À Qatif, les blindés saoudiens s'en prennent aux manifestants

 
Mercredi, deux manifestants ont été tués lors d’une manifestation à Qatif, dans l’est de l’Arabie saoudite, où vit une grande partie de la communauté chiite du royaume. Sur ces images amateurs, un tank est filmé alors qu’il tente délibérément de renverser les protestataires. Une violence inédite depuis le début de la contestation en mars dernier selon notre Observateur. 
 
Ces images ne sont pas sans rappeler la répression des manifestations qui se sont déroulées au Bahreïn au début du mois d’octobre. Les manifestants de Qatif se sont rassemblés dans le centre ville, après les funérailles de deux personnes tuées lors de précédents rassemblements. Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, neuf personnes, dont deux policiers et une femme, ont également été blessées. "Ces pertes ont eu lieu lors d'échanges de tirs avec des criminels non identifiés qui ont infiltré la population et ont ouvert le feu depuis des quartiers d'habitation", précise le ministère.
 
Depuis la mort d’un jeune homme de 19 ans aux abords d’un barrage de police dimanche dernier, les manifestations se sont multipliées toute la semaine dans la ville. Elles interviennent aussi à quelques jours de l’Achoura, la plus importante célébration de la communauté chiite.
 
Un véhicule blindés tente de percuter des manifestants après les funérailles organisées mercredi à Qatif.
 
Depuis le mois de mars, les habitants de la province de Qatif, à majorité chiite, se sont mobilisés à plusieurs reprises contre les autorités du royaume. Les chiites ne représentent que 10% de la population totale de l’Arabie saoudite. Ils sont majoritairement concentrés dans l’est du royaume, dans la zone du Hasa, connue pour ses gisements de pétrole. Riyad considère les chiites comme des hérétiques et les marginalisent à tous les niveaux : religieux, politique et social. Le wahhabisme, version la plus rigoureuse de l’islam sunnite, est la religion officielle de l’Arabie saoudite.
Contributeurs

"Des snipers étaient postés dans le grand château d’eau que l’on aperçoit au second plan de la vidéo"

 
Moktar B. (pseudonyme) est l’un de nos Observateurs à Qatif.
 
Je suis depuis le début les manifestations à Qatif et je participe à la plupart d’entre elles. Ce que l’on peut dire, c’est que rarement les forces de l’ordre ont fait preuve d’une telle violence. Alors qu’il sortait du cimetière après les obsèques des deux manifestants, un groupe de personnes a commencé à lancer des slogans hostiles au gouvernement. Très rapidement, les forces de l’ordre sont intervenues pour réprimer le rassemblement comme on le voit sur les images. D’après mes informations, les deux personnes tuées ont été victimes de snipers qui étaient postés dans le grand château d’eau que l’on aperçoit au second plan de la vidéo. Puis le tank a démarré pour rouler sur les manifestants. La plupart d’entre eux ont détalé mais pendant les 3 dernières secondes de la vidéo, on voit qu'un homme a été percuté. [Les images ne sont pas claires et il pourrait aussi s'agir d'une objet ].
 
Les autorités ont déclaré que les deux personnes tuées mercredi ont été prises dans un échange de tir mais je ne peux pas le croire. Je connais les gens qui sont allés manifester, ce sont des jeunes, ils ont pour la plupart entre 20 et 30 ans. Ils n’ont pas d’emploi et se sentent marginalisés par les autorités. J’ai essayé de savoir qui était le leader du mouvement, mais visiblement il n’y en a pas. Depuis le début de la contestation, je n’ai pas croisé une seule image sur laquelle on voit que les manifestants sont armés. La seule sur laquelle on puisse émettre un doute est celle-ci : des étincelles apparaissent du côté des manifestants [elles semblent être provoquées par les balles tirées par les forces de l’ordre sur les voitures NDLR].  
 
Tout ce qu’ils demandent, c’est que leurs droits soient respectés. À l’origine de cette vague de contestation, il y a toujours la demande de libération des prisonniers politiques qui sont retenus sans jugement et sans raison dans les geôles du royaume, certains depuis plus de 15 ans.
 
Depuis le mois de mars, date du début de la protestation, des check-points ont été installés dans toute la ville avec des tanks, des jeeps et des soldats munis d’armes automatiques. Les habitants ne comprennent pas pourquoi ils sont limités comme ça dans leurs déplacements. Les forces de l’ordre arrêtent notamment les jeunes. Régulièrement, certains passent des heures aux barrages de police avant de pouvoir rentrer ou sortir de la ville. Évidemment que cette ambiance contribue à échauffer les esprits."
 
Lors des funérailles des deux manifestants tués mercredi, le cortège scande des slogans contre la famille royale Al Saud.


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