Les stalactites tueuses de Saint-Pétersbourg

 
On pourrait croire les Russes bien préparés à gérer les aléas de l’hiver. Pourtant, depuis deux ans, les habitants de Saint-Pétersbourg vivent dans la peur des stalactites géants qui menacent de leur tomber sur la tête. Sans que cela ne fasse réagir la municipalité.
 
En hiver 2009, trois personnes ont été tuées et 185 autres blessées par des stalactites de glace - dont certains mesurent plus de 6 mètres de long - qui se détachent du toit des immeubles. Les chiffres officiels pour 2010 n’ont pas encore été publiés, mais selon certaines estimations, la ville a connu 340 cas de blessures liées au verglas et aux chutes de glace dans la seule semaine du 13 au 30 décembre.
 
En 2009, la gouverneur de Saint Pétersbourg, Valentina Matvienko, proposait de faire fondre la glace des toits avec des rayons lasers. Cette technique n’a toutefois pas encore été mise au point. En attendant, les stalactites doivent être retirées à l’ancienne : avec des pics à glace. Or la ville manque cruellement de personnels qualifiés pour faire ce travail de façon sécurisée. Résultat, les habitants sont obligés de retirer les blocs de glace eux-mêmes, ou d’employer des ouvriers non qualifiés pour le faire. Et les résultats sont parfois désastreux.

 
Un groupe d’hommes enlève des blocs de neige glacée du toit et des gouttières d’un immeuble, puis les balance… sur les voitures garées en dessous. Vidéo postée sur YouTube par zhenichkka le 12 mars 2010.

 
Un stalactite géant délogé par deux hommes fracasse une véranda en verre. Vidéo postée sur YouTube par
PavelRots le 9 janvier, 2010. 
 
Contributeurs

"Les personnes âgées qui ont connu le siège de Léningrad disent que même pendant la guerre le nettoyage de glace était mieux géré"

Natalya Khatzayuk, 31 ans, est expert comptable à Saint-Pétersbourg. Elle est actuellement en congé maternité.
 
On a été obligés de retirer les stalactites de glace nous-mêmes en décembre, parce que la ville ne s’en est pas occupée pendant plus de trois semaines. Les pics de glace étaient si gros qu’il était devenu dangereux de marcher devant l’immeuble. Certains faisaient trois étages de long ! J’avais peur que mon enfant soit blessé, j’étais obligée de faire quelque chose.
 
Il est impossible d’aller sur le toit de notre immeuble sans équipement professionnel, parce qu’il est pentu et très glissant, comme tous les toits du vieux centre de la ville. Mon mari a donc dû s’accrocher à la fenêtre et tenter de décrocher les stalactites avec un bâton. Moi j’étais en-dessous avec mon bébé, dans la rue, pour prévenir les piétons de ne pas passer dessous. Sur le coup, je ne savais si je devais rire ou pleurer de cette situation.
 
L’enneigement et la quantité de glace n’ont fait qu’empirer depuis. On a même failli appeler une société d’entretien de façades privées qu’on aurait payé de notre poche. Finalement, une équipe de nettoyeurs municipaux a fini par venir dégager toute la glace. Mais l’effet aura été de courte durée : depuis les stalactites sont de retour, aussi gros et pointus qu’avant. Le problème c’est que les toits à Saint-Pétersbourg sont très mal isolés et qu’ils sont très vite couverts de glace.
 
Cependant, cela ne fait que deux ans que le travail de déblayage est négligé et que les blocs de glace deviennent à ce point dangereux. Les citoyens se plaignent, à juste titre, de l’inefficacité des autorités. Ces deux derniers hivers n’ont pas été particulièrement plus froids ou enneigés que d’habitude, alors pourquoi n’arrivent-ils pas à gérer la situation ? Des personnes âgées qui ont connu le siège de Léningrad [ancien nom de Saint-Pétersbourg] disent que même pendant la guerre, le nettoyage de la glace était mieux géré.
 
Cet hiver, les trottoirs sont tout le temps verglacés. Ajoutez à cela la menace des stalactites qui pendent au dessus de nos têtes, et vous comprenez pourquoi les piétons sont obligés de marcher sur la chaussée, le long des voitures. Je ne serais pas étonnée si le nombre d’accidents impliquant des piétons grimpait en flèche cette année.”
 
 
 
 
 
Photos: Natalya Khatzayuk.
Papier écrit en collaboration avec Ostap Karmodi, journaliste.

Commentaires

Stalactites et blocs de neige dangereux à Prague

Dans une moindre mesure, les Pragois vivent la même chose. Je vis à Prague, et chaque année à cette période, les habitants doivent effectivement faire face au même problème. Le nettoyage de la glace est généralement pris en charge par les propriétaires des immeubles, ce qui explique aussi qu'il soit mal, ou pas du tout, fait.
Les stalactites qui se forment n'atteignent les mêmes dimensions qu'en Russie, cependant, cela est suffisant pour blesser quelqu'un. De la même manière, les blocs de glace qui se détachent peuvent facilement casser un pare-brise, une fenêtre de voiture, une poubelle.
On doit alors marcher sur la chaussée et éviter les trottoirs verglacés. Imaginez la promenade, en faisant l'aller-retour entre les toits menaçants et les trottoirs glissants!



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