Ils quittent le pays pour fuir le chômage

Manifestation à l'appel du Syndicat des étudiants irlandais le 3 novembre à Dublin, Photo publiée par USI
 
Alors que l’Irlande revient dans le collimateur des marchés, les étudiants descendent dans les rues pour dénoncer la hausse des frais d’inscription à l’université. Restriction budgétaire oblige, ces frais pourraient passer de 1 500 à 3 000 euros par étudiant pour une année d’étude.
 
Mais les étudiants ne l’entendent pas ainsi. Ils étaient 40 000 à défiler dans les rues le 3 novembre dernier (selon les syndicats) pour faire reculer le gouvernement. Deux autres rendez-vous sont prévus d’ici au 7 décembre, date du vote du budget 2011.
 
La colère des jeunes Irlandais est palpable. Avec la crise économique, les 6% de croissance du Tigre celtique ne sont plus qu’un lointain souvenir. Le taux de chômage frôle les 14% et le déficit budgétaire culmine à 32% du PIB. Avec la hausse des frais d’inscription prévue par le gouvernement, les étudiants ont toutes les raisons d’aller voir ailleurs.
 
L’Irlande connaît cette année un taux d’émigration record depuis vingt ans : selon l’Office national des statistiques, 65 300 personnes ont quitté le pays entre avril 2009 et avril 2010. Près de 28 000 de ces personnes sont Irlandaises, alors qu’elles étaient 18 400 l’année précédente. En plus de la colère des étudiants, une véritable fuite des cerveaux pend au nez du gouvernement.
 

"On ne peut pas attendre sans rien faire que les futurs entrepreneurs du pays n’aient d’autres choix que de devenir chômeur ou d'émigrer"

Gary Redmond est président de l’Union des étudiants d’Irlande (USI), à l’origine d’une campagne national contre la hausse des frais d’inscription à l’université.
 
La fuite des cerveaux en Irlande est un vrai problème. Les étudiants partent étudier à l’étranger à cause des frais d’inscription trop élevés, mais ils quittent aussi le pays parce qu’il n’y a pas de boulot en ce moment. Il y a actuellement 100 000 jeunes diplômés au chômage dans le pays. Selon les autorités, 100 jeunes diplômés de 2009 quittent le pays chaque semaine. Et cela ne concerne que l’année passée : selon les derniers chiffres de l’Office central de statistiques, publiés en septembre dernier, l’émigration a augmenté de 81,05 % entre 2006 et 2010. C’est un niveau record depuis 1989 !
 
Avant, les étudiants quittaient le pays un moment pour voir ce qui se faisait à l’étranger, puis revenaient. Ce qui n’est pas un problème, bien au contraire. Le problème, c’est que maintenant ils partent pour de bon, parce qu’il n’y a plus de raison de revenir. Plus la crise économique sera longue, moins les jeunes émigrants voudront rentrer à la maison !
 
On ne peut pas attendre sans rien faire que les futurs leaders, innovateurs et entrepreneurs du pays n’aient d’autres choix que devenir chômeur ou émigrer. Partout en Irlande, les étudiants se mobilisent. Il y a dix jours, notre syndicat a organisé une marche à Dublin qui a rassemblé 40 000 étudiants et on prévoit une manifestation à Galway, jeudi prochain, et une autre à Cork le 1er décembre.
 
Nous demandons au gouvernement de mettre en place un programme national de stage, qui permettrait à chaque jeune diplômé d’intégrer une entreprise privée ou publique, tout en conservant ses aides sociales. De cette manière, les étudiants pourront avoir une première expérience professionnelle en Irlande et trouveront plus facilement un emploi stable quand l’économie du pays s’améliorera."
 
 
Manifestation à l'appel du Syndicat des étudiants irlandais le 3 novembre à Dublin, Photo publiée par USI.

"Ils sont convaincus qu’ils ne trouveront pas de travail ici, et ils pensent au Royaume-Uni, à l’Australie et aux Etats-Unis"

Luke P. Field, 19 ans, est étudiant en politique et psychologie à Cork, dans le sud de l’Irlande.
 
Beaucoup de mes amis ont déjà décidé d’émigrer après obtention de leur diplôme, et particulièrement ceux qui font des études scientifiques et d’ingénieur. Ils sont convaincus qu’ils ne trouveront pas de travail ici, et ils pensent au Royaume-Uni, à l’Australie et aux Etats-Unis. Beaucoup pensent revenir en Irlande quand la situation économique s’améliorera - ce qui prendra dix ans selon ce que disent les gens ici.
 
J’envisage de rester vivre et travailler en Irlande. Je sais que je vais avoir des difficultés à payer mes études et trouver un boulot. Mais je suis déterminé à améliorer la situation en Irlande en m’engageant politiquement."
 
 

"Je préfère payer 3 000 euros et recevoir un enseignement correct que débourser 1 800 euros pour des études moyennes"

Cian O’Sullivan, 21 ans, a fait deux années d’études à Cork et étudie aujourd’hui au Royaume-Uni. Selon lui, si étudier devient de plus en plus cher dans les deux pays, les universités irlandaises offrent moins de qualités que leurs voisines britanniques.
 
Dans mon université à Cork, il n’y avait pas de moyens et pas assez de personnels. Je fais des études en journalisme, alors que les possibilités d’embauche dans ce secteur ne sont pas glorieuses. Mon université à Cork est une des meilleurs en journalisme alors que la section est officiellement une des moins financée de l’école. C’est de la folie ! Pourquoi ? Parce qu’on ne génère pas autant d’argent que d’autres programmes.
 
Résultat, maintenant que je suis au Royaume-Uni pour terminer mes études, il y a un vrai décalage avec les autres étudiants sur mes compétences technologiques parce que je n’ai pas reçu d’enseignement adéquat. Aujourd’hui, je me paie des cours de rattrapage. Je préfère avoir à rembourser 3 000 euros par an et recevoir un enseignement correct plutôt que d'avoir à contraindre ma famille de payer entre 250 et 1 800 euros pour des études moyennes."
 
 
Manifestation à l'appel du Syndicat des étudiants irlandais le 3 novembre à Dublin, Photo publiée par USI.
 
Photo publiée par USI.

Commentaires

Répondre au commentaire | The Observers

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dementi sur l'article du 20-09-2010 concernant ADC-MTA

Je soussigné responsable du projet de ADC de la realisation du port sec démentissons tous ce qui a été rapporté dans l'article et condamnons fermement ses agissement et toutes les alégations portées dans cet article .



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