Hama, nouvel épicentre de la contestation syrienne ?

 
Depuis qu’un demi-million de personnes sont descendues dans les rues d'Hama, le vendredi 1er juillet, la Syrie a les yeux rivés sur la ville qui a "battu le record" de la contestation. Mais depuis l’arrivée des forces de sécurité, dans la nuit de dimanche à lundi, les habitants de la cité paient cher l'affront fait aux autorités.
 
Hama est située au centre-ouest de la Syrie. Avec environ 800 000 habitants, c’est la quatrième plus grande ville du pays - après Alep, Damas et Homs. Fief du mouvement panislamiste des Frères musulmans syriens, la ville a connu une répression sanglante en 1982, après un soulèvement populaire, soutenu par les Frères musulmans, contre le régime Baasiste. Au cours du siège d’Hama mené par Hafiz al-Assad, père de l’actuel président, 25 000 personnes étaient mortes : un bilan qui est encore dans toutes les têtes.
 
La contestation en Syrie a débuté le 15 mars 2011 dans la ville reculée de Deraa, avant de s’étendre peu à peu à tous le pays. Pour calmer la fronde anti-régime, les autorités ont oscillé entre négociations et répression. Mais les promesses de réforme, la levée de l’état d’urgence, l’amnistie générale, les appels au dialogue, entrecoupés par des vagues de répression brutale et d’arrestations, n’ont pas suffi à calmer les ardeurs populaires.
 
Manifestations du 1er juillet 2011. Vidéo publiée sur Youtube.
 
Contributeurs

"Hama a une culture politique contestataire ancienne"

Amar Al (pseudonyme) est ingénieur en génie civil. Agé de 57 ans, il est très actif à Hama. Il nous explique comment cette ville s’est érigée au premier plan de la contestation, ces derniers jours.
 
L’impulsion est venue de Deraa, les autres villes ont suivi : Homs, Lattaquié, Alep, Banyas, Idleb, Salamié et bien sûr Hama. Cette contagion était prévisible. Dès les évènements de Deraa, des habitants s’étaient mobilisés dans la ville pour appeler à manifester. Une fois lancé, le mouvement n’a cessé de s’étendre. Hama ne pouvait qu’être fortement impliquée en raison de sa culture politique contestataire, très ancienne. Les habitants ont toujours rejeté l’oppression. L’histoire le montre : Hama était en première ligne contre les colonisations ottomane et française.
La journée de vendredi dernier était baptisée "Dégage !", il y avait un monde fou aux alentours de la place Al-Assi, la principale de la ville. Les manifestants scandaient des slogans contre le régime et appelaient à l’unité confessionnelle entre sunnites, chiites alaouites, druzes et chrétiens. Cette mobilisation record peut s’expliquer en partie par l’accord conclu entre le gouverneur et les représentants des grandes familles de la ville. Le gouverneur avait pris le contrôle des services de sécurité, après que le chef de la police eut été limogé pour avoir réprimé trop durement les manifestations du 3 juin dernier et provoqué un carnage. Les représentants des familles ont, par la suite, réussi à le convaincre que la présence des forces de l’ordre entrainait inévitablement des jets de pierre et des affrontements. Après avoir obtenu la promesse que les protestations seraient pacifiques, le gouverneur a donc accepté de ne pas faire intervenir les forces de l’ordre pendant les manifestations. Nous voulions montrer au régime et au monde que nous ne sommes pas une "bande de terroristes armés", mais des manifestants pacifiques et civilisés.

Finalement, l’ampleur de notre mobilisation a attiré l’attention sur Hama. Et le gouverneur a été démis de ses fonctions par le président Bachar al-Assad. Il n’y a aucun doute que c’est son manque de fermeté qui lui est reproché, alors qu’il n’a fait que répondre à l'appel au dialogue prôné par le président. Des rumeurs disent même que l’ancien chef de la police a été réhabilité. Mais il est difficile pour l’instant d’en vérifier l’exactitude, même si cela semble assez probable.
 
Le week-end a été très calme, mais dans la nuit de dimanche à lundi, la police a lancé une vaste opération de ratissage. Un ami m’a appelé à 3h45 pour m’informer de l’arrestation de son père. Ils ont arrêté des centaines de personnes dans toute la ville. On entendait des coups de feu partout. Des familles entières sortaient dans les rues pour protester contre l’arrestation arbitraire de leurs proches. 
Vidéo publiée sur Youtube montrant l'entrée des bus des forces de l'ordre à Hama lundi 04 juillet 2011
 
Lundi matin, vers 10h, une dizaine de bus sont entrés dans la ville (Voir la vidéo ci-dessus). Ils transportaient des agents de sécurité, en civil, qui s’en sont pris aux habitants en les dispersant à l’aide de gaz lacrymogènes. Selon mes sources, environ vingt-cinq personnes ont été blessées, dont seize grièvement. Neuf ont été transportés à l’hôpital Al-Hurani et sept au centre médical situé à côté du palais de justice. [28 bléssés selon l'Observatoire syrien des Droits de l'homme] Depuis lundi, trois personnes ont été tuées.
 
Lorsque les forces de l’ordre se sont retirées, les habitants ont commencé à installer des barricades autour de la ville pour éviter une nouvelle offensive de l’armée. À l’aide de pneus brulés, de cailloux, de morceaux de bois et de tout ce qu’ils avaient à portée de mains, ils ont bloqué les routes principales. Il y a actuellement des milliers de barrages dans la ville. Les habitants observent l’appel à la grève générale et à la désobéissance civile. Il n’y a ni présence gouvernementale ni policière à l’intérieur à Hama, mais des dizaines de chars continuent d’encercler la ville."
 
Billet rédigé en collaboration avec Mahamadou Sawaneh, journaliste à France24.

Commentaires

gestion des crises

Comment va faire la Syrie pour gèrer ce tournant décisif, chants révolutionnaires, foules réclamant le départ de la dynastie BACHAR, l'armée qui encercle, canons pointés sur HAMA.
Israel était jusqu'à présent le bouc émissaire idéal. Mais la jeunesse instruite a vu autrechose du monde et voyant que la démocratie est une bonne formule, il la demande, puis l'exige.
Pourtant Bachar, qui a reçu une formation à l'étranger, en Angleterre, était bien parti pour les réformes.
Pour revenir sur ses dires et emprisonner les intellectuels qui seuls, peuvent élever un pays.
Ce sont des histoires qui finissent mal dès lors que le premier sang est versé! nous avons des précedents dans l'histoire.
Un peuple désespéré est prèt à tout, et pourtant, il possède les richesses de ce monde.
Il y a eu trop d'intrusion dans la politique du Moyen Orient, et à présent, le peuple en paye le prix.
Espérons que la place ne sera pas prise par des radicaux religieux.



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