Vendetta contre une mère et sa fille à Ciudad Juarez, la ville des "féminicides"

 
Pendant neuf jours, Marisela Escobedo a manifesté devant le palais du gouverneur de l’État de Chihuahua, réclamant que la lumière soit faite sur le meurtre de sa fille. Mais le soir du 16 décembre, un homme descend d’une voiture et lui tire une balle dans la tête.

Marisela s’était fait connaître des milieux activistes par la détermination dont elle a fait preuve pendant deux ans pour que l’assassin de sa fille, Rubi Marisol, soit traduit en justice. Elle a organisé de nombreux rassemblements pour attirer l’attention sur cette affaire, allant jusqu’à marcher de Ciudad Juarez à Chihuahua nue sous une pancarte portant la photo de sa fille.

Rubi, 16 ans, a disparu à Ciudad Juarez en août 2008. Les restes de son cadavre calciné et démembré ont été retrouvés dans une poubelle, un an plus tard. Pendant plus d'un an, sa mère a cherché sans relâche l’homme suspecté d’être l’auteur du meurtre - le petit ami de Rubi, Sergio Barraza. Une fois retrouvé, ce dernier a avoué être l’assassin (il s’est ensuite rétracté et a déclaré avoir avoué sous la contrainte), conduisant la police jusqu’au corps de la jeune fille. Cependant, en avril dernier, le tribunal de Chihuahua a ordonné sa remise en liberté, évoquant un "manque de preuve". Selon les médias mexicains, Barraza aurait rejoint l’organisation criminelle Los Zetas juste après son acquittement.  

Au début du mois de décembre, Marisela s’est installée devant le palais du gouverneur, Cesar Duarte, jurant qu’elle ne partirait pas tant que l'enquête n'aurait pas avancé. Au soir du 9e jour de sa mobilisation, elle a été tuée d’une balle dans la tête par une personne non identifiée. Quelques jours auparavant, elle racontait à un journaliste qu’elle recevait des menaces de mort de la famille de Barraza.

Sergio Barraza est le suspect numéro un dans l’assassinat de Marisela Escobedo selon Carlos Gonzalez, le porte-parole du bureau du procureur de Chihuahua. Les trois juges qui ont décidé de l’acquittement de Barraza ont été suspendus. Une enquête pour négligence et abus de pouvoir est en cours. Le jour des funérailles de Marisela, des hommes armés ont incendié son magasin.
 
Sur ces images, filmées par une caméra de surveillance, des hommes aux visages masqués s’arrêtent en voiture devant le bâtiment (1’21). L’un d’entre eux semble échanger quelques mots avec Marisela, qui se lève et court de l’autre côté de la route. L’homme la poursuit, lui tire une balle dans la tête et prend la fuite alors que Marisela s’effondre.  Vidéo postée sur YouTube par senderodelpeje.
Contributeurs

"Marisela a payé de sa vie son courage et sa détermination"

 
Femme politique et militante féministe de Mexico, Martha Tagle a participé, vendredi dernier, à une marche pour demander le jugement des responsables de la mort de Marisela Escobedo.
 
Cette affaire est tragique. Cette famille fait l’objet d’une véritable vendetta et les criminels jouissent d’une impunité totale. Même après le meurtre de Rubi, la police n’a rien fait pour empêcher que des hommes armés ne brûlent l’entrepôt de son compagnon. Les deux fils de Marisela sont terrifiés car ils ont, eux aussi, reçu des menaces de mort.
 
Il faut se rappeler qu’il y a des dizaines de milliers de femmes tuées au Mexique, même si, trop souvent, elles meurent dans l’anonymat, sans que personne ne s’en souvienne. Si on s’est rappelé de Rubi, c’est parce que sa mère n’a jamais voulu renoncer. Mais Marisela a payé de sa vie son courage et sa détermination.
 
Il y a quinze ans, nous, les féministes, avions déjà commencé à tirer la sonnette d’alarme concernant le phénomène des 'féminicides' de Ciudad Juarez. Des centaines de femmes disparaissent chaque année. Certaines ont été retrouvées mortes dans le désert, d’autres ne l’ont jamais été. Ces meurtres ne sont pas uniquement liés au crime organisé ( trafic de drogue, trafic d’organes ou prostitution). Le niveau de violence a atteint un seuil tel, au Mexique, que n’importe qui peut violer ou tuer une femme et ne jamais avoir de problème.
 
“En une semaine, pas une seule fois le gouverneur n’a accepté de lui parler”
 
Malgré les années que nous avons passées à militer, à manifester, pour une prise de conscience, le gouvernement n’a toujours pas pris de mesures efficaces. Je ne crois pas que cela fasse partie de ses priorités. Même dans un cas médiatisé comme celui-ci, les autorités n’ont pas l’air de vouloir assumer leur responsabilité. Marisela est quand même restée plus d’une semaine devant les locaux du gouverneur avant de se faire tirer dessus. Pas une seule fois il n’a accepté de lui parler. Après qu'elle a été tuée, les autorités n'ont fait que suspendre les juges qui avaient prononcé l’acquittement et lancer un avis de recherche contre Barraza. Mais aucune mesure de protection rapprochée n’a été prises en faveur de la famille des victimes.
 
Aujourd’hui, nous récoltons les fruits d’années d’inaction gouvernementale face à la violence contre les femmes à Ciudad Juarez, mais aussi dans tout le Mexique. Nous, les féministes, sommes déterminées à ne plus lâcher. Pendant notre manifestation, nous avons demander à rencontrer les autorités compétentes avant le 7 janvier pour discuter des décisions à prendre dans le cas de Rubi et de sa mère, mais aussi d’une façon plus générale. Nous attendons toujours une réponse."
 
 
 
 
Manifestation de soutien à Marisela Escobedo à Mexico City, vendredi 17 décembre. Photos postées sur Facebook par Martha Tagle.
 
Lors de la même manifestation. Postée sur YouTube par La Silla Rota.

Le combat de Marisela Escobedo pour le jugement du meurtrier de sa fille

Marisela Escobedo, nue sous une pancarte de sa fille, a marché de Ciudad Juarez à Chihuahua. Vidéo postée sur YouTube par ReporterosMex.
 
 
Avec un portrait de sa fille, le 26 avril 2010. Photo postée sur Flickr par Pablo Ramos.
 
 
Marisela à la sortie du tribunal de Chihuahua, effondrée après avoir appris que le principal suspect du meurtre de sa fille avait été libéré. Photo postée sur Flickr par Pablo Ramos.
 
Billet rédigé en collaboration avec Lorena Galliot, journaliste à FRANCE 24.

Commentaires

catastrophique

cette histoire est tout à fait incoyable et dire qu'elle soit tout à fait banale au Mexique. Et pourtant, le port d'armes y est interdit...

..............

que dire.......oeil pour oeil et .......... ;ca ne resoudra pas la situation mais ca diminuera le nombre des pretendant(tueurs)........écoeurant !!!!

Ciudad Juarez

Courage et détermination mes soeurs. N'y aurait-il pas moyen d'organiser des milices de défense des femmes? D'organiser des cours d'auto-défense pour les femmes?

Assassinat de Maricela

Tout être humain digne de ce nom devrait se mobiliser ! Assez de cleavages. Toutes les femmes et tous les hommes doivent s'unir pour lutter contre TOUTES les formes d'injustice quelles qu'elles soient! Enfants et femmes maltraités mais aussi personnes dépendantes, personnes victimes de ségrégation raciale ou ethnique, homosexuels... et même... animaux torturés et tués, TOUS réclament justice, la même justice! Nous ne seront forts que lorsque nous auront compris qu'il n'y a QU'UNE JUSTICE et que ce combat concerne tout le monde. Tant que nous serons divisés en groupuscules, nous n'obtiendrons RIEN ! Nous devons nous unir pour éradiquer en bloc toutes les formes d'injustice!!!

réponse à "un homme qui respecte et admire les femmes"

Je suis totalement d'accord, il faut s'unir, afin d'être plus forts et de nous faire entendre !!
L'actualité, maintenant, va si vite que dans quelques jours, la grosse majorité aura oublié, qu'une femme, accablée par sa souffrance, est morte sous les balles d'hommes qui, ne sont forts que par le fait d'être armés, et plusieurs, devant une femme désarmée et seule.... Quel courage..
Mais, le plus inadmissible, ce sont les autorités mexicaines, qui n'ont que mollement réagi face à ces flambées de violences....
Première victime de la violence aveugle humaine : les femmes les enfants, autrement dit les personnes les plus faibles et donc faciles à abattre...
En ce jour particulier pour nombre d'entre nous, il ne faut pas oublier toutes les formes d'injustice hélas trop nombreuses en ce bas monde...



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