Les "indignés" se mettent aux mobilisations éclair pour bloquer les expulsions

Des manifestants bloquent une expulsion, le 12 juillet. Photo publiée sur la page Facebook de Afectados por la hipoteca.
 
Le mouvement des “indignés” de la Puerta del Sol de Madrid s’est emparé d’une nouvelle cause : la crise du logement. Sur les réseaux sociaux, ses membres se donnent rendez-vous pour des "flashmobs", des mobilisations éclair, afin d’empêcher que des personnes prises à la gorge par des prêts immobiliers ne soient expulsées.
 
Grâce aux militants espagnols et aux réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, quand les bailleurs décident de mettre une personne à la porte, une foule de manifestants improvise un sit-in pour bloquer toute expulsion. Les "flashmobbers" sont informés quelques heures avant l’arrivée des forces de l’ordre grâce aux informations transmises par les militants.
 
Cette mobilisation en ligne s’avère plutôt efficace : près de 50 expulsions à travers tout le pays ont ainsi été interrompues. Si ces actions coup de poing n’empêchent pas d’annuler les impayés au propriétaire, elles offrent aux personnes en instance d'expulsion un peu de répit, le temps que les autorités émettent un nouvel avis.
 
Une expulsion ratée le 12 juillet, à Terrassa, dans la banlieue de Barcelone. Vidéo postée sur YouTube par .

Quelque 300 000 personnes ont dû quitter leur logement ces deux dernières années à cause de la bulle spéculative immobilière. Pour la majorité des citoyens, les familles touchées par la crise sont des victimes des dérives du système bancaire. Ils se sont donc mobilisés en implantant plusieurs réseaux d’entraide à travers le pays. L’initiative est chapeautée par l’organisation Plataforma de Afectados por la Hipoteca ("Plateforme pour les victimes de l’hypothèque") qui fait campagne pour aider les familles en situation précaire depuis 2009.
 
Avant la crise économique de 2009, pendant une dizaine d’années, l’Espagne a connu un véritable boum immobilier. Les banques ont accordé des prêts sans apport personnel dont le montant équivalait à la valeur exacte de la maison achetée. Pour certains, il était plus facile d’obtenir un prêt immobilier que de louer un logement. Mais avec la crise économique, beaucoup d’Espagnols se sont retrouvés dans l’incapacité de rembourser leurs prêts car les taux d’intérêt ont subitement augmenté. En Espagne, le chômage a atteint son taux le plus important d’Europe avec 21 % d'actifs sans emploi, ce qui a eu pour conséquence une nette augmentation des défauts de paiement.
 
Par ailleurs, alors que de nombreuses familles expulsées devaient aller vivre chez des amis, quelque 700 000 logements dans le pays restent inoccupés. Des logements qui sont devenus la propriété des banques, notamment parce que leurs propriétaires n’ont pas réussi à rembourser leurs prêts.
 
 
Un homme menacé d'expulsion remercie les manifestants qui se sont mobilisés pour lui.
Contributeurs

"Nous sommes suffisamment nombreux pour empêcher une expulsion"

Adria Alemany est la coordinatrice de la Plataforma de Afectados por la Hipoteca.
 
La perspective de perdre sa maison est tellement honteuse et terrifiante. Beaucoup préfèreraient arrêter de manger plutôt que d’être expulsés de chez eux. Des milliers de personnes sont dans cette situation, c’est absurde ! Ce sont des gens ordinaires, comme Marisa, une femme qui nous a contactés parce qu’elle pensait que sa cause était perdue. Elle est nourrice, mère de deux enfants et n’a nulle part où aller. Nous sommes parvenus à bloquer son expulsion et nous négocions avec les autorités pour lui trouver une solution. Ces personnes sont vulnérables et elles ont besoin de savoir qu’elles ne sont pas seules.
  
Une tente dressée devant une banque : "Bienvenue chez moi - Victime d'un prêt immobilier". Photo postée sur Facebook par Afectados por la hipoteca.

Dans un premier temps, nous essayons de traiter avec les banques et de passer par les procédures officielles. Mais, souvent, les autorités n’ont pas conscience de la réalité des difficultés de ces gens, donc cette approche ne marche pas toujours. Et les familles finissent par se faire notifier un avis d’expulsion dans les jours qui suivent.
 
Notre base de données contient des milliers de contacts. Beaucoup de personnes viennent vers nous parce qu’elles connaissent quelqu’un qui est menacé d’expulsion. Nous organisons des événements sur Facebook que nous relayons sur Twitter et auprès de nos réseaux implantés localement. Chacune de ces mobilisations rassemblent 200 personnes. Elles brandissent des pancartes et font beaucoup de bruit. Nous sommes suffisamment nombreux pour empêcher une expulsion. Nos interventions sont non violentes. Nous forçons simplement les autorités à repartir. Sur les 50 expulsions que nous avons interrompues, les familles ont toutes été très reconnaissantes. Mais nous n’avons malheureusement pas les moyens de réagir à chaque fois.
 
Pour aller plus loin dans notre mobilisation, nous sommes en train d’envisager de reprendre possession des maisons. Le plus incroyable, c’est que 700 000 propriétés sont en train de décrépir sans que personne n’y habite alors que des gens sont forcés à vivre dans la rue.

"Cette situation est une bombe à retardement"

Quand nous avons créé cette plateforme de conseil en 2009, c’était principalement les immigrés qui nous contactaient. Ce sont les premières victimes de la crise. Ils n’ont pas forcément de soutien de la part de leur famille, contrairement aux Espagnols. Je connais un nombre incalculable d’immigrés qui ont été contraints de partir parce que l’Espagne n’était pas l’Eldorado qu’ils espéraient. Aujourd’hui, près de 80 % des personnes qui font appel à nous sont des natifs espagnols. Les gens sont gênés de ne pas être capables de se défendre seuls. Mais cette mobilisation permet peu à peu de les décomplexer.
 
Des activistes de Afectados por la Hipoteca. "Juste pour savoir ! Cette banque a déçu, escroqué et mis les gens dehors." Vidéo postée sur YouTube par afectadosxlahipoteca.

Cette situation est une bombe à retardement et les conséquences sociales seront graves pour le pays. Sans toit, on ne peut pas s’installer et fonder une famille. Et si on a des enfants, on ne peut plus assurer leur éducation et ils peuvent être amenés à quitter le foyer.
 
Le gouvernement peut agir en rachetant les logements vides pour les revendre à un prix raisonnable. Si l’État ne peut même plus assurer leurs droits à ses citoyens et subvenir à leurs besoins, c’est un véritable aveu d’échec pour un pays."
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Clare Sharkey, journaliste à FRANCE 24. 

Commentaires

Et pourquoi vous parlez pas des indignés francais ?

A la Bastille a Paris actuellement, les indignés subissent des violence policieres pour etre chassé malgres la decision judiciare en faveur du mouvement . Une repression illegale ! Pourquoi vos journalistes ne sont pas la bas pour parler de la Police de Nicolas Ben Ali ?....

Sources Twitter democratie réelle maintenant

Parce qu'il n'y a pas grand chose à dire simplement?

Peut être parce qu'il n'y a pas de violences policières comme vous le dites? Rendez vous dans une dictature civile ou militaire et vous verrez ce que sont des violences policières (bon, soit, les policiers parisiens sont peut être pas toujours les plus délicats, mais il ne faut pas exagérer non plus). De plus, le mouvement de la Puerta del Sol est autrement plus conséquent et massif que celui en France, qui est marginal. Et vu la situation désastreuse en Espagne, c'est très plausible.

Quant à votre Nicolas "Ben Ali", vous faîtes un parallèle totalement malsain pour un président élu au suffrage universel sans pareille corruption, dans un pays où la presse est libre et où l'on a le droit de critiquer et savoir, plus que jamais, ce qu'il se passe au château et au sein du gouvernement.

Voyagez et ouvrez les yeux avant de critiquer aveuglément une démocratie dont vous semblez connaître à peine le fonctionnement. Oui, c'est moins facile et joli que de simplement lever le poing et croire aux lendemains qui chantent.
On entend beaucoup qu'il faut "se mobilier", "se lever", "changer les choses", mais il n'y a jamais de mise en évidences des problèmes qui alimentent le mouvement et ce dernier ne propose aucune solution, pas même l'ombre d'une idée claire. C'est dommage.



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