Les vendeurs ambulants se révoltent contre la tyrannie des policiers municipaux

 
Le calvaire d’un vendeur ambulant qui déclenche une révolte populaire... Une histoire qui rappelle étrangement celle de Mohammed Bouazizi, l’homme par qui a débuté la révolution tunisienne. Sauf que cette fois, c’est dans le sud de la Chine que cela se passe.

Des émeutes ont éclaté le 10 juin à Xintang, une ville de la province de Guangdong qui prospère, entre autres, grâce à l’industrie textile. C’est l’intervention de "chengguan" - sortes d’agents de sécurité municipaux - pour disperser des vendeurs ambulants, qui a mis le feu aux poudres.

Lors de cette opération de police, une jeune vendeuse, enceinte, aurait été violentée. Quelques instants après cet incident, des manifestants, dont une majorité de travailleurs migrants, se sont rassemblés dans les rues de la ville pour bloquer la circulation. Selon l’agence nationale Xinhua, la foule a même attaqué plusieurs bâtiments officiels à coups de briques et de bouteilles en verre. Vingt-cinq personnes ont été arrêtées dès le premier soir, mais les émeutes se sont poursuivies pendant trois jours.  À tel point que le dimanche 12 au soir, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées sur un échangeur routier, brûlant plusieurs dizaines de véhicules d’urgence et affrontant les forces de l’ordre.
 

Photos postées ici.

Au début du mois de juin, des heurts avaient déjà éclaté à Xintang entre plusieurs centaines d’ouvriers et la police. Un début de révolte déclenché par l’agression au couteau d’un travailleur migrant qui réclamait à son patron deux mois de salaire impayés.

 
Contributeurs

"Le terreau était déjà hostile et cet incident a mis le feu aux poudres"

Sui (pseudonyme) habite dans la province de Jiangxi, au nord de celle de Guangdong. Il a suivi cette révolte grâce aux réseaux sociaux chinois, malgré la censure.
 
Les ‘chengguan’ ont une très mauvaise réputation en Chine. Ils passent leur journée à déloger violemment les vendeurs ambulants ou à les rançonner. Les gens ont l’impression qu’ils sont au-dessus des lois. 
 
Le terreau était déjà hostile, cet incident a juste mis le feu aux poudres. Et le fait que les autorités n’ont pas dénoncé l’attitude de la police municipale a contribué à cette escalade de violences.
 
Guangdong est une région très riche [cette région industrielle est au cœur des exportations chinoises] et de très nombreux travailleurs migrants sont venus s’y installer ces dernières années. La jeune vendeuse qui a été agressée en faisait partie.
 
"Les gens prennent sur eux la grande majorité du temps mais il suffit d’une étincelle pour déclencher la colère latente"
 
Les travailleurs migrants travaillent dans des conditions effroyables. Ceux qui sont employés dans les usines y passent 12 heures par jour, 7 jours sur 7 et le salaire étant souvent indexé sur la quantité, la cadence est effrénée. J’ai des amis originaires de la campagne qui travaillent l’été dans des usines. Ils sont six par chambre, avec pour seul confort un ventilateur. Ils ne font rien d’autre que de travailler, manger et dormir. Dans ces milieux là, les gens prennent sur eux la grande majorité du temps, mais il suffit d’une étincelle pour que tout explose.
 
"Les citoyens sont moins peureux qu’il y a une dizaine d’années"
 
Ces dernier temps, plusieurs petits incidents ont déclenché de grandes vagues de révolte. C’est ce qui s’est passé en Mongolie intérieure après la mort d’un berger.  Mais je n’imagine pas un scénario tunisien car les révoltes chinoises sont isolées les unes des autres. Il n’y a pas de mouvement national.
 
Cependant, ce que j’observe, c’est que les citoyens sont beaucoup moins peureux qu’il y a une dizaine d’années. Et surtout ils ont maintenant le réflexe de prendre des photos et des vidéos. Il y a cinq ans, ce genre de soulèvement n’aurait été relayé que par quelques petites radios, et ce une semaine après."
 
Photos postées ici.
 

"Il y a un conflit entre les locaux et les travailleurs migrants"

Lan est née à Xintang. Elle habite aujourd’hui dans une autre région, mais elle est en contact avec sa famille sur place.

Pour l’instant, je n’ai eu aucun problème à joindre ma famille, ce n’est pas comme pendant les émeutes du Xinjiang où toutes les communications avaient été coupées.
 
Les gens sur place disent que la vendeuse qui a été maltraitée est morte, mais ce n’est pas la version officielle. Les gens ont commencé par s’attaquer à des bâtiments officiels, mais ils s’en sont ensuite pris à des supermarchés et à des voitures de particuliers.

Ma famille me dit qu’il y a des tensions entre les locaux et les travailleurs migrants. Des groupes d’auto-défense se sont créés dans certains quartiers de la ville. Je suis très inquiète."
Photos postées ici.

 

 

Commentaires

vendeurs chinois

Quand la Chine s'éveillera acte 2

Tout arrive

L' ère du Verseau annonce tous les actes à suivre-))

Cordialement.

Didier.



Fermer