Les activistes en Syrie distribuent notre journal au hasard. Ils frappent à toutes les portes, dans toutes sortes de quartiers, pas seulement ceux qui sont connus pour être majoritairement anti-régime. Au contraire, ils tentent davantage de cibler les zones réputées pour leur soutien au pouvoir.
Nous voulons motiver les manifestants sur le terrain, mais nous nous adressons aussi aux Syriens qui ne savent pas quoi penser de cette révolution. On leur propose une alternative aux medias locaux qui sont contrôlés par l’État.
On espère que ceux qui trouveront le journal sur le pas de leur porte, même s’ils ne veulent pas le lire, apercevront une bonne caricature qui exprime notre message.
Ces distributions sont très risquées, mais les manifestants eux aussi risquent leur vie tous les jours et continuent de se mobiliser. Personnellement, j’ai reçu plusieurs messages de menace. Nos activistes ont peur d’être surveillés mais, jusqu’à présent, personne n’a été arrêté.
Nous voulons continuer à nous développer et à toucher un public plus large, mais il est hors de questions de perdre un activiste pour ça. Si l’un d’entre eux se fait attraper, il sera tué car le régime craint plus encore les pensées que les actes. Les manifestants sont perçus comme des individus dangereux, mais moins que ceux qui pensent, organisent et diffusent la vérité.
“L’impression du journal se fait essentiellement en Syrie, chez les activistes"
L’impression du journal est difficile. Elle se fait surtout en Syrie, chez les activistes. Il arrive aussi que nous réussissions à faire passer illégalement des exemplaires imprimés à l’étranger.
Nous les distribuons essentiellement à Damas et à Homs - même si dans cette ville la vague de répression récente nous a obligé à ralentir la distribution. Bientôt, nous diffuserons aussi à Alep. Toutes les semaines, plusieurs milliers d’exemplaires sortent - on fait notre maximum en fonction des possibilités des personnes sur place.
"Nous avons tous entre 20 et 35 ans, tout ce que nous voulons c’est la liberté et un nouveau départ pour la Syrie"
Nous n’avons aucun sponsor et payons les impressions de notre poche. Afin de préserver notre indépendance éditoriale, nous n’avons demandé l’aide d’aucun groupe en exil. Nous avons tous entre 20 et 35 ans, tout ce que nous voulons c’est la liberté et un nouveau départ pour la Syrie et nous ne sommes pas certains que les autres générations et les autres groupes veulent la même chose.
Notre message est simple : la liberté a un coût, mais le jeu en vaut la chandelle.
Nous avons reçu des réactions très positives. J’ai lu le tweet d’un habitant de Damas qui disait : "C’est magnifique de se réveiller et de trouver Hurriyat sur sa porte… Je sens déjà souffler le vent de la liberté." C’est ça qui nous pousse à continuer.
Notre journal sera publié aussi longtemps que nécessaire et j’espère qu’un jour, après la chute du régime, il sera autorisé. Il y aura alors des tas d’autres choses à écrire, car construire une société meilleure est bien plus compliqué que de faire tomber un dictateur."