Les supporters de foot au secours des manifestants de la place Tahrir

Ultras du Ahly et du Zamalek en septembre dernier : "Unis contre la police." Photo prise par G. Osman et publiée sur Flickr.

Depuis vendredi, les affrontements ont repris avec beaucoup de violence sur la célèbre place Tahrir, au Caire. Parmi les contestataires, on trouve des étudiants, des islamistes, des militants politiques et… des supporters de football. Les "Ultras" de l’un des plus grands clubs de la capitale se sont en effet mis en tête de défendre les manifestants contre les violences policières
 
Ces Ultras sont un groupe de supporters du club cairote d’Al-Ahly. Ils sont réputés pour leurs chants, leur goût pour les fumigènes et leurs tifos (animations visuelles). Ce sont des durs à cuir, habitués à des confrontations avec la police dans les stades. Ils avaient déjà participé aux manifestations de janvier dernier qui ont fait tomber Moubarak. Cette fois encore, ils se joignent aux manifestants. Ces derniers semblent avoir particulièrement besoin de leur aide : les affrontements dans la capitale égyptienne ont déjà fait 33 morts.
Contributeurs

"Notre expérience face à la police nous permet de tenir plus longtemps"

Abou Ali est un des membres fondateurs des Ultras du Ahly.
 
Les Ultras d’Ahly ont été créé en avril 2007. Ce n’est pas dans nos habitudes de nous mêler des questions politiques. Avant janvier dernier, nous n’avions jamais manifesté et les confrontations avec nos forces de police ne sortaient pas du stade. Mais la révolution égyptienne a été un événement exceptionnel et nous ne pouvions pas rester à l’écart.
 
Cette fois, nous n’avons pas participé tout de suite. Nous n’étions pas là lorsque les familles des blessés de la révolution se sont installées sur la place, mardi dernier. C’est l’intervention de la police vendredi qui nous a décidés à rejoindre la contestation. Car la violence exercée par les forces de sécurité nous est intolérable. Pour l’avoir expérimentée, nous y sommes particulièrement allergiques.
 
Nous nous organisons par mail et par téléphone. Une fois sur le terrain, il n’y a pas de stratégie particulière, nous affrontons les policiers comme nous avons l’habitude de le faire dans les stades. Mais notre expérience fait que nous prenons certaines précautions qui nous permettent de tenir plus longtemps. Par exemple, avant d’arriver, nous nous aspergeons le visage de vinaigre ou d’eau gazeuse. Cela atténue les effets des bombes lacrymogènes.
 
Nous reprenons évidemment nos slogans lors les manifestations et c’est à cela que l’on nous reconnaît. Mais nous changeons les paroles. Par exemple, dans un de nos chants les plus célèbres nous disons "O gouvernement, prends garde ! Nous sommes en colère ce soir ! Les supporters du Ahly vont mettre le feu ! Que dieu nous apporte la victoire". Alors que sur la place Tahrir, nous remplaçons "les supporters du Ahly" par "le peuple égyptien". Et tout le monde reprend notre chant en cœur.
 
Les Ultras d'Al Ahly dimanche soir sur la place Tahrir.
 
Cet article a été rédigé en colaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.


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