Chassés par les Farc, les "déplacés" colombiens veulent faire entendre leur voix

Depuis près de dix jours, ces personnes déplacées manifestent à Bogota. Photo: Mike Ceaser.
 
Ce sont sans doute les victimes les moins visibles du conflit qui oppose les forces gouvernementales aux deux principaux groupes armés, les Farc et l'Armée de libération nationale. Pourtant, ces victimes sont nombreuses : menacées, expropriées, les populations rurales de Colombie sont souvent obligées de quitter leur village, incapables de faire face aux menaces du groupe armé le plus puissant de Colombie. Depuis dix jours, ces "déplacés" manifestent à Bogota.
 
En Colombie, les Farc (Forces armées révolutionnaires colombiennes) sont toujours à l’œuvre. Environ 8 000 guérilleros sont aujourd’hui enrôlés dans ce groupe armé marxiste, issu des zones d'autodéfense paysannes des années 1950-1960. Meurtres, prises d’otages, fabrication de bombes artisanales, la liste des exactions des Farc est longue. Dernière en date, l’exécution de quatre otages lors d’une opération militaire contre le groupe armé, samedi 26 novembre.
 
Dans plusieurs régions du pays, les miliciens ont coutume d’attaquer des villages pour enrôler de force des mineurs, réclamer des taxes aux habitants et semer la terreur, obligeant les villageois à quitter leurs terres pour fuir la menace armée.
 
Selon l’IMDC (Internal displacement monitoring center, fondé par le Conseil norvégien pour les réfugiés), 280 000 personnes ont été déplacées en Colombie en 2010 suite à des menaces de groupes armés.
 
En juin 2011, le gouvernement colombien a adopté un programme sensé restituer deux millions d’hectares de terre aux personnes déplacées. "Au-delà de la réparation matérielle, ce programme représente aussi la première reconnaissance officielle du gouvernement du fait que la Colombie est confrontée à un conflit armé interne", écrit l’IMDC, qui prévient : "Le processus de restitution des terres va prendre du temps et sera difficile, parce qu’il intervient dans un conflit toujours en cours. "
 
Lorsqu'un groupe armé l'a menacé, Jaime a fui avec sa famille à Villavicencio. Ils vivent à 14 dans cette unique pièce. © ICRC / B. Heger
 
Acción Social est une agence gouvernementale qui aide les personnes déplacées dans les zones urbaines de Colombie. Ici, le bureau de Bogota. © ICRC / B. Heger
 
Pourtant  depuis une dizaine de jours, plusieurs dizaines de déplacés manifestent sur la place Bolivar de Bogota. Hébergées chez des amis ou de la famille en attendant mieux, ils se réunissent quotidiennement, brandissant des portraits de proches tués par les Farc, pour réclamer le respect de leurs droits et dénoncer la lenteur des autorités à tenir leurs promesses.
 
Contributeurs

"Rentrer dans leurs villages serait trop dangereux"

 Mike Ceaser est un entrepreneur américain, il vit à Bogota. Il est allé à la rencontre des manifestants.
 
Les histoires des personnes déplacées sont horribles, et pourtant beaucoup moins médiatisées que certaines. J’ai rencontré une femme de 51 ans à qui on a donné, à elle et sa famille, une terre dans la région de Tolima. Mais les paramilitaires contrôlent la région et exigent que les habitants paient une taxe appelée "vacuna". En 2005, ils ont débarqué chez elle et ont exigé que toute la famille parte dans les huit jours. Cette femme pense que la personne qui lui a donné cette terre a fait appel aux paramilitaires pour l'expulser. Elle a dû partir tout de suite, sinon toute sa famille aurait été tuée. Elle avait remarqué que des guérilleros avaient photographié sa fille de 13 ans à l’école. Paniquée, elle l'a envoyée de nuit à Bogota par peur qu’ils ne l’obligent à se prostituer. La violence contre les femmes est devenue une arme pour les paramilitaires.
 
J’ai parlé à une autre femme, originaire de Los Llanos qui a dû s’enfuir à Bogota, il y a quatre ans, avec son mari et ses quatre enfants, après avoir été menacée par les Farc. Sa famille avait refusé à l’époque d’espionner des patrouilles militaires locales. Malheureusement, fuir à Bogota n’est pas non plus une solution : son mari y a été tué. Elle est persuadée que les guérilleros l’ont tué mais ne peut pas le prouver. Cela dit, des unités urbaines des Farc sont effectivement implantées à Bogota, notamment dans les universités publiques.
 
Une manifestante brandissait avec désespoir le portrait de son mari, kidnappé par les Farc il y a une dizaine d’années. La rançon demandée est trop élevée. La dernière fois qu’elle a eu des nouvelles de son mari, c’était par un ancien otage qui était attaché avec lui. Depuis, plus de nouvelles. Elle ne sait même pas s’il est toujours en vie.
 
Les Farc ne sont pas le seul groupe armé de Colombie : un manifestant, originaire de La Sierra Nevada, près de La Guajira, m’a raconté qu’il avait été réveillé en pleine nuit il y a onze ans par l’ELN (Armée de libération nationale), le plus petit groupe armé de Colombie. Étant donné que certains n’avaient pas payé l’impôt qu’ils exigeaient, ils sont arrivés dans son village en pleine nuit en détruisant tout sur leur passage. Il a perdu sa ferme, ses bêtes et ils ont tué son frère. Il a essayé de retourner dans son village, mais a dû fuir devant les menaces de l’ELN. Aujourd’hui, il est persuadé que les guérilleros se servent de ses terres pour y cultiver de la drogue.
 
Parmi ces gens que j’ai rencontrés place Bolivar, certains réclament de nouvelles terres au gouvernement. Mais la plupart veulent rester à Bogota : rentrer dans leurs villages serait trop dangereux : les guérillas y sont encore à l’œuvre."
 
 
 Sur la place Bolivar de Bogota, une femme montre la photo de son mari disparu.
 
"Les déplacés réclament le respect de leurs droits, pas de mensonges"
 
Carlos a été déplacé de la région de Cauca.
Photos de Mike Ceaser
 
 

Commentaires

il est à la fois malheureux

il est à la fois malheureux et mensonger de présenter les Farc, et l'ELN, comme les principaux responsables des déplacements de populations. L'armée régulière colombienne et les groupes paramilitaires ont fait autant de mal, sinon plus, aux populations qui voulaient échapper à la guerre civile. Les paramilitaires recrutent de force et tuent ceux qui ne les suivent pas, pourquoi ne pas le dire ? Et les agriculteurs déplacés de force pour que de grands groupes agricoles mettent la main sur leurs terres et constituent de grands domaines, c'est l'oeuvre des Farc ou des paramilitaires amis d'Uribe ça ?

informez bien SVP

Ils sont déplaces par les Farc et aussi pour les paramilitaire,amies et protégés du gouvernement



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