"Les passants préfèrent nous regarder en buvant un verre à la terrasse d’un café"
Veronica Leandres est une artiste espagnole de 33 ans. Elle vit à la Nouvelle-Orléans (Etats-Unis) et c’est au cours d’un séjour en Espagne, en avril dernier, qu’elle a décidé de rejoindre le mouvement des "Indignés", à Madrid. Avec une centaines d’autres, elle participe à cette "marche contre le vent".

J’ai été très surprise du peu de soutien populaire à notre arrivée à Paris, samedi dernier, et même choquée du peu d’engouement des jeunes. Quand nous nous sommes retrouvés place de la Bastille et que les policiers nous ont encerclés, personne n’a réagi. Les passants continuaient leur chemin et préféraient regarder la scène en buvant un verre à la terrasse d'un café. J’ai vraiment eu le sentiment que nous n’étions pas les bienvenus.
En fait, j’ai l’impression que notre mouvement n’intéresse personne ici. Cette semaine, j’ai eu l’occasion de distribuer des tracts dans la rue pour informer le public des actions qui se déroulaient ces jours-ci à Paris. La plupart du temps, les gens m’ont ignorée, comme si je n’existais pas ou comme si j’essayais de vendre quelque chose. Pourtant, je suis présentable et je m’habille tout à fait normalement ! Et quand quelqu’un me laissait terminer ma phrase, ça n’allait pas plus loin qu’un "merci, au revoir".
Les Parisiens ont perdu leurs illusions. Ils sont trop centrés sur leurs propres problèmes et sur leur vie personnelle. Pour eux, un mouvement de jeunes ne pourra jamais changer le monde. En même temps, nous sommes dans une capitale. Je suis sûre que nous aurions été accueillis de la même manière à New York. Et puis, quand je vois à quel point la police est violente, je peux comprendre que beaucoup de gens préfèrent rester chez eux plutôt que de se rassembler pour revendiquer un idéal."
Photos du campement que les Indignés ont été autorisés à installer sur le terre-plein du Palais omnisport de Bercy, à Paris, pour la nuit du 20 au 21 septembre. Postées ici.