Avec d’autres activistes des droits de l’Homme, j’ai voulu me rendre à Zhanaozen pour voir ce qu’il s’y passe et pour discuter avec les gens sur place. Les habitants ont vraiment peur de parler, ils ne font pas confiance aux journalistes donc nous voulions pouvoir évaluer de nous même la situation sur le terrain.
Nous essayons de pénétrer dans la ville depuis plusieurs jours mais les autorités nous l’interdisent. Les routes sont bloquées par des hommes armés de kalachnikovs conduisant des Hummer. Si comme ils disent tout était calme à Zhanaozen, ils devraient nous laisser y accéder. Pour le moment, seuls les journalistes des chaînes de télévision d’Etat ont accès à la ville. Les autres journalistes, les activistes et les politiques sont bloqués dehors. Moi-même j’écris pour un journal d’opposition mais les autorités m’ont prévenu que je ne rentrerai pas. Ils ne veulent pas que la vérité sorte de Zhanaozen.
Zhanaozen est totalement coupée du monde. Les gens fuient la ville. Ils viennent nous demander de l’aide, ici à Aktau, où nous résidons. Nous recueillons des témoignages disant que beaucoup de gens sont arrêtés en ce moment même dans la ville. Les forces de l’ordre passeraient de maison en maison, forçant les portes pour emmener les habitants. Mercredi matin, j’ai reçu l’appel d’une activiste. Tout ce qu’elle a réussi à me dire, c’est : "Ils en ont après moi, je suis dans le bureau du procureur". C’est ce que les gens disent quand ils sont en grandes difficultés.
Nous ne savons pas si c’est la police qui est à l’œuvre, ou si ce sont des éléments de l’
OMON [forces spéciales antiterroristes créées du temps de l’URSS] ou encore d'autres unités. Il est très difficile de les distinguer les uns des autres.
À Aktau, des gens manifestent tous les jours. Il n’y a pas de répression mais on nous a signalé que la police tentait d’intimider la population. Elle menace les gens de perdre leur emploi s’ils décidaient de manifester. Du coup, tout le monde a peur. Mardi, il y avait environ 2000 manifestants sur la place centrale de la ville. Mercredi, on était nettement moins. "