Tunisiens et Libyens : après la solidarité, le désamour ?

Capture d'écran de la manifestation anti-libyenne organisée samedi 2 décembre devant un hôtel du centre-ville de Tunis.
 
Samedi 3 décembre, en plein centre-ville de Tunis, une foule en colère s’est réunie devant l'un des plus grands hôtels de la ville pour scander des slogans anti-libyens. Un mois et demi après la mort de Mouammar Kadhafi, célébrée par les Libyens venus se réfugier en Tunisie au plus fort des combats, la cohabitation entre les deux communautés est moins évidente.
 
"Dégagez, bande de pourris !", "Des rats ! Vous êtes tous des rats !" criaient les manifestants, faisant référence aux insultes proférées par le colonel Kadhafi à l’encontre de l’ex-rébellion libyenne. À l’origine de cette colère, le décès d’une jeune fille d’une vingtaine d’années. Pour les manifestants, il ne fait aucun doute que c’est un ressortissant libyen qui l’a poussée depuis la terrasse du 10e étage de l’hôtel où elle se trouvait. Pourtant, l’enquête est encore en cours et devra déterminer s’il s’agit d’un meurtre, d’un suicide ou d’un accident.
 
D'après le ministère tunisien de l'Intérieur, à l’été 2011, plus de 70 000 Libyens avaient trouvé refuge en Tunisie à la suite des violences qui secouaient le pays.
 
Ces derniers mois, Tunis a été, à plusieurs reprises, le théâtre d’affrontements entre les pro et les anti-Kadhafi, après que des membres de ces deux groupes se sont réfugiés en Tunisie pour fuir les combats. Mais depuis la chute de Tripoli et la mort de l’ancien chef de la révolution libyenne, les pro-Kadhafi font profil bas et c’est désormais entre les Libyens de tous bords et les Tunisiens que la tension monte.
 
Manifestation devant l'hôtel L'International sur l'avenue Habib-Bourguiba à Tunis, samedi 3 décembre.
 
Contributeurs

"Les Tunisiens ont soutenu les Libyens quand leur pays était en guerre mais ne voient plus de raison pour continuer à le faire aujourd’hui"

Badiâa Boulila est étudiante, elle habite à Ennasser, l’un des quartiers prisés par les Libyens dans la capitale.
 
On ne connaît pas encore les circonstances exactes de la mort de cette jeune fille. C’est comme si les gens étaient prédisposés à manifester contre les Libyens et qu’ils attendaient la première occasion pour le faire. Par ailleurs, le fait que cela se passe en plein centre-ville, sur l’avenue principale, a aussi facilité le regroupement.
 
Ces tensions ne sont pas nouvelles. Dernièrement, plusieurs incidents ont émaillé les relations entre Tunisiens et Libyens. L’été dernier par exemple, une jeune prostituée a été éjectée depuis le troisième étage d’un immeuble par deux Libyens. Un autre incident a eu lieu il y a trois semaines, lorsque des Tunisiens soutenant le régime syrien sont allés manifester devant le bureau de la Ligue arabe à Tunis pour protester contre les sanctions imposées à la Syrie. Ils ont été attaqués par des Libyens qui désapprouvaient le motif de leur mobilisation.
 
Accrochages entre Libyens et Tunisiens devant le bureau de la Ligue Arabe à Tunis.
 
Certains Tunisiens considèrent que les Libyens ont une attitude provocatrice. Notamment les pro-Kadhafi qui sont venus s’installer dans les quartiers résidentiels de Tunis, comme Ennasser. Pendant la guerre, ils affichaient ouvertement leur sympathie pour le régime libyen et on les reconnaissait grâce aux plaques d’immatriculation de leurs voitures [les plaques des voitures des sympathisants des rebelles portaient les nouvelles couleurs libyennes]. Certains faisaient preuve également de beaucoup d’arrogance dans la ville, où ils harcelaient les filles dans la rue.
 
Mais depuis quelques temps, la situation s’est aggravée. Des Libyens armés ont été arrêtés ces dernières semaines dans le sud du pays. Au point de passage de Rass Jdir, à la frontière tuniso-libyenne, il arrive aussi que les gardes-frontières soient attaqués par des Libyens armés qui refusent de s’arrêter au contrôle [le dernier incident a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche]. D’ailleurs, les autorités libyennes ont reconnu ces faits et ont promis d’agir en conséquence. C’est ce qui explique le ras-le-bol des Tunisiens. Ils considèrent qu’ils ont soutenu les Libyens quand leur pays était en guerre mais ne voient plus de raison de continuer à le faire aujourd’hui et encore moins depuis que leur présence est associée à une montée de l’insécurité. Et ce même si ces incidents sont, au final, le fait d’une minorité."
 

"La présence de Libyens en Tunisie a développé un véritable 'marketing de guerre'"

Siham S. vit à Sousse, ville touristique à 140 kilomètres au sud de Tunis qui a accueilli un grand nombre de réfugiés libyens. Elle s'est rednue à Rass Jdir pour venir en aide aux réfugiés fuyant le conflit libyen.
 
Personnellement, je ne pense pas que le sentiment anti-libyen soit général en Tunisie. Quand j’étais à Rass Jdir [poste-frontière entre la Tunisie et la Libye], j’ai surtout eu à faire à des réfugiés subsahariens (Maliens, Somaliens, etc.) qui travaillaient en Libye et qui ont dû quitter le territoire pendant les violences. En revanche, on trouvait peu de Libyens dans les camps car la plupart était accueilli au sein même des familles tunisiennes du Sud qui tenaient particulièrement à les aider. Je n’ai pas non plus entendu de discours xénophobes à Sousse où je vis.
 
Il est vrai que l’arrivée des Libyens a contribué à augmenter le coût de la vie à Sousse. Les loyers ont augmenté. Moi-même qui suis en train de déménager, j’ai eu du mal à trouver une maison car la plupart des propriétaires préféraient louer aux Libyens à la semaine et pour des prix plus élevés. Pendant le conflit, il y a eu aussi une pénurie de bouteilles d’eau minérale car la majorité des stocks passaient en Libye donc le prix a doublé. Enfin, dans certains endroits de la ville déjà connus pour être des lieux de prostitution, on a commencé à apercevoir des filles faire le trottoir au vu et au su de tout le monde en soirée, pendant l’été, alors que leurs activités étaient beaucoup plus discrètes avant.
 
Cependant, il faut voir aussi les bons côtés. La présence de Libyens en Tunisie a développé un véritable 'marketing de guerre'. À la moindre occasion, ces derniers sortent les nouveaux drapeaux à vendre ou des plaques d’immatriculation aux nouvelles couleurs de la Libye. Il y a aussi beaucoup d’objets artisanaux tunisiens qui portent désormais les couleurs libyennes. Cela contribue à faire fonctionner le commerce. Même les touristes en achètent !
 
Je pense que la plupart des Tunisiens se disent que ce n’est que temporaire et que les Libyens finiront bien par rentrer chez eux. Il faut effectivement relativiser les choses. D’ailleurs à la radio, on entend beaucoup parler ces derniers temps de nouvelles perspectives d’emploi en Libye, sitôt que les choses seront stabilisées. Et avec le taux élevé de chômage chez nous, peut-être qu’à leur tour des Tunisiens iront vivre en Libye."
 
Un autocollant aux couleurs libyennes avec les slogans "La Libye libre, révolution du 17 février". Photo prise par notre Observatrice.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.

Commentaires

la Libye : plus que des acheteur de goodies!

"Cependant, il faut voir aussi les bons côtés. La présence de Libyens en Tunisie a développé un véritable 'marketing de guerre'. À la moindre occasion, ces derniers sortent les nouveaux drapeaux à vendre ou des plaques d’immatriculation aux nouvelles couleurs de la Libye. "

Cela est-il le vraiment le seul bon cote des choses? l'économie tunisienne toute entière ne repose-elle pas majoriterment sur les poches libyenne ? est le sud entier ne vit-il pas presque entièrement sur le revenue de nos voisin libyen ? veuillez vérifier l'état de l'économie tunisienne en chiffre est donnes, regarder le pourcentage de l'export tunisien (même si peu de production local) acheter par la Libye, l'agriculture a 70% repose sur l'achat libyen, des centaines de million (oui des centaines ) qui circules dans notre économie y-est grace au libyen, est je ne parle pas de cette anne seulment, mais depuis plus de 15/20 ans.

On avait prévenu,pourtant

On avait prévenu,pourtant et ce n'est pas fini,les plus mauvaises surprises ne sont pas encore arrivées,l'incompétence.......mais ces paus et ces peuples auront droits quoiqu'il en soit à de véritables démocraties en dehors du fascisme et du fanatisme et en dehors de toutes autres considération que les valeurs universelles....

Simple Analyse

Je me demande pourquoi l'enquête concernant la mort de cette jeune fille traine autant ! Si le système en Tunisie cherche à trouver une combine pour protéger quelqu'un de l'ancien régime libyen qui pourrait témoigner dans le procès de Seïf, je comprends mieux la réaction des tunisiens. Il semblerait que c'est une histoire de prostitution avec abus d'alcool et de stupéfiants ayant entrainé un meurtre non prémédité. la Nana est tout simplement basculé par dessus le balcon....

Affaire à suivre

Fraternité

Rien d´étonnant á ce qu´ils se disputent. Ils n´ont jamais pu se sentir. les riches Libyens considèrent avec mépris les Tunisiens, Les Tunisiens sont choqués par l´ extrême arrogance des Libyens. J´ai vi il y a deux décennies des scènes ahurissantes á Ben Gardane oú les gardes Libyens tâtaient les couilles des Tunisiens qui allaient franchir la frontière. Et ils le faisaient en leur lançant des railleries que, mon arabe très
limité. ne me permettait de comprendre.
A Ain Oktor j´ai vu des Libyens arriver en grosses Mercedes flambant neuves, avec de jeunes putains qu´ils faisaient venir de Rome pour leur usage durant leur séjour, puis arrivaient, de provenance douteuse, des caisses et des caisses de whisky.

appelez l'armee marocaine

appelez l'armee marocaine pour vous aidez a maitre l'ordre

ça n'existe pas l'armée au

ça n'existe pas l'armée au maroc ils vont venir sur leurs anes avec des batons ?

L'armée marocaine a de

L'armée marocaine a de l'expérience!! Elle s'est entrainée sur le Polisario "sahraoui"

L'armée marocaine a de

L'armée marocaine a de l'expérience!! Elle s'est entrainée sur le Polisario "sahraoui"



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