Coincés entre la police et les casseurs, les manifestants anti-austérité tiennent le choc

 
Le 15 juin, des milliers de manifestants anti-austérité se sont rassemblés pacifiquement sur la place Syntagma, dans le centre d’Athènes. Rapidement, ils ont été rejoints par la police anti-émeute ainsi que des groupes de casseurs. Notre Observateur nous raconte comment, malgré tout, la foule pacifique a réussi à garder le contrôle de la place.
 
Dans tout le pays, ils étaient des dizaines de milliers à répondre à l’appel national à manifester contre les restrictions de dépenses publiques. En plein marasme économique, la Grèce doit faire passer un nouveau plan d’austérité d’une valeur de 28 millions d’euros si elle veut continuer à recevoir des prêts européens. Mais les manifestants s’inquiètent de voir le peu de services publics qui reste dans le pays disparaître et les classes moyennes s’appauvrir à long terme.
 
Le 15 juin, la place Syntagma, qui donne sur le Parlement, a été l’épicentre de la mobilisation. Mais bien que la grande majorité des groupes qui s’y étaient rassemblés – syndicats ouvriers, partis politiques, retraités, étudiants et tout un panel d’autres groupes touchés par ces mesures d’austérité – ait réussi à maintenir le calme sur la place, des groupuscules de jeunes cagoulés se sont greffés au rassemblement. Sur la place, ils ont mis le feu à des poubelles, jeté des pierres et des cocktails Molotov et se sont affrontés à la police, qui a répondu par des tirs de gaz lacrymogène. 
 
Contributeurs

"Nous dansions tout en nous bouchant le nez pour se protéger des gaz lacrymogènes"

 
Pol Bouratsis, 25 ans, est étudiant à l’université d’Athènes. Il est membre du mouvement d’opposition grec des "Indignés" qui se décrit comme apolitique et pacifiste, à l’instar du mouvement des "Indignados" de la Puerta del Sol, à Madrid. Un campement similaire à celui de la place madrilène a été installé sur la place Syntagma. Tous les soirs des assemblées générales y sont organisées.
 
La veille de la manifestation, après un vote de l’assemblée générale, nous avons décidé que nous essaierions d’empêcher les députés d’entrer au Parlement afin qu’ils ne puissent pas voter ce plan d’austérité. À 7h du matin, j’ai rejoint plusieurs centaines d’autres manifestants avec qui nous avons bouclé plusieurs axes qui mènent à la place. Mais la police a réussi à garder le contrôle d’une avenue en postant de longues rangées de véhicules policiers sur chaque côté et les élus ont pu être escortés jusque dans le Parlement.
 
Des manifestants, rue Rigillis, dans le centre d’Athènes, se dirigent vers le Parlement pour bloquer une des entrées, le 15 juin. Vidéo postée sur YouTube par RealDemocracyGr.
 
Vers midi, la plupart des gens ont convergé vers la place Syntagma, qui se situe au cœur de la ville. Nous étions des milliers. Au début, la manifestation était entièrement pacifique, nous scandions des slogans au pied du Parlement. Des manifestants avaient amené des instruments et la foule battait le rythme en frappant des mains.
 
 
La foule tape dans les mains au rythme des percussions et scande des slogans devant le Parlement. Vidéo postée sur YouTube par PeklampVideos.
 
Mais, en début d’après midi, des groupes d’émeutiers cagoulés ont commencé à semer le désordre sur la place. C’est malheureusement très fréquent dans les manifestations grecques. On les appelle souvent 'anarchistes' mais on ne se sait pas vraiment qui ils sont. Certains les suspectent d’être des policiers déguisés en vandales pour faire dégénérer les manifestations et discréditer le mouvement de protestation. [Sur une vidéo qui circule sur Internet, on voit un policier en civil – à côté de policiers en uniforme – tenir un long bâton souvent utilisé par les casseurs. Selon la police d’Athènes, l’officier avait confisqué le bâton à un vandale]. Je ne sais pas qui croire.
 
 
Les policiers tirent des gaz lacrymogènes sur les casseurs à proximité de Syntagma.  Vidéo postée sur YouTube par Perseus999.
 
Les membres du mouvement des 'Indignés' ont utilisé des haut-parleurs pour sommer les émeutiers de quitter la place, affirmant qu’ils ne voulaient pas de violences. Ils ont encouragé les manifestants pacifistes à ne pas bouger pour empêcher que les casseurs ne prennent le contrôle de l’espace. Mais il n’a pas fallu longtemps pour que la police s’en prenne à la foule, ce qui malheureusement est aussi très fréquent dans les manifestations en Grèce.
 
Vers 14h30, l’air était devenu irrespirable et des pierres volaient dans tous les sens. La majorité des manifestants a dû quitter la place. Nous nous sommes décalés de 300 mètres mais, petit à petit, nous y sommes retournés. Des affrontements continuaient aux extrémités mais nous avons repris le contrôle du centre. À cet instant, un manifestant s’est mis à jouer de la lyre crétoise [un instrument grec à trois cordes] devant un micro et la foule a commencé à danser. Nous dansions tout en nous bouchant le nez pour se protéger des gaz lacrymogènes.
 
 
Un manifestant joue de la lyre crétoise au beau milieu de la place enfumée. Postée sur  YouTube par photograph2012.
 
Finalement, en début de soirée, les casseurs ont quitté la place. Ils ont dû se rendre compte qu’ils étaient moins nombreux que nous mais aussi que la foule n’allait pas fuir ou faire le choix de la violence. La police aussi a fini par quitter les lieux mais un noyau d’ 'Indignés' est resté pour installer le campement comme nous le faisons maintenant depuis 23 jours et comme nous le ferons jusqu’à ce que la situation change et que nos conditions de vie s’améliorent."
 
 
Sur la place, des manifestants nettoient les dépôts de produits chimiques laissés par les gaz lacrymogènes. Vidéo postée sur YouTube par Teopapable.
 
 

Place Syntagma, le 15 juin

 
 
Les manifestants convergents vers la place.
 
 
Des poubelles incendiées par les casseurs.
 
 
Un casseur jette des pierres sur la police. Photos : Yannis Mantzou, postées sur Facebook.
Billet écrit en collaboration avec Lorena Galliot, journaliste à France 24.


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