Les habitants de Homs s’interrogent sur la passivité de certains soldats

 
Des soldats de l’armée syrienne aux côtés de manifestants sans que cela ne se transforme en bain de sang, cette image rare a été filmée à Homs, le 17 juillet.
 
Avec Deraa, Banias et Hama, Homs compte parmi les villes les plus actives depuis le début de la vague de contestation qui secoue le pays. Les forces de police, assistées par des miliciens chabihas, n'ont pas hésité à tirer à balles réelles sur les manifestants. Depuis plus d’un mois, ce sont les tanks de l’armée qui sont déployés dans la ville. 
 
Le week-end du 16 et 17 juillet a été marqué par des affrontements sans précédent entre des membres de la communauté alaouite, la minorité chiite à laquelle appartient la famille du président Bachar al-Assad, et des sunnites, la branche de l’islam majoritaire en Syrie, faisant au moins 30 morts. Selon Rami Abdel Rahmane, le responsable de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, ces affrontements interconfessionnels auraient été attisés par les forces de l’ordre, ce que confirment plusieurs de nos Observateurs. Les violences ont permis aux autorités de justifier une énième vague de répression lancée depuis le 17 juillet au cours de laquelle 13 civils ont déjà été tués par l’armée. 
 
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Dans le quartier de Khalidiya, à Homs, les soldats restent impassibles alors qu’on entend, au loin, des slogans de manifestants et que des habitants les filment. Vidéo postée sur YouTube par SHAMSNN.
 
Contributeurs

"Les manifestants jouent sur le fait que les soldats sont issus comme eux de la majorité sunnite"

Mona Syria est l'une de nos Observatrices à Homs. 

Régulièrement de nouvelles troupes de l’armée sont envoyées à Homs pour réprimer les manifestations. Ce jour-là, un nouveau régiment venait d’arriver dans le quartier de Khalidiya et les habitants ont pris le parti d’aller vers eux. Ils savent qu’une très large majorité des soldats sont sunnites et que, par conséquent, ils pourraient se sentir plus proches d’eux que de leurs chefs, qui sont majoritairement alaouites.
 
Les habitants sont donc allés leur apporter à boire et à manger. Ils leur ont dit qu’ils étaient de la même famille, qu’ils devaient se sentir chez eux et les soldats ont eu l’air d’apprécier. Peu de temps après, une manifestation a été organisée dans le quartier par des jeunes et les soldats de la section n’ont pas tiré. Exaspérés, les services de renseignement leur auraient demandé de tirer sur les personnes qui encerclaient les hôpitaux pour que les corps des manifestants ne soient pas emportés par les forces de l’ordre, mais ils auraient refusé. Un autre régiment a été envoyé juste après cela à Khalidiya mais les soldats sont également restés passifs. On entend aujourd’hui qu’ils vont envoyer la 4e division dirigée par le frère de Bachar al-Assad, la plus redoutée de toutes les sections de l’armée [selon l'un de nos Observateur, la 4e division est effectivement arrivée à Homs ce mardi 19 juillet et aurait tiré dans la foule pendant des funérailles, ndlr].
 
"Les soldats du quartier de Khalidiya ne tirent pas mais ils ne protègent pas non plus la population"
 
Mais ce qui s’est passé à Khalidiya ne reflète pas l’attitude globale de l’armée. Au lendemain de cet incident, une répression extrêmement violente a été menée dans toute la ville par les services de renseignement, les chabihas, ainsi que d’autres régiments de soldats. Hier soir, ils ont coupé l’électricité. Mon père était en voiture. Il a dû éteindre ses phares pour éviter de se faire tirer dessus. Des membres des forces de l’ordre ont tiré vers le jardin de mon oncle parce que la lumière de son balcon était allumée. Ils ne veulent pas que les gens voient ce qui se passe.
 
Les habitants de Khalidiya ont été particulièrement visés, on parle de six morts pour la journée de mardi 18 juillet. Ma mère qui travaille habituellement dans ce quartier n’y va plus parce que c’est trop dangereux. Les soldats de Khalidiya ne tirent pas mais ils ne protègent pas non plus la population. D’après mes contacts à Khalidiya, ce régiment de l’armée est toujours sur place. [Selon une personne qui a assisté à la dispersion d'une manifestation dans le quartier de Khalidiya ce mardi, le régiment était aux côtés des forces de l'ordre qui ont tiré sur les manifestants, mais les soldats n'ont pas participé activement à la repression, ndlr]. Certains s’attendaient à ce que les soldats soient punis, voire exécutés, mais étonnamment ce n’est pas le cas. Cette absence de réaction du pouvoir alimente la rumeur selon laquelle il s’agirait d’une stratégie de l’armée pour calmer les manifestants avant de relancer la repression."
 


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