Le ras-le-bol des demandeurs d’asile de Mayotte : "On veut les mêmes droits qu’en métropole"

 
Une cinquantaine de demandeurs d’asile originaires de la région des Grands Lacs en Afrique ont campé devant la préfecture de Mayotte, lundi soir. Objectif : exiger que, comme en métropole, leurs droits soient respectés, notamment l’accès au logement.

La plupart des manifestants sont arrivés d’Afrique continentale par la mer il y a plusieurs années et tous ont effectué une demande auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) pour obtenir l’asile politique sur le territoire français. Le traitement de ces dossiers prend, dans la grande majorité des cas, plusieurs années. Et contrairement à la métropole, un demandeur d’asile à Mayotte ne bénéficie pas d’aides financières ou d’hébergement  pendant toute la période d’étude de son dossier.
 
Lundi, ils étaient donc une cinquantaine à marcher vers la préfecture de Mayotte, à Mamoudzou, pour réclamer le droit au logement et un accès à la nourriture, au même titre que les demandeurs d’asile arrivés en métropole. En juin 2008, l'Ofpra a traité plus de 900 dossiers. Les candidats viennent essentiellement d’Afrique continentale et des Comores voisines.

Mayotte, île de l’archipel des Comores, compte environ 200 000 habitants, dont plus du quart sont sans papiers. Le président français, Nicolas Sarkozy, a fait de la lutte contre l’immigration clandestine une des priorités des autorités de l’île. Quelque 19 000 reconduites à la frontière y ont été recensées en 2009 contre 26 000 en métropole. Les effectifs policiers et les moyens dont ils disposent ont été particulièrement renforcés ses dernières années.

L’île de Mayotte est actuellement une collectivité d’outre-mer. À la suite de la consultation référendaire de mars 2009, les habitants de Mayotte ont choisi de devenir le 101e département français. Le changement de statut se fera en mars 2011.
 
Devant la préfecture de Mayotte.
 
Contributeurs

"Depuis la décision de faire de Mayotte un département français, les contrôles se sont renforcés sur les petits boulots illégaux des demandeurs d’asile"

Le Rwandais Abdallah Akishuli est arrivé à Mayotte il y a quatre ans. Il fait partie du collectif des "Demandeurs d’asiles de la région des Grands Lacs"
 
Dans les manifestants, il y a des Rwandais, des Congolais de la RDC et une personne originaire du Burundi. Moi, j’ai fait ma demande d’asile politique il y a quatre ans et j’attends toujours la réponse. Mais je ne peux pas me faire reconduire à la frontière car  mon dossier est en cours d’examen.
 
Dans le dossier de ma demande d’asile, j’ai signé un papier qui dit que je n’ai pas le droit d’avoir une activité salariée sur le territoire.  Et sans travail, les conditions de vie sont très mauvaises. Nous n’avons pas de quoi payer un logement et à peine de quoi manger, alors certains se débrouillent en faisant des petits boulots dissimulés. Mais depuis la décision de faire de Mayotte un département français les contrôles se sont renforcés, notamment sur les chantiers. Et l’amende encourue est de 400 euros. C’est, entre autres, ce qui a déclenché notre colère car nous n’avons pas d’autres moyens de survivre.
 
"Après avoir passé une nuit devant le bâtiment, la police nous a délogés par la force"
 
Nous sommes allés devant la préfecture, pour demander un logement et de la nourriture. Mais, après avoir passé une nuit devant le bâtiment, la police nous a délogés par la force. Sept personnes ont été interpellées, puis finalement relâchées. Après concertation, on est allés se réfugier dans la cour d’une église où est installée une mission catholique. Deux véhicules de police ont déposé toutes nos affaires saisies devant la préfecture (tentes, nappes etc.). On sait que le père ne nous chassera pas mais il est un peu débordé par la situation. De notre côté, on est en contact avec quelques associations qui nous ont conseillé de maintenir la pression sur les autorités pour faire avancer les choses.
 
Dans la cour de l'église.
 
"Le jour où j’aurais mon statut de réfugié politique, je voudrais faire mon ancien métier, chauffeur de taxi"
 
Le principal organisme chargé des demandeurs d’asile à Mayotte s’appelle "La solidarité Mayotte". Mais elle ne nous a pas soutenu dans notre démarche. Je crois que les subventions qu’ils reçoivent servent plus à payer leurs salariés qu’à nous aider.
 
Le jour où j’aurais mon statut de réfugié politique, je resterai ici à Mayotte car pour les gens en situation irrégulière, la vie n’est pas mal du tout sur l’île. Il y a du soleil et puis le shimaoré [langue des Mahorais, ndlr] est très proche du swahili, ça facilite les choses pour communiquer. Moi, je suis polyvalent, mais si je pouvais choisir, je reprendrais mon métier, chauffeur de taxi. "
 
Dans la cour de l'église.


Fermer