Manifestations anti-fraude en Russie : "Je n’ai pas vu une telle mobilisation depuis les années 90"

Capture d'écran d'une manifestation, mardi à Moscou.
 
Les manifestants ne décolèrent pas au sujet des allégations de fraude généralisée aux élections législatives de ce weekend : ils appellent à une nouvelle journée de manifestation samedi. D’après nos Observateurs, qui ont participé aux manifestations à Moscou, c’est la première fois depuis des années que la Russie vit un tel mouvement de protestation.
 
Mardi soir, la police a fait en sorte d’étouffer rapidement les manifestations, arrêtant près de 200 personnes sur la place Triumfalnaïa à Moscou, où des centaines de manifestants étaient rassemblés. Depuis lundi, 1 000 personnes ont été arrêtées à Moscou.
 
Video postée sur YouTube par UrsaMajorFilm.
 
Selon les autorités, 51 500 policiers et 2 000 membres des forces spéciales ont été déployés dans Moscou depuis les élections de dimanche.
 

"Ils sont obligés de nous laisser nous exprimer"

Ilya Budraitskis vit à Moscou et se décrit comme un membre actif du Parti socialiste russe.
 
Ces deux derniers jours ont vraiment été décisifs. Pas seulement à cause de l’ampleur des manifestations, déjà importante pour une grande ville comme Moscou, mais aussi à cause de l’état d’esprit et de la maturité des personnes présentes. On sentait qu’elles étaient prêtes à agir.
 
En Russie, c’est difficile d’organiser une grande manifestation comme celles de ces deux derniers jours car il faut une autorisation officielle. Pour l’obtenir, il faut faire une demande auprès des autorités locales, qui trouvent souvent un prétexte pour dire non.
 
Il y a trois ans, j’ai monté un projet sur le sujet. J’ai fait le tour d’un certain nombre de partis politiques qui avaient demandé la permission d’organiser une manifestation, et j’ai rassemblé toutes les lettres de refus qu’ils ont reçues.
Les autorités ont donné à chaque fois une raison différente pour signifier leur refus. Le défilé serait trop bruyant, ou alors il perturberait le trafic, ou encore poserait des problèmes de sécurité…
 
 
Photo d'une lettre de refus utilisée pour le projet d'Ilya Budraitskis. Avec l'autorisation de www.mishamost.com.
 
Mardi, personne n’avait d’autorisation légale pour manifester. C’était juste un appel au rassemblement dans le centre de Moscou, lancé sur Internet. Du coup, les manifestants étaient moins nombreux que lundi.
 
Une nouvelle manifestation est prévue ce samedi et qui est cette fois autorisée par les autorités. S’ils acceptent, c’est parce qu’ils y sont obligés et qu’ils doivent nous donner l’espace et la possibilité de nous exprimer. Je crois que ce sera la plus grande manifestation qu’on ait jamais eue. J’espère que ça va changer les choses, que quelque chose de vraiment énorme va se passer, comme en Egypte."

"À Moscou, les manifestants veulent montrer qu’ils savent qu’ils se sont fait arnaquer et qu’ils n’apprécient pas"

Misha MostMisha Most est artiste. Il vit à Moscou.
 
J’ai été vraiment surpris en voyant autant de monde lors de la manifestation lundi soir. D’habitude, lorsqu’il y a des manifestations à Moscou, elles ne sont pas très importantes et les gens qui y participent sont très politisés. Mais ces derniers jours, les participants étaient différents.
 
Tout le monde est sorti dans la rue. Etudiants, ouvriers, routiers, artistes, cinéastes… Parmi eux, beaucoup de gens qui vivent ici, qui savent que la situation en Russie est vraiment horrible et qui se font du souci. Cela n’arrive pas souvent. La dernière fois qu’on a vu un tel mouvement, c’était au début des années 90.
 
 
‘On sait qu'on ne pourra pas se débarasser de Poutine’
 
Il faut bien comprendre que la situation en Russie n’est pas la même qu’en Egypte, lorsque les Egyptiens ont appelé au départ de Moubarak. A Moscou, les manifestants veulent montrer qu’ils savent qu’ils se sont fait arnaquer [lors de des électiosn législatives de dimanche] et qu’ils n’apprécient pas. Nous savons qu’il est impossible de se débarrasser de Poutine. De toute façon, il n’y a pas un seul politique sur lequel nous pouvons compter pour prendre sa place.
 
Vidéo de Misha Most.
 
La Russie est un pays difficile et la police est vraiment rude. Lorsqu’il y a eu de nouveaux appels à manifester mardi soir, les autorités ont eu peur qu’il y ait trop de monde, elles ont donc envoyé les forces de sécurité en renfort. Ces dernières ont réagi très durement, alors que les manifestants ne faisaient rien de mal. Ils ne cassaient pas des vitrines et ne brûlaient pas de voitures."


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