En Inde, ras-le-bol des pots-de-vin à tout-va

Les photos des manifestations sont publiées sur la page Facebook IAC
 
L’arrestation d’un militant indien anticorruption a déclenché des manifestations dans les grandes villes du pays. Les Indiens semblent en avoir assez de payer des pots-de-vin. L’occasion de demander à nos Observateurs de nous raconter comment la corruption pourrit leur quotidien.
 
Anna Hazare a lancé en avril une croisade contre la corruption, un mal endémique qui ronge tous les secteurs de la vie politique, sociale et économique de l’Inde. Gréviste de la faim depuis plusieurs semaines, ce célèbre disciple du Mahatma Gandhi, rejoint par des dizaines de milliers d’Indiens, veut faire pression sur le gouvernement pour qu’il adopte une vraie loi anticorruption. Son initiative a rencontré un certain succès à travers le pays et surtout auprès d’une classe moyenne lasse de la vétusté des services publics, de l’inflation et des scandales politiques à répétition.
 
Outre des sit-in et des marches organisés depuis des mois dans les grandes villes du pays, cette vague de protestation trouve un écho retentissant sur Internet. La page Facebook du mouvement initié par Anna Hazare, India Against Corruption, compte près de 330 000 abonnés.

"Il faut un facilitateur au sein des administrations pour obtenir un permis de conduire ou un passeport"

Siddartha Pamulaparty habite à Hyderabad, la capitale de l’Andhra Pradesh, une région du centre de l’Inde.
 
Il y a un an, un de mes collègues s’est fait cambrioler chez lui. Rien que pour porter plainte au commissariat, il a dû jouer de son réseau d’amis pour qu’un officier de police accepte de prendre sa déposition. Ensuite, il a passé plusieurs week-ends à quémander auprès des policiers la restitution de ses biens qui avaient été retrouvés. Il a fini par leur payer un pourcentage de la valeur de ses objets confisqués (notamment un ordinateur portable et des bijoux) pour remettre la main dessus.
 
J’ai d’autres exemples. Quand on veut obtenir un passeport, on se retrouve devant des employés de l’administration qui récitent comme une leçon : ‘Plus cher vous payez, plus tôt vous aurez votre passeport’. Et c’est bien connu qu’il faut avoir un ‘faciliteur’ au sein de l’Autorité des transports si l’on veut son permis de conduire."

"Chaque année à Bombay, les travaux sont bâclés pour être recommencés l’année d’après"

Julie Van Rechem est une Française expatriée à Bombay où elle est guide touristique depuis trois ans. Elle travaille pour deux blogs Passage To Mumbai et Chouyosworld.
 
Je me rappelle ma première visite de la Residency de Lucknow. À la sortie du site, le guichetier a exigé le billet d'entrée. J’ai refusé et, comme il insistait, j’ai fini par lui demander pourquoi. ‘C'est pour tenir les comptes’, m’a-t-il dit. En fait, c’était pour revendre une seconde fois le billet à un autre touristes.
 
Chaque année à Bombay, il y a les mêmes travaux au même endroit : on comble des nids-de-poule qui ont fini par former des cratères. En fait, les promoteurs choisissent des matériaux de qualité médiocre et font faire le travail rapidement pour être sûrs d'être rappelés l'année suivante, avec l’aide de fonctionnaires complices qui leur attribuent l'appel d'offre."
 
 
Marche à la bougie dans le village de Ralegan Siddhi, dans l'Ouest indien. 

"Je peux vous verbaliser à moindre coût, sans vous fournir de reçu si vous le souhaitez"

Rahul Verghese est chef d’entreprise à Gurgaon, une ville située dans la banlieue de Delhi.
 
Arrêté pour excès de vitesse, un policier m’a dit : ‘Pourquoi voulez-vous payer plus, Monsieur ? Vous me paraissez poli et honnête, je peux vous verbaliser à moindre coût, sans vous fournir de reçu’. J’ai refusé. Il m’a laissé repartir, honteux.
 
Quand j’ai créé mon entreprise, j’ai rencontré le responsable de la Fédération athlétique d’Inde. J’étais fier de décrocher ce rendez-vous mais j’ai été surpris par sa première question : ‘Quel groupe vous soutient ?’, sous-entendu ‘Où sont vos financements ?’ J’ai compris qu’il cherchait à savoir combien il allait pouvoir se faire sur mon dos. Quand j’ai dit que j’étais indépendant, il a semblé d’un coup moins intéressé. Aujourd’hui, il purge une peine de prison pour escroquerie lors des Jeux du Commonwealth.
 
Une loi anticorruption ne changera rien si tout le monde ne se dit pas ‘à partir d’aujourd’hui, je promets de ne plus payer ou d’accepter de pots-de-vin’."

"Un étranger qui travaille en Inde peut payer jusqu’à 380 euros par an de bakchichs lors des fêtes du pays"

Di Bundi (pseudonyme), est originaire de Nouvelle-Zélande et est écrivaine à Pushkar, dans le Rajasthan. Quand elle est arrivée en Inde il y a deux ans, elle s’est rendue au commissariat de police de sa ville pour s’enregistrer comme résidente étrangère.
 
Au premier rendez-vous, j’ai donné tous les documents que j’avais téléchargés sur Internet, mais le policier de l’accueil m’a demandé de revenir dans une semaine. À ma sortie du commissariat, il m’a appelé pour me prévenir qu’il fallait que je vienne avec un bakchich de 1 500 roupies [23 euros] si je voulais mener la procédure à bien. Il a précisé que ce serait à mon chauffeur de garder l’argent sur lui et qu’il sortirait lui-même du commissariat pour le récupérer.
 
Lors du deuxième rendez-vous, ce même policier m’a fait savoir que l’officier en chef voulait me voir. Ce dernier m’a demandé, de but en blanc, si quelqu’un dans le commissariat m’avait demandé de l’argent. J’ai répondu ‘non’ parce que je ne voulais pas avoir de problème avec l’autre policier. En fait, l’officier voulait savoir qui était celui qui m’avait demandé le bakchich pour obtenir sa part du gâteau.
 
Depuis que je suis installée, je paye des ‘bakchichs de festivités’, comme le bakchich de Diwali [fête de la lumière et Nouvel An indien] ou celui de Holi [fête des couleurs pour l’arrivée du printemps]. Un étranger qui travaille en Inde peut payer jusqu’à 25 000 roupies [380 euros] par an en ‘bakchichs de festivités’."

Commentaires

c'est dommage. tout sont

c'est dommage. tout sont porris



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