Un migrant ivoirien bloqué à Tripoli : "Je suis pris au piège de ma couleur de peau"

Un centre d'évacuation de migrants à Misrata, pris en charge par l'OIM (crédit photo OIM)
 
L'entrée des opposants au régime à Tripoli, le 22 août, a fait des victimes collatérales. Un immigré originaire d’Afrique sub-saharienne, travailleur clandestin en Libye, nous raconte que les insurgés s’en prennent aux personnes de couleur noire parce qu’ils les assimilent à des mercenaires à la solde de Kadhafi. Il nous explique donc qu’il vit terré chez lui depuis une semaine.
 
Au début de la guerre en Libye il y a six mois, des mercenaires africains ont été recrutés par Mouammar Kadhafi pour mater la rébellion. Débarqués du Nigeria, du Tchad ou de Mauritanie, ces soldats de fortune, que l’ONG Human Rights Solidarity estimait au mois de février à 30 000, étaient payés pour faire le sale boulot. Tout au long du conflit, les témoignages d’Africains subsahariens en Libye se disant victimes de menaces et de violences de la part des anciens rebelles se sont multipliés.
 
Depuis que les insurgés sont à Tripoli, la situation des immigrés africains de la capitale est critique. Le 26 août, le HCR (Haut commissariat aux réfugiés) a d’ailleurs exprimé son inquiétude concernant les menaces et les mauvais traitements subis par les migrants restés en Libye. Avec une opposition qui traque sans relâche les derniers résistants kadhafistes, les Africains noirs sont devenus une cible encore plus vulnérable.
 
Il est très difficile pour ces Africains de quitter le pays. Dans les deux bateaux qui ont été récemment affrétés par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) afin d’évacuer les migrants de Tripoli, très peu d’Africains subsahariens étaient présents. Pourtant, comme l’explique Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l’OIM joint par FRANCE 24, ils représentent la majorité des travailleurs migrants vivant en Libye : "Ils sont entrés clandestinement en Libye et ne sont pas répertoriés en tant que ressortissants par leur ambassade. Or, c’est avec les ambassades que nous travaillons sur le terrain pour évacuer le plus grand nombre d’étrangers".
Contributeurs

"Quand ils voient un noir, ils le frappent devant les femmes et les enfants qui applaudissent"

Sakia (pseudonyme) est Ivoirien et vit à Tripoli depuis trois ans. Il est entré clandestinement pour trouver un travail et envoyer de l’argent à sa famille, restée en Côte d’Ivoire. Il travaillait dans une entreprise de fabrication de sodas.
 
Depuis que les opposants sont entrés à Tripoli, je vis barricadé chez moi avec deux amis. L’un est Togolais, l’autre est Ghanéen. Dans le quartier, nous connaissons des Guinéens, des Maliens, des Libériens et des Nigérians qui sont terrés chez eux. Comme nos ambassades ne nous répondent plus, nous ne savons pas quoi faire, ni qui contacter.
 
Cela fait quatre jours que nous sortons de l’appartement uniquement pour chercher à manger. Dans mon quartier, il y a des barrages routiers partout. Des jeunes y sont postés jour et nuit, armés jusqu’aux dents. À certaines heures de la journée, quand on sent que c’est calme dehors, on sort acheter quelques provisions et on rentre chez nous en courant. C’est très dangereux pour nous, les Africains subsahariens, de rester dehors, à cause de notre couleur de peau. Quand ils voient un Noir, les jeunes l’insultent et l’agressent devant les femmes et les enfants, qui applaudissent. Le frère d’un ami s’est fait embarquer dans un pick-up il y a peu et on ne l’a plus jamais revu. Ils nous prennent pour des mercenaires de Kadhafi.
 
"Ils entrent chez nous pour tout saccager et nous frapper"
 
Je ne suis pas sorti depuis trois jours et il ne nous reste que cinq biscuits à partager. Il n’y a plus d’eau au robinet. Heureusement, nos voisins ont accepté de nous rapporter l’eau du puits du quartier. Ils sont Libyens mais ce sont des personnes âgées. Je sais qu’ils ne nous dénonceront pas, ils nous ont même conseillé de rester enfermés et de ne pas répondre si quelqu’un frappe à la porte. Des amis sénégalais m’ont raconté que des inconnus sont venus chez eux en prétextant vérifier si ils avaient des armes. Ils les ont finalement frappés et dépouillés. Nous ne savons vraiment pas si ce sont des rebelles ou des voyous. Ils portent tous une arme et des habits aux trois couleurs [le drapeau tricolore de l’opposition, ndrl]
 
"Quand le ‘monsieur’ sera parti, tu verras, on vous tuera tous"
 
Depuis que la répression a commencé en Libye, nous, les Africains de l’ouest, sommes victimes d’exactions et de menaces de mort. Je me suis fait agresser physiquement quatre fois par des Libyens qui me prenaient pour un gars de Kadhafi. Quand je travaillais encore à l’usine, certains des collègues me disaient ‘quand le monsieur va partir, tu verras, on vous tuera tous’. Alors plus les rebelles se rapprochaient de Tripoli, plus nous étions terrifiés. On a déchiré nos cartes de séjours et nos photos de famille pour ne garder aucune trace matérielle de notre pays d’origine. Avant l’arrivée des rebelles, des diplomates africains nous avaient assurés être en train de négocier avec des hommes du régime pour nous évacuer. Mais les discussions ont coupé court après la chute de Tripoli.
 
J’ai entendu qu’un bateau de l’OIM avait accosté à Tripoli pour secourir des étrangers. Mais traverser Tripoli pour aller jusqu’au port est inimaginable. Nous n’y arriverions jamais vivants. Il faudrait que les ONG parcourent la ville en bus avec des mégaphones pour nous avertir de leur passage."
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24. 

Commentaires

ONG's

"l’ONG Human Rights Solidarity estimait au mois de février à 30 000 [mercenaires]..." : Human Rights Solidarity, c'est qui ça d'abord ? Ces Ong bidons qui prennent des nom apparemment respectables et 'dignes de foi', comme le fameux Observatoire Syriens des Droits de l'Homme', risquent de n'être que des paravents pour faire passer de la propagande de guerre.
La "Human Rights Solidarity" était le nom d'une organisation asiatique qui semble avoir terminé ses activités en 2009 (cf http://www.hrsolidarity.net/), la trace qu'on a de la nouvelle "ONG" lybienne, est une boîte postale à Genève, et un site particulièrement intéressant (www.lhrs.ch)...

couleur de peau

C'est dommage, qu'on réagisse comme cela encore en 2011. Quand on parle de révolution, cela ne veut pas dire qu'on doit s'en prendre aux étrangers ou aux personnes de couleur. En Côte d'Ivoire, le pays d'où je viens, notre "guerre" a été ivoiro-ivoirienne. Ce n'est pas pour dire que la guerre est bonne. Mais tout simplement que les étrangers n'ont rien n'a voir dans les problèmes de libyens. De grâce, les images que nous voyons sur les chaînes de télé prouvent l'amateurisme du CNT qui n'arrive pas à situer son combat. Votre révolution n'est pas contre la Côte d'Ivoire, ni contre le Nigeria. Encore moins contre le Gabon. Sinon, tous les peuples et les hommes sont égaux. Même s'ils ne sont pas dans leur pays d'origine.

Je suis également ivoirienne,

Je suis également ivoirienne, et je ne partage pas DU TOUT cet avis. Peut-être n'étiez vous pas à Abidjan qd les exactions ont été commises, mais les étrangers en ont beaucoup souffert! Demandez aux maliens, et burkinabés en particulier ils vous en diront des nouvelles... Et ce ne sont pas des ont dit, mais du vécu en live!!!!!

Le sujet n'est pas de comparer, mais de compatir et attirer l'attention sur ce qui se passe à Tripoli. Une couleur de peau, une nationalité, une religion, n'est pas synonyme d'appartenance à un groupe, et l'ONU devrait intervenir en ce sens auprès des rebelles.
De grâce le sujet ici n'est pas la guerre en Côte d'Ivoire (qui est encore bien différente de celle de Tripoli), donc svp pas d’amalgame, encore moins erronés.

COULEUR DE PEAU

Je déplore vraiment ce qui arrive aux blacks à Tripoli. Mais en ce qui concerne votre guerre (RCI) combien d'étrangers en occurence les Burkinabè y ont perdus la vie à cause de leur origine?

la situation des étrangers en Lybie

C'estpas du tout gentil de ta part , tu parles de Burkinabé certes mais est ce que tu sais ce qui c'est véritablement passé dans notre pays ? Tu veux dire que tu soutiens ce qui se passe en Lybie mais sache que la guerre çà tourne et que de la même manière que cette guerre est arrivée dans mon pays la Côte d'ivoire elle pourrait arriver au BUrkina donc stp évite d'avoir ce genre de propos . Actuellement des africains noirs sont en danger et tu pourrais compatir et éviter de dire ce genre de méchanceté.

Couleur de peau et xenophobie

Je suis Ivoirien et je confirme et condivise pleinement votre objection à l'encontre de mon compatriote. Combien d'etrangers ont subi et subissent encore les sequelles de ces maudites guerres? Et surtout celle qui ont lieu dans mon cher pays.

Représailles ou déshonneur

La « conférence des amis de la Libye » se tiendra à 17 heures ce soir à l’Elysée. Le CNT à promis 35% des ressources pétrolières du pays aux grpes pétroliers français. Etant donné ce gage de "bonne volonté" du CNT, nos chers et désintéressés gouvernants français auront surement le temps, entre l'études de deux cartes de prospectives pétrolières, d'accorder quelques minutes au devenir de ces migrants. Si jamais la questions de leurs intégrités physique n'était pas évoqué, cela jetterai plus qu'un doute sur la véritable empathie que porte Sarko et consorts à la protections des populations civiles qui a motivé l'intervention initiales en Libye.
Les rebelles quand à eux ont réussi à conquérir Tripoli. Si ils en ont la volonté, je pense qu'il n'est pas au dessus de leurs forces d'organiser et de sécuriser une évacuation des migrants subsaharien du pays. Cela leur fera honneur, comme il fit honneur aux Tunisiens d'accueillirent leurs compatriotes sur la frontière ouest. Le déshonneur quand à lui ne fait aucun doute. Il consiste a exercer la violences de représailles aveugles sur des individus vulnérables (quand bien même, il y aurait dans le tas, des mercenaires désarmés). La guerre s'achèvent, pourvu que ne pointe l'heure des exactions faciles et sanglante...

Corneille dans le Cid faisait dire à un de ses personnage :
"J'admire ton courage, et je plains ta jeunesse
Ne cherche point à faire un coup d'essai fatal ;
Dispense ma valeur d'un combat inégal ;
Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire :
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
On te croirait toujours abattu sans effort ;
Et j'aurais seulement le regret de ta mort."

Aux rebelles de choisir, représailles ou déshonneur.

Les immigrés africains en Libye

Ancienne résidente à Misurata et professeure à l'université, je pense assez bien connaître la situation des Africains en Libye et dans le monde arabe en général ( car on peut y observer les mêmes phénomènes). En effet, avant la guerre, il y avait deux types d'individus : les Libyens ( les chefs, ceux qui sont propriétaires de boutiques, restaurants etc ...) et les autres ( les africains mais aussi les expatriés ). Les Africains n'étaient pas bien considérés et leur nom en arabe " abad" les désignait déjà par "esclaves ". Le ton est donné, vous en conviendrez ...Je me souviens les avoir vus par dizaines aux ronds points de Misrata, sous une chaleur écrasante, en train d'attendre un éventuel employeur libyen !...Certains ne se nourrissaient que de bananes les "jours de vache maigre " ...Leur sort n'a jamais été facile et l'esclavage perdure mais sous des formes distinctes. Ceux qui avaient la chance d'avoir un emploi ne gagnaient que très peu ( à peine 150 dinars libyens, 100 euros approx) et occupaient des emplois ingrats, difficiles et subalternes. Qu'on le veuille ou pas, la Libye a instauré un régime similaire à celui observé dans les pays du golfe, une sorte de hiérarchisation des individus en fonction de leurs origines ethniques et culturelles. Cette situation est condamnable, je vous l'accorde mais on ne change pas une mentalité et des pratiques ancestrales en 24h00...
Ce qui se passe actuellement est regrettable mais je pense qu'avant de s'en prendre aux Libyens, on peut aussi déplorer le peu d'intérêt que les Etats africains, dont dépendent ces immigrés, accordent à leurs ressortissants -clandestins ou non. La Chine, la Turquie ou encore les Philippines ont envoyé des bateaux pour sauver leurs ressortissants ; avez-vous entendu un pays africain évoquer une telle mesure ? Je suis l'actualité de près depuis mon évacuation de Misrata et j'ai beau faire un effort, je ne me souviens pas avoir entendu un seul Etat africain se manifester à ce sujet....
Quoi qu'il en soit, je compatis réellement et sincèrement à la situation de ces hommes et de ces femmes qui sont des victimes collatérales de la guerre. Je souhaite qu'il y ait parmi les Libyens des gens suffisamment intelligents et humanistes pour rappeler à leurs compatriotes que ces Africains sont AUSSI des hommes et dont ils auront besoin pour la reconstruction du pays.

Le professeure à l'université a eu raison !!!

Trois points éssentiels à soulignés.
1. Les Africains n'étaient pas bien considérés et leur nom en arabe " abad" les désignait déjà par "esclaves ". Le ton est donné, vous en conviendrez ...
2.Qu'on le veuille ou pas, la Libye a instauré un régime similaire à celui observé dans les pays du golfe, une sorte de hiérarchisation des individus en fonction de leurs origines ethniques et culturelles.
3.Ce qui se passe actuellement est regrettable mais je pense qu'avant de s'en prendre aux Libyens, on peut aussi déplorer le peu d'intérêt que les Etats africains, dont dépendent ces immigrés, accordent à leurs ressortissants -clandestins ou non. La Chine, la Turquie ou encore les Philippines ont envoyé des bateaux pour sauver leurs ressortissants ; avez-vous entendu un pays africain évoquer une telle mesure ?

C'est exactement ce que je me

C'est exactement ce que je me disais pas une seule micro réaction des états africains tout est dit c'est domage



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