"En filmant les manifestations étudiantes, je dérange les policiers qui ont reçu l’ordre de réprimer"

 
Notre Observateur est journaliste indépendant à Lomé, la capitale togolaise. Lors de la dernière mobilisation des étudiants, vendredi 1er juillet, il a filmé une vidéo montrant un jeune se faire passer à tabac par un policier à l’aide d’une branche d’arbre. Ses images révèlent que les reporters ne sont pas non plus épargnés par les pratiques d’intimidation des forces de l’ordre.
 
Depuis le début de la crise universitaire, le 27 mai, les revendications des étudiants togolais restent inchangées. Ils réclament, entre autre, l’aménagement du LMD (un système d’enseignement basé sur un cursus licence-master-doctorat qui a été instauré au Togo en 2008), la rénovation des salles de classe et la baisse des prix de restauration et de transport. Les négociations entre les représentants des étudiants et les autorités ont commencé samedi 2 juillet. Les jeunes Togolais ont toutefois refusé de reprendre les cours tant qu’aucun accord n’aura été signé. Pour bloquer l’Université de Lomé, ils organisent des sit-in sur le campus, sous la surveillance des forces de l’ordre.
Contributeurs

"Les policiers nous interpellent, arrachent notre matériel et exigent que l'on efface nos bandes"

Sylvio Combey est journaliste indépendant et blogueur à Lomé.
 
Je couvre les manifestations des étudiants depuis le début de la révolte. Vendredi 1er juillet, j’ai été voir ce qu’il se passait dans les ruelles qui mènent au boulevard Jean-Paul II, l'un des grands axes que les étudiants avaient prévu d’emprunter pour rejoindre la Primature, l'endroit où travaille le Premier ministre. C’est là que j’ai tourné ces vidéos.
 
 
Ce jeune [habillé en t-shirt vert] s’était réfugié chez lui, après une course-poursuite avec les forces de l’ordre. Les policiers ont été le chercher à l’intérieur de sa maison. L’un d’eux, qui avait dû égarer sa matraque, s’est empressé d’arracher un branchage pour le passer à tabac. Des scènes comme celle-là, j’en ai vu plein d’autres.
 
Sur la suite de la bande [à partir de la seconde 0'09], on voit les policiers se précipiter vers un portail. Ils avaient repéré un jeune qui s’était caché là par crainte d’être tabassé aussi. Ils l’ont interpellé. Mais à cet instant précis, un commandant s’en est pris à moi : il a essayé d’arracher ma caméra [à partir de la seconde 0'21] et m’a demandé de dégager.
 
 
Entouré des forces de l’ordre, le jeune a pris à partie le voisinage pour prouver aux policiers qu’il n’était pas étudiant et qu’il n’était pas celui auquel ils pensaient. Les forces de sécurité l’ont laissé repartir. Avec moi, d’autres journalistes filmaient la scène. Notre présence devait sûrement gêner ces policiers.
 
"Un agent a menacé une consœur journaliste de la gifler"
 
Les policiers ont repris leur route pour rejoindre la manifestation. Nous les avons suivis quelques secondes durant lesquelles la tension était palpable [à partir de la seconde 0'30]. On a essayé de discuter. L'un de mes collègues leur a demandé pour quelles raisons ils venaient de s’en prendre à un jeune. Mais nos questions les dérangeaient. Ils ont essayé de nous intimider, notamment en menaçant une consœur journaliste de la 'gifler'. On commençait à se regarder en chiens de faïence, alors j’ai décidé d’éteindre ma caméra. J’avais peur que la situation dégénère. Très vite, ils ont trouvé autre chose. Ils se sont jetés sur un homme qui avait son téléphone portable à la main. Ils l’ont accusé de les filmer. Lui s’est agenouillé pour les supplier de le croire. Après vérification, ils ont vu qu’ils s’étaient trompés.
 
Les policiers agissent avec nous comme avec les manifestants. Ils nous interpellent, ils arrachent notre matériel, ils exigent que l’on efface nos bandes et nous intiment l'ordre de partir.
 
Nous, les journalistes, nous sommes le rempart contre les actes de violence commis par les policiers sur les jeunes. Quand on est là, ils ne peuvent plus réprimer comme ils veulent. C’est pourquoi ils nous mettent dans le même bateau que les manifestants."

Billet rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24. 

Commentaires

les manifestations estudiantines a lome

je salue la temerite de ce journaliste reporter.c`est tres regrettable pour un pays qui se dit democratique de montre ces images deplorables au monde entier.j`ai de la pitie pour mes freres etudiants a lome.ces policiers oublient qu`ils sont devant les cameras du monde entier.ce sont ces genres de personnes qui en se retrouvant devant les tribunaux crient qu`on les maltraitent.qu`ils sachent que quelle que soit la longueur de la nuit,le jour vient.ce jour viendra certainement pour le peuple Togolais.nous sommes fatigues du RPT.apres ces dizaines d`annee au povoir lome ressemble aujourd`hui a une ville du moyen age.MERCI

le même commissaire a été

le même commissaire a été pris en flagrant délit avec deux jeunes couchés comme des bêtes dans le camion de gendarmerie http://www.youtube.com/watch?v=U6gGWENq4F4



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