Les contestataires égyptiens exportent leur savoir-faire à Wall Street

Une militante du Mouvement  du 6-Avril écrit un message de soutien aux manifestants d'Occupy Wall Street sur le drapeau égyptien. Photo publiée sur Flickr par NLNY.
 
Des manifestants qui scandent en arabe "le peuple veut la chute du régime !" Ces images ne viennent pas de Syrie mais… de Wall Street ! Les manifestants du mouvement "Occupy Wall Street" ont en effet reçu un soutien de poids : celui de militants qui avaient occupé la place Tahrir, au Caire, avant la chute du président Hosni Moubarak.
 
Cette rencontre entre activistes cairotes et new-yorkais a été organisée par l’association égypto-américaine Egyptian Association for Change. Elle s’inscrit dans un mouvement plus général de soutien des activistes du printemps arabe aux "Indignés" du monde entier.
 
Contributeurs

"Cela reste de l’humour, la situation des Américains est différente de celle des Égyptiens"

Zaid Saleh, 32 ans, est un Américain d’origine égyptienne qui a vécu dans les deux pays. Il est l'un des fondateurs de cette association.
 
L’Egyptian Association for Change a été créée par des Américains d’origine égyptienne pour inciter les Égyptiens de la diaspora à se mobiliser pour leur pays d’origine et à se sentir concernés par ce qui s'y passe. On estime entre 800 000 et 2 millions le nombre d’Américains d’origine égyptienne [300 000 Égyptiens vivent aux États-Unis mais il n’y a pas de chiffre officiel quant au nombre d’Américains d’origine égyptienne]. Leur poids n’est donc pas négligeable.
 
Pour renforcer le lien de notre communauté avec l’Égypte, nous avons reçu il y a deux semaines la visite des membres du Mouvement du 6-Avril [mouvement de contestation étudiant signataire de l’appel du 25 janvier contre l’ancien président Moubarak]. Nous sommes rendus avec eux à Wall Street le 23 octobre, jour où la contestation battait son plein. Ahmed Maher et Asmaa Mahfouz [co-fondateurs du Mouvement fdu 6-Avril] ont été sollicités pour prendre la parole et partager leur expérience de militants avec les contestataires américains.
 
Ahmed et Asmaa ont conseillé aux manifestants de rester très pragmatiques dans leur approche afin de rassembler le plus grand nombre de personnes. Parler politique est élitiste, c’est un sujet qui n’est pas compris par tous. Par contre, la cherté de la vie, les salaires trop bas, les difficultés du monde du travail, ce sont des problèmes qui parlent à tout le monde. En Égypte aussi, ça a commencé par des revendications sociales.
 
Les Américains ont ensuite demandé à ces anciens de la place Tahrir quels étaient les slogans qu’ils scandaient. On leur a chanté et traduit le fameux slogan 'le peuple veut la chute du régime !' et ils se sont amusés à le reprendre en arabe. Mais cela reste de l’humour. Les Américains n’ont pas du tout l’intention de faire tomber leur régime. Leur situation est différente de celle des Égyptiens : ils ne sont pas unis dans leurs revendications, contrairement aux Égyptiens qui étaient tous d’accord sur leur rejet de Moubarak et de son système. C’est pour cela aussi que les 'Indignés' de Wall Street ont du mal à rassembler. De plus, les États-Unis sont un État de droit, où il y a des élections. Parler de changement est quelque chose de difficile à définir pour eux, c’est plus facile face à un système dictatorial."
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.
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