La #révolution @Madrid se déclenche sur Twitter

Photo postée sur Twitter par @acampadasol, le compte qui a lancé l'idée d'un campement.
 
Des milliers d’Espagnols ont monté un campement de protestation au cœur de Madrid, la Capitale espagnole. Ils manifestent contre la montée du chômage et de l’incapacité des hommes politiques à trouver des solutions pour résoudre les problèmes du pays.
 
Cette manifestation à caractère festif s’est organisée grâce à l’échange de messages via le réseau social Twitter qui avait joué un rôle similaire lors des manifestations de la place Tahrir en Égypte plus tôt cette année.
 
Plus de 2 000 manifestants ont envahi la "Puerta del Sol", la place située au cœur de Madrid, très tôt ce jeudi matin. Ils avaient tout prévu, matelas, sacs de couchage, même une grande toile pour faire office de toit et se protéger de la pluie. Un peu comme sur la place Tahrir, en Égypte.
 
À l’origine, Les manifestations devaient seulement avoir lieu dimanche dernier, mais une centaine d’entre eux a décidé de rester sur place le jour et la nuit, jusqu’aux élections municipales et régionales, le 22 mai. La police a dispersé les manifestants le premier soir, mais le mardi, ils n’ont rien dit, depuis ils n’ont pas bougé. Des manifestations similaires, de plus petites tailles, se sont formées le lendemain dans plusieurs autres villes dont Barcelone, Grenade et Séville.
 
Manifestation à la  Puerta del Sol de Madrid le 18 mai  2011. Vidéo postée sur YouTube par neovallense.

"Il a suffi d’annoncer sur Twitter : ‘Nous avons besoin d’eau et de sandwiches' et les gens sont arrivés avec des stocks de nourriture’ "

 
Javier Sanchez est un journaliste-radio à Madrid. Il a pris part aux manifestations sur la place "Puerta del Sol" dans la nuit de mercredi à jeudi.

C’est un mouvement spontané, sincère. Il n’est pas articulé autour d’un seul objectif ou une seule idéologie, et il n’est pas dirigé par un parti spécifique, mais plutôt par des gens de différents milieux sociaux et convictions politiques qui se sont réunis pour la même raison ; nous en avons assez de la situation économique et du bourbier politique de notre pays. C’est en Espagne que le taux de chômage est le plus élevé dans l’Union Européenne avec 4,9 millions de sans emploi dont une majorité de jeunes.
 
 
Tract distribué à la Puerta del Sol et  sur Twitter. Les manifestants appellent les citoyens à ne voter pour aucun des deux grands partis aux élections de dimanche et de voter blanc.
La colère des Espagnols a atteint son paroxysme dimanche dernier, lors de la manifestation nationale contre le taux de chômage élevé. À Madrid, il y a eu quelques incidents isolés entre manifestants et policiers. Le sentiment général était : "Si les autorités ne nous écoutent pas, nous resterons dans la rue jusqu’à ce qu’elles le fassent", et la rumeur s’est répandue sur le camping de la place "puerta del sol". Au début, c’était surtout des étudiants et des jeunes qui étaient sur la place mais peu à peu les gens de tous âges et de tous milieux nous ont rejoints aussi. Maintenant, les manifestants disent qu’ils ne quitteront pas les lieux jusqu’aux élections de dimanche.
 
"Il est impossible de forcer les manifestants à partir : les retombées politiques seraient trop graves"

La puissance des réseaux sociaux est telle que très vite, les gens sont arrivés avec des sacs de couchage, des matelas et des bâches en plastique pour se protéger de la pluie. Les organisateurs ont lancé un appel sur Twitter en disant "nous avons besoin d'eau et des sandwiches", et les gens sont venus avec des stocks de nourriture. Les gens ne quittent pas la manifestation, au contraire. Ils sont de plus en plus nombreux à venir. Il est simplement impossible de forcer les manifestants à partir : les retombées politiques seraient trop graves.
 
 
 
Des manifestants dorment à la Puerta del sol mercredi 18 mai. Photo @javiersanchez
 
La principale question est maintenant de savoir comment canaliser toute cette énergie. Dans une telle masse de personnes, sans mouvement politique, il y a forcément des points de vue qui divergent. Des assemblées générales ont eu lieu et un comité citoyen a été créé pour organiser le mouvement et produire une liste d'objectifs concrets, mais ce n'est pas facile. Je dirais qu'il y a deux grandes tendances : les réformistes radicaux, qui appellent à un bouleversement total et la refonte de notre système politique - je pense que c'est utopique -, et les modérés, qui veulent que les partis politiques existant puissent prendre en compte les principales demandes et préoccupations des manifestants.
 
Les gens doivent être en mesure de faire entendre leur voix dans une vraie démocratie : il ne suffit pas de glisser un morceau de papier dans une boîte de temps en temps ".
 
La pluie n'a pas découragé les manifestants. Photo @javiersanchez.
 
 
Assemblée générale. Photo @loasphx.
 

Même la station de métro a été rebaptisée  pour l'occasion... Photo @ofeTG

"Les manifestants ne cessent de dire qu'ils sont 'indignés', mais ils sont incapables de dire exactement ce qu'ils veulent"

 
Rafael Gonzalez est un blogueur conservateur d'origine péruvienne qui a vécu à Madrid plus de 11 ans. Il a écrit au sujet des manifestations de Madrid sur son blog.
 
Il s'agit d'un mouvement de "ni-ni": un terme d'argot espagnol qui désigne les jeunes de 20 à 30 ans et qui ne sont ni étudiants, ni travailleurs. Je peux comprendre leur frustration: le taux de chômage pour leur groupe d'âge est de près de 40%. Bien sûr, si ils se préoccupent plus de travailler que d’aller à la plage faire la fête…
 
Néanmoins, je trouve curieux qu'ils aient choisi d’exprimer leur frustration devant l’autorité autonome de Madrid (qui est dirigé par un président de droite). Pourquoi ne pas se rassembler devant l'édifice du gouvernement fédéral ? Je ne serais pas surpris qu’ils aient été manipulés par les partis de gauche. Ou, plus probable : les partis de gauche ont commencé le mouvement, mais il leur a complètement échappé des mains.
 
Je suis sorti de la "Puerta del Sol" hier et j’ai passé quelques heures à parler aux manifestants. Ils m'ont paru utopiques et vagues. Ils disaient qu'ils étaient "indignés", mais ils étaient incapables de dire ce qu'ils voulaient. Et la plupart de leurs demandes ne me semblent pas très réalistes : nous n’avons pas plus de moyens de financer des retraites dorées ni de financer le départ à la retraite à 61 ans. Moi aussi j’en rêve mais ce n’est plus possible."
 
 
À Grenade, la police disperse des manifestants qui tentent de dormir sur place.  "Les jeunes ne sont pas les seuls à manifester", a tweeté @DiCrEn.
Billet rédigé avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à France 24.

Commentaires

A Monsieur Rafael Gonzalez

Je pense que Monsieur Rafael Gonzalez n'a pas très bien compris le message de ces jeunes, nous le suivons de très prés depuis Paris.. Effectivement, si ce mouvement a décidé de s'exprimer sur la Plaza del Sol à Madrid c'est tout simplement l'endroit emblématique qui pourrait rappeler la Place Tarir au Caire.....Et je crois que Monsieur Gonzalez devrait remarquer que le mouvement s'exprime sur toutes les places publiques de chaque ville ...Vive la Jeunesse Espagnole et ce Mouvement , qu'elle soit de gauche ou de droite !!! Et que Monsieur Rafael Gonzalez remercie ce mouvement sans qui le PP (Parti Populaire), n'aurait pas eu la majorité.. (quoique seulement avec 2 points d'écart sur le PSOE), car aussi bien la Droite que la Gauche sont rejetés par ce Mouvement.



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