Quand Internet redonne une voix aux sans domicile

Photo de @kanter, postée par Mark Horvath sur son fil Twitter, @hardlynormal.

Mark Horvath connaît parfaitement la solitude de la rue pour l'avoir vécue intimement : il est l'une des victimes de la crise économique de 2008. C'est à cause d'elle qu'il a perdu son emploi et sa maison. Mais pour lui, la crise s'est transformée en opportunité. Convaincu que les réseaux sociaux pouvaient aider les personnes les plus isolées, il cherche depuis deux ans à aider les sans-abri de tous les États-Unis à faire entendre leur voix.

Le projet de Mark Horvath commence sur son blog,  InvisiblePeople.tv ["les gens invisibles"], sur lequel il poste de courtes vidéos d'interviews de plusieurs dizaines de sans domiciles fixes (SDF). L'objectif : permettre à chacun de raconter son histoire pour faire comprendre aux internautes que, dans la rue, chaque personne a un passé, une personalité et un parcours unique. À chaque fois, il pose les trois mêmes questions. Comment survivez-vous ? Comment voyez-vous votre avenir ? Si vous deviez faire trois vœux, quels seraient-ils ?

Deuxième étape du projet de Horvath : le site Internet WeAreVisible.com, ["Nous sommes visibles"], destiné à guider les SDF dans leur apprentissage de l'utilisation des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter pour atteindre un plus large public et mieux communiquer entre eux.
Mark saluant un sans-abri qu'il vient d'interviewer. Photo de Chris Walter postée sur Flickr par InvisiblePeople.tv. 
Contributeurs

“Si les personnes isolées apprennent à interagir sur Facebook ou Twitter, je pense que ça peut changer leur vie"

Mark Horvath, 49 ans, vit à Los Angeles. Ancien chargé de communication et marketing, il crée le site InvisiblePeople.tv après avoir perdu son emploi en 2008. Il est aussi l'auteur du blog HardlyNormal.com.
 
J'ai commencé le projet 'Invisible People' en 2008, au pire moment de la crise économique. J'ai perdu mon travail, ma maison et me suis retrouvé à la rue. J'étais totalement paniqué car j'avais déjà connu cette situation 16 ans auparavant et ne voulais vraiment pas la revivre. Désormais, je dis aux gens : ne fuyez jamais une bonne crise. Elle peut aussi se transformer en incroyable opportunité.
 
“Donner une voix aux invisbles qui n'ont plus la leur”

J'ai commencé par interviewer des gens dans ma ville, Los Angeles. Je me suis ensuite mis à voyager en Californie, puis dans les États voisins. L'été dernier, j'ai entamé un grand voyage à travers tout le pays. Les gens ont tendance à mettre tous les sans-abri dans le même panier, ce qui rend cette catégorie de personnes invisible. Ce que je voulais faire, c'était redonner à chacun - tous très différents, tous très intéressants - sa voix. J'ai parlé et filmé plus de 200 personnes. Mais ce qui m'a vraiment marqué, c'est ce silence des personnes qui ont vécu les histoires les plus fortes, les choses les plus difficiles. Elles ne voulaient pas me parler. Elles ne parlent plus à personne.
 
L'une des histoires qui m'a le plus touché est celle d'Angela. Elle tentait de survivre sous un pont à Atlanta, en Géorgie, quand je l'ai rencontrée. Elle n'avait presque plus de dents et semblait avoir du mal à répondre à mes questions. Je me suis tourné vers le groupe chrétien avec qui j'étais et qui m'a présenté à elle. Je leur ai demandé comment ils s'y prenaient pour l'aider. Ils m'ont répondu : "Nous lui apportons des sandwichs". Ce jour-là, toutes les idées que j'avais sur la façon d'aider les sans-abri a changé. Jusque-là, je pensais qu'une petite aide pouvait être d'un grand secours. Mais j'ai compris alors que, parfois, un sandwich ne suffisait pas. Nous devons unir nos forces et agir ensemble pour résoudre les problèmes les plus graves. Et je suis convaincu que les réseaux sociaux peuvent apporter un début de solution.

 

Angela. Vidéo publiée sur la chaîne YouTube InvisiblePeople.tv.
 

La deuxième étape de mon projet est  WeAreVisible.com, un site pour permettre aux sans-abri d'apprendre à se servir des réseaux sociaux. J'ai conçu des tutoriels simples pour enseigner aux débutants comment configurer et utiliser un compte Gmail, Facebook ou Twitter. Sur le site, il y a des témoignages de personnes qui expliquent qu'avec leur étiquette de SDF, ils ne peuvent pas interagir avec les autres dans la vie réelle, car leur statut crée une barrière infranchissable. Mais en ligne, où personne ne sait qui ils sont, ils ont peu à peu réussi à transformer des 'tweets' en véritables amitiés, et lentement à re-communiquer avec le monde.

Une blogueuse sans-abri m'a expliqué qu'elle a commencé à écrire en ligne sur les difficultés qu'elle rencontre dans la rue pour 'faire sortir sa douleur'. À sa grande surprise, elle a commencé à recevoir des dizaines de messages de soutien d'internautes bien au chaud, mais aussi d'autres sans-abri. Cette connexion et ce partage d'expériences avec d'autres personnes qui avaient été dans sa situation et ont réussi à s'en sortir lui ont redonné du courage. À son tour, elle s'est alors mise à encourager ceux qui n'avaient plus d'espoir à faire la même chose.  Son histoire m'a fait réaliser quelque chose : j'ai vu les réseaux sociaux comme un moyen pour des organisations caritatives de mieux repérer et aider les personnes dans le besoin. Mais il s'avère que ce sont aussi de puissants leviers pour que les sans-abri s'entraident.
 
"Les gens n'imaginent pas les SDF sur Internet, mais beaucoup ont toujours un ordinateur"
 
Les gens n'imaginent pas les SDF sur Internet, mais beaucoup ont toujours un ordinateur, un téléphone portable ou une caméra qu'ils ont gardés de leur ancienne vie. Ils peuvent aussi utiliser les connexions gratuites des bibliothèques. Et s'ils apprennent comment se faire entendre sur Twitter, Facebook et YouTube, je pense vraiment que ça peut changer leur vie.

Paradoxalement, alors que la popularité de mon projet se développe, ma situation financière personnelle est toujours difficile. Je vis dans un petit meublé où je travaille pour un centre de sans-abri. J'arrive juste à payer le loyer et à prendre soin de ma télé de Invisible People.tv sur mon temps libre. Tout le monde me dit : "Ton projet est génial", mais pour l'instant je n'ai pas retrouvé d'emploi dans mon secteur ! Ceci dit, très honnêtement, même si une partie de moi serait soulagée de retrouver un équilibre financier, je crois que j'aurais du mal à me regarder dans le miroir si je retournais à ma vie d'employé de la publicité après mon expérience avec le projet 'Invisible People'.

Les voix de la rue: histoires de sans-domiciles

Cotton, à Greensboro, Caroline du Nord. Cotton est handicapée, cela fait 16 ans qu'elle habite dans la rue. Elle n'a plus aucun espoir de changer de vie : "Quel pourrait être mon avenir ?", demande-t-elle, amère. Elle explique préférer la rue aux foyers de sans-abri : "Je ne supporte pas le stress des structures d'accueil". "Cruelle et brutale" : c'est ainsi qu'elle résume la réalité des SDF.

 

Teren and Mike, à Bend, dans l'Oregon. Ce jeune couple espère "retrouver du travail et une vie normale quand l'économie ira mieux". Tous deux disent qu'ils n'auraient jamais imaginé se retrouver dans la rue - ils vivent dans leur voiture - mais que "c'est la vie, ça pourrait arriver à tout le monde". Teren est enceinte ; certains jours, elle n'a rien a manger. "Le plus dur est ne ne pas pouvoir nourrir mon bébé", affirme-t-elle

 

Dee, à Anchorage, en Alaska. Dee est optimiste. "Je vois l'avenir d'un bon oeil", dit-il. Il a retrouvé du travail (il espère en trouver un deuxième) et le foyer d'urgence qui l'héberge essaie de l'aider à trouver un logement social où il pourra habiter avec sa petite fille. Le plus important pour lui : "Garder un état d'esprit positif pour éviter de faire des conneries et se retrouver en taule".

 

Jean et ses enfants, dans le Missouri. Jean habite depuis six mois dans une chambre d'hôtel bas de gamme avec ses cinq enfants et son mari. Ils ont perdu leur maison après qu'elle a été licenciée de son emploi de nourrice. Lui a eu des ennuis de santé et n'a pas pu travailler durant un temps. Désormais, il fait des petits boulots et elle travaille à temps complet au McDonald's, mais cela ne suffit pas pour mettre un peu d'argent de côté et sortir de la précarité. "Nous sommes coincés ici", dit-elle.

Toutes les vidéos ont été postées sur la page YouTube InvisiblePeople.tv.

La ferme qui offre des produits bio aux sans-abri

"La ferme", 40 hectares de terrain sur lequel les membres du projet "Cobblestone" produisent des fruits et des légumes frais pour les repas des SDF. Postée sur Flickr par InvisiblePeople.tv.

Chèques-cadeaux avec lesquels les sans-abri peuvent se procurer des produits frais de "La ferme". Postée sur Flickr par InvisiblePeople.tv.
 
"Les retombées de mon projet sont déjà allées beaucoup plus loin que je ne l'aurais imaginé", dit Horvarth. Des blogueurs dans le monde entier ont pris contact avec lui, et il est invité à prendre la parole dans les universités et les collectivités partout au États-Unis. Parfois, ses présentations incitent les collectivités à prendre des mesures, comme à Bentonville, en Arkansas, où un agriculteur a fait don de 40 acres de terre pour le projet Cobblestone, une initiative communautaire locale qui fait don des produits bio qu'ils cultivent à des refuges pour sans abri, ou permet aux SDF de les échanger contre des chèques-cadeaux.

Billet rédigé en collaboration avec Lorena Galliot, journaliste à France 24.

Commentaires

HOMELESSNESS - What Is the Solution?

Very true, the problem,
But the solution is not Twitter. Try watchtower.org!
Read by yourself...
French -> http://watchtower.org/e/20051208/article_03.htm
English -> http://watchtower.org/e/20051208/article_03.htm

I meant...

The solution

The solution will not come from some weird sect oriented activism but from a good education of our children.

Etrange USA!

J'aime bien les USA mais il a ses cotes qui m'effraient. Mais je trouve bien le travail qui est fait pour les SDF. Merci j'ai reecoute le brave Brel et son "Quand on a que l'amour" dont les paroles incarnent meme l'amour de ceux sur qui ce billet porte : "les sans-voix".

Vie ou mort du monde moderne ?

"Soleil vert" , le film ...
Les gros mangent les petits , mais ces derniers les piquent aussi !
Voyez-vous ,
- Hiroshima , Nagasaki , Vietnam , 09/II , Guantanamo-beach , Abu-ghraïb , Gaza ...
La liste est trop longue et chez nous en "Sarkoland" , c'est pas mieux en ce moment.

Le peuple américain opprimé, vainquera la tyrannie du doux lard impérialiste , si Dieu
Le veut ( in cha llâh )...
musik maestro !
http://www.youtube.com/watch?v=RHxMl_uiw_M&feature=player_embedded

Yes , you Can !

hahahahahahaha c'est vrai que

hahahahahahaha c'est vrai que l'éducation nationale française à de gros progrès à faire .......

Rira bien qui rira en dernier !

Une vidéo ou mêmes nos semblables animaux ne sont point épargnés de cette barbarie moderne envahissante ou généralisée:
--- http://www.youtube.com/user/UniteProductions1#p/u/18/XwcWLWjQ-U0
Ces images nous en disent plus que tous les maux .
Sarah Paline nous étonnera encore d'avantage après Obama !

Courage ! grand peuple Américain, manipulé par les mêmes hyène prédatrice.

!

S S ?



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