 2000 manifestants sur la place centrale de la ville. Mercredi, on était nettement moins. "
 
 
Le 16 décembre lors des manifestations à Zhanaozen. Vidéo postée sur YouTube by kanat88ast


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